Sri Lanka : le tsunami expliqué aux enfants

Publié le 31 mai 2005 | Modifié le 29 décembre 2015

L’UNICEF Sri Lanka a mis en place depuis deux mois dans les camps de déplacés un programme de sensibilisation pour comprendre le tsunami et se reconstruire.

Il est 15 heures dans le camp de déplacés IDH Watte à Galle, dans le Sud du Sri Lanka. Le centre communautaire est bondé. Plus de cinquante enfants attendent avec impatience que commence la pièce de théâtre. Sutharman, huit ans, et ses amis, ne tiennent pas en place. Alors que les acteurs entrent dans la salle et s’adressent à leur jeune public, on réalise petit à petit que ce n’est pas une représentation comme les autres : c’est un programme de sensibilisation au tsunami mis en scène par des animateurs.

- « Est-ce-que c’est la mer ? demande un animateur.
- A cette époque, on adorait la mer, répond l’autre.
- Qu’est-ce-que tu faisais à la plage ?
- On jouait, on pêchait, on se baignait…
- Qu’est-ce-que tu sais du tsunami ?
- On a été engloutis par les vagues géantes. Nos maisons ont été détruites et emportées au loin.
- Avant, on jouait au cerf-volant sur la plage. »

Sutharman et ses amis miment l’action de jouer au cerf-volant. Ils rient très fort et répondent avec enthousiasme aux questions des animateurs. La plupart des enfants font partie de la communauté des pêcheurs de Galle, particulièrement touchée par le tsunami : un tiers des victimes du raz-de-marée étaient des pêcheurs. La plupart habitent toujours dans des camps de secours ou des abris de transition.

Alors que les deux acteurs poursuivent la représentation, le jeune public se souvient de la tragédie 26 décembre 2004. Sutharman est ému par les histoires qu’ils racontent, il se remémore son expérience. La vague géante sur le dessin, c’est elle qui a détruit sa maison. Il a dû courir pour lui échapper, mais la mer l’a rattrapé, ainsi que sa mère. Ils ont dû grimper à un arbre et attendre que la vague se retire. Sa petite sœur n’a pas survécu. « Mais maintenant, j’ai de la chance, je peux à nouveau jouer avec mes amis, dit-il. J’ai toujours mon père et ma mère, et je peux aller à l’école. »
 
« Qu’est-ce qu’un tsunami ? D’autres pays ont-ils été touchés par les énormes vagues ? Est-ce qu’un autre tsunami va venir ? Comment nous protéger contre un prochain tsunami ? ». Ce sont les questions qui fusent durant la séance d’une heure.

« Après le raz-de-marée, l’UNICEF a rapidement identifié le besoin d’un programme de sensibilisation au tsunami. Personne n’était préparé à cette catastrophe. Personne ne s’y attendait. Cela a été un grand choc pour le pays, explique Sarah Graham, responsable de la protection pour l’UNICEF. Il y avait beaucoup de rumeurs et de questions sans réponse : pourquoi le tsunami a-t-il frappé le Sri Lanka ? L’eau est-elle empoisonnée ? Peut-on manger à nouveau du poisson ? Les gens voulaient et avaient besoin d’en savoir plus sur le tsunami et sur les tsunamis en général. L’UNICEF a décidé d’élaborer un programme qui réponde à leurs questions. »
 
Le programme UNICEF de sensibilisation au tsunami donne aux enfants et aux adultes l’opportunité d’apprendre, de participer et de réfléchir à leurs propres expériences. Le matériel utilisé durant ce programme consiste en une série de planches à images relatives au tsunami, ainsi qu’un guide détaillé à l’attention des travailleurs sociaux, des animateurs et des enseignants. Le programme a été conçu de telle manière que chaque enfant ou adulte puisse participer à sa façon. Certains resteront assis et écouteront, d’autres partageront leurs idées, et d’autres encore se lèveront pour engager un échange avec les animateurs.

« Chaque élément du programme a été élaboré pour faciliter la discussion, à partir de l’expérience des enfants et de ce qu’ils connaissent du tsunami, qui puisse leur permettre d’assurer leur sécurité et de reconstruire leurs vies », explique Sarah Graham.

L’UNICEF a, dans un premier temps, testé le programme dans plusieurs zones affectées du Sri Lanka. Dans le Sud, l’expérience a été menée avec le concours d’une organisation non-gouvernementale locale, Multi Diverse Community (MDC). Financée par l’UNICEF, cette ONG mène plusieurs activités liées au bien-être de l’enfant dans la camps de déplacés de Galle.

« Les réactions ont été très positives, affirme Sarah Graham. Nous avons testé le programme à Hambantota le jour après le séisme du 28 mars dernier. Cela a été particulièrement intéressant d’écouter les expériences vécues par les déplacés la veille au soir. Ils ont réalisé qu’ils étaient capables de réagir, d’aider les membres de leur communauté, capable de se protéger : cela les a rassurés pour l’avenir. »

Des milliers de jeunes Sri Lankais sont encore hantés par le spectre du tsunami. Bien que le programme de l’UNICEF traite de sujets particulièrement sensibles, il permet aux enfants de communiquer et de réfléchir sur leurs expériences passées. La manque d’informations sur le tsunami a fait surgir des peurs parmi les Sri Lankais. Le programme de sensibilisation au tsunami donne la possibilité aux enfants et aux communautés d’entamer des discussions. Il fournit des informations pour comprendre ce qui s’est produit lors de la tragédie du 26 décembre 2004, pour se reconstruire et retrouver sa place au sein d’une communauté. 

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