Des mesures s’imposent pour lutter contre le travail des enfants lié à la crise syrienne, affirment Save the Children et l’UNICEF

Publié le 13 juillet 2015 | Modifié le 05 octobre 2015

A cause du conflit et de la crise humanitaire en Syrie, de plus en plus d’enfants se font exploiter sur le marché du travail, et il faut faire bien plus d’efforts pour inverser la tendance, d’après un nouveau rapport (en anglais) publié par Save the Children et l’UNICEF.

Le rapport indique qu’en Syrie, les enfants contribuent aujourd’hui au revenu familial dans plus de trois quarts des ménages étudiés. En Jordanie, aujourd’hui, près de la moitié des enfants syriens réfugiés contribuent aux revenus familiaux ou les assurent seuls dans les ménages étudiés, et dans certaines régions du Liban, des enfants d’à peine six ans travaillent.

Les plus vulnérables parmi les enfants qui travaillent sont ceux qui sont impliqués dans les conflits armés, l’exploitation sexuelle et les activités illicites dont la mendicité organisée et la traite d’enfants.

« La crise syrienne a considérablement réduit les possibilités de moyens de subsistance des familles et appauvri des millions de ménages dans la région, ce qui fait que le travail des enfants a atteint des niveaux alarmants, » explique le Dr Roger Hearn, Directeur régional de Save the Children au Moyen-Orient et en Eurasie.

« Les familles sont de plus en plus désemparées, et les enfants travaillent essentiellement pour leur survie. Que ce soit en Syrie ou dans les pays voisins, ils deviennent des acteurs économiques majeurs. »

Le rapport révèle que de plus en plus d’enfants sont employés dans des conditions de travail très préjudiciables à leur santé et à leur bien-être.

« Le travail des enfants nuit à la croissance et au développement des enfants, dans la mesure où ils peinent de longues heures durant pour un petite paie, souvent dans des environnements extrêmement dangereux ou insalubres, » affirme le Dr Peter Salama, le Directeur régional de l’UNICEF au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

« Les charges lourdes à porter, l’exposition aux pesticides et à des produits chimiques toxiques, et les longues heures de travail ne sont que quelques-uns des dangers auxquels les enfants qui travaillent sont exposés au quotidien dans la région. »

Parmi les enfants qui travaillent et qui ont interrogés dans le camp de réfugiés de Zaatari, trois sur quatre ont signalé des problèmes de santé au travail, d’après le rapport. Quelque 22 % des enfants employés occasionnellement dans le secteur agricole à Mafraq et dans la vallée du Jourdain se sont également blessés en travaillant.

De plus, les enfants qui travaillent sont plus susceptibles d’abandonner l’école, ce qui alimente les craintes d’une « génération perdue » d’enfants syriens.

L’UNICEF et Save the Children appellent les partenaires et les défenseurs de l’initiative « Non à une génération perdue », la communauté internationale, les gouvernements hôtes, et la société civile à prendre un ensemble de mesures pour lutter contre le travail des enfants en Syrie et dans les pays touchés par cette crise humanitaire :

    • Améliorer l’accès aux moyens de subsistance, notamment en consacrant davantage de fonds aux activités génératrices de revenus.

    • Offrir une éducation sûre et de qualité à tous les enfants touchés par la crise.

    • Etablir des priorités quant à l’élimination des pires formes de travail des enfants.

    • Investir dans le renforcement des systèmes et services de protection de l’enfance nationaux et communautaires.

« Les enfants syriens paient très cher l’incapacité du monde à mettre fin à ce conflit », conclut le rapport.

 

Notes aux rédacteurs

    • À travers l’initiative « Non à une génération perdue » lancée en 2013, l’UNICEF, Save the Children, et d’autres partenaires visaient à placer les efforts en faveur de la protection de l’enfance et de l’éducation au cœur de l’intervention humanitaire relative à la crise syrienne, avec l’engagement d’inverser la tendance d’une « génération perdue ». Le travail des enfants constitue un défi clé dans la réalisation de cet engagement.

    • Environ deux millions d’enfants vivent aujourd’hui hors de Syrie en tant que réfugiés.

    • En 2011, avant la guerre, la Syrie était un pays à revenu intermédiaire. L’économie du pays permettait de garantir un niveau de vie décent à la plupart de ses habitants ; presque tous les enfants allaient à l’école en Syrie, et les taux d’alphabétisation étaient supérieurs à 90 %.

    • Quatre ans et demi après le début du conflit, le pays est plongé dans le dénuement et la misère. Quatre personnes sur cinq vivraient dans la pauvreté en Syrie et 7,6 millions de personnes seraient déplacées dans le pays, d’après les estimations.

    • Les taux de chômage ont bondi, de 14,9 % en 2011 à 57,7 %.

    • Environ 64,7 % des individus en Syrie vivraient dans une pauvreté extrême, incapables de satisfaire leurs besoins alimentaires et non alimentaires de base.

    • Les pays voisins subissent également les conséquences désastreuses de cette crise humanitaire, avec l’arrivée de quatre millions de réfugiés.

 

Pour aller plus loin

Lire le rapport (en anglais) :

Small Hands, Heavy Burden
How the Syria conflict is driving more children into the workforce