Petite enfance : investir plus pour stopper les inégalités

Publié le 20 septembre 2017 | Modifié le 21 septembre 2017

Un nouveau rapport de l’UNICEF révèle qu’en moyenne les états consacrent moins de 2 % des budgets d’éducation à la petite enfance.

Seuls 15 pays dans le monde – dont la France - disposent des trois politiques nationales de base qui contribuent à garantir aux parents le temps et les ressources nécessaires pour soutenir le bon développement cérébral de leurs jeunes enfants, selon les conclusions d’un nouveau rapport de l’UNICEF publié ce jour. Pire encore, un enfant de moins de 5 ans sur huit dans le monde vit dans un pays n’ayant aucune de ces politiques.
 
Le rapport « Pour chaque enfant, les premiers moments comptent » révèle les mesures permettant d’assurer les fondations d’un développement optimal de la petite enfance : six mois de congé maternité payé, quatre semaines de congé paternité payé, des pauses rémunérées pour l’allaitement au cours des six premiers mois suivant la naissance, ainsi que deux années d’enseignement préscolaire gratuit. Ces mesures aident les parents à mieux protéger leurs enfants et à leur offrir une nutrition, des moments d’éveil et d’apprentissage de meilleure qualité au cours des cinq premières années de leur vie, une période cruciale où la croissance du cerveau atteint un rythme qui ne sera plus jamais égalé.
 
La France, Cuba, le Portugal, la Russie et la Suède figurent parmi les pays qui garantissent ces trois politiques selon le rapport. Cependant, 85 millions d’enfants de moins de 5 ans grandissent dans un pays où aucune de ces politiques essentielles n’est mise en place. Étonnamment, 40 % de ces enfants vivent dans seulement deux pays : le Bangladesh et les États-Unis.

Des millions d’enfants de moins de 5 ans grandissent dans des environnements peu sûrs

  • Environ 300 millions d’enfants dans le monde vivent dans des régions où l’air est toxique, et les recherches montrent que cela peut endommager le cerveau en plein développement des enfants ;
  • Environ 75 millions d’enfants vivent dans des zones affectées par un conflit, ce qui augmente leur risque de subir un stress toxique susceptible d’inhiber les connexions neuronales au cours de la petite enfance ;
  • Une nutrition de mauvaise qualité, des environnements insalubres et des maladies ont entraîné chez 155 millions d’enfants à travers le monde des retards de croissance, qui empêchent leur corps et leur cerveau de se développer et d’atteindre leur plein potentiel ;
  • Un quart des enfants âgés de deux à quatre ans dans 64 pays ne participe à aucune des activités essentielles au développement cérébral comme le jeu, la lecture et le chant.

La petite enfance : moins de 2 % des budgets d’éducation

Le rapport met en garde contre l’incapacité à protéger les enfants les plus désavantagés et à leur offrir des possibilités de développement précoce, car elle sape la croissance potentielle de sociétés et d’économies entières. Il cite pour cela une étude qui révèle que les enfants de ménages pauvres, qui peuvent jouer et bénéficier d’un apprentissage précoce au cours de la petite enfance, gagnent en moyenne 25 % de plus à l’âge adulte que ceux qui n’ont pas pu en profiter.
 
En moyenne, les gouvernements du monde dépensent moins de 2 % de leur budget d’éducation dans des programmes consacrés à la petite enfance. Pourtant, le rapport souligne qu’investir dans les premières années de vie des enfants d’aujourd’hui apportera des bénéfices économiques significatifs à l’avenir. Chaque dollar investi dans des programmes en faveur de l’allaitement maternel génère 35 dollars (environ 29 euros) en retour, et chaque dollar dédié aux soins et à l’éducation pendant la petite enfance pour les enfants les plus défavorisés peut rapporter jusqu’à 17 dollars (environ 14 euros) en retour.
 
« Si nous n’investissons pas dès maintenant en faveur des enfants et des familles les plus vulnérables, nous continuerons d’alimenter les cycles intergénérationnels de la pauvreté et de l’inégalité. Chaque personne que nous n’aidons pas et chaque occasion manquée creusent l’écart entre les nantis et les plus démunis et mettent à mal notre force et notre stabilité à long terme », affirme Anthony Lake, Directeur général de l’UNICEF.

Agir en faveur du développement de la petite enfance

Les gouvernements et le secteur privé doivent soutenir les politiques nationales de base en faveur du développement de la petite enfance, et :

  • Investir en faveur de services de développement de la petite enfance et en les étendant dans les maisons, les écoles, les communautés et les centres de soin – en accordant la priorité aux enfants les plus vulnérables ;
  • Élever au rang de priorité les politiques familiales, y compris les deux années d’enseignement préscolaire gratuit, les congés parentaux payés et les pauses pour l’allaitement rémunérées ;
  • Accorder aux parents qui travaillent le temps et les ressources nécessaires pour contribuer au développement cérébral de leurs jeunes enfants ;
  • Collecter et analyser les données relatives au développement de la petite enfance et suivre les progrès pour toucher les enfants et les familles les plus vulnérables.

Pour Elodie Gossuin, nommée aujourd’hui ambassadrice de l’UNICEF France, dédiée à la thématique de la Petite Enfance, « ce rapport est l’occasion de défendre l’importance et le rôle essentiels de la nutrition, l’amour, le jeu et les loisirs dans le développement de l’enfant. C’est pour moi une évidence ! Mais cela reste hors d’atteinte pour des millions d’enfants à travers le monde et c’est pour cela que je veux porter leur voix toujours plus ».