Adoption et protection de l'enfance en Haïti : la position de l'Unicef

Publié le 28 janvier 2010 | Modifié le 10 septembre 2015

La protection des enfants d’Haïti est une priorité de l’Unicef. La situation à Port-au-Prince et dans les environs rend les enfants restés sans soutien parental ni familial particulièrement vulnérables. Ce contexte favorise l’activité des trafiquants, ceux qui facilitent l’adoption illégale ou ceux qui essaient d’exploiter la situation et de contourner les standards nationaux et internationaux de façon à sortir pour leur seul profit les enfants du territoire haïtien. Des informations sur de telles pratiques sont déjà en cours d’investigation.

 

 

38% des enfants haïtiens ont moins de 14 ans. Avant le séisme, le nombre d’enfants orphelins et abandonnés, principalement pour des raisons économiques et sociales, atteignait des chiffres alarmants. 50 000 avaient perdu leurs deux parents, 380 000 au moins l’un des deux.

L’exploitation des parents et des femmes enceintes était déjà une réalité. La vente et le trafic d’enfants étaient connus. Le problème des enfants des rues et de ceux travaillant aux tâches domestiques (les "restaveks") concernait aussi de nombreux enfants.

Avec le chaos consécutif au séisme,  la situation est devenue encore plus préoccupante.

Nous devons y apporter une réponse rapidement. Il est essentiel que les enfants non accompagnés (1) ou séparés (2) soient tous enregistrés, retrouvés, et réunis, dans la mesure du possible, avec leur famille dans les lieux les plus appropriés. Et cela inclut les enfants qui étaient, avant le séisme, dans des structures dédiées, telles que les crèches ou les orphelinats (3).

Il est impératif d’empêcher tout retrait inapproprié ou illégal d’enfants d’Haïti.

C’était déjà une des préoccupations de l’Unicef avant la catastrophe : elle reste plus que jamais d’actualité.

L’Unicef rappelle quels sont les standards internationaux et autres engagements relatifs à la protection de l’enfance :

Les situations d’urgence sont souvent dominées par l’effondrement et/ou l’absence de systèmes gouvernementaux efficaces. C’est ce qu’on peut voir en Haïti en ce moment. Il est alors déterminant que tous les pays qui ont ratifié la CIDE ainsi que les protocoles facultatifs et la Convention de la Haye appliquent ces textes internationaux sans exception (4). Dans les circonstances actuelles en Haïti, nous redoutons que ce ne soit pas toujours le cas.

Le préalable indispensable est d’empêcher les séparations injustifiées dans les familles, les tentatives inappropriées d’évacuation et pouvant être préjudiciables, et de combattre la vente et le trafic d’enfants notamment au travers d’adoptions internationales mal venues ou illégales.

Le récent "Guide des Nations unies sur les conditions appropriées de prise en charge alternative des enfants" (novembre 2009) rappelle les règles qui priment :

  • le premier objectif est de retrouver et de réunifier les enfants avec leur famille avant toute autre décision définitive ;
  • aucune action de secours ne devrait privilégier la séparation des enfants de leur famille proche ou élargie;
  • en situation d’urgence, aucun enfant ne devrait être transféré dans un autre pays, sous prétexte de prise en charge alternative (sauf temporairement, et pour raisons impératives de santé, de soins ou de sécurité : dans ce cas, le Guide insiste sur le fait que l’enfant doit être déplacé le plus près possible de son cadre de vie, en s’assurant qu'il est bien accompagné par un personnel spécialisé, permettant un déplacement en toute sécurité et un retour opportun).

Nombreuses sont les personnes qui, à travers le monde, ont exprimé leur désir de faire venir d’Haïti des enfants non accompagnés et de leur procurer soutien et soins. Nous comprenons leur préoccupation et y sommes très sensibles. Les procédures relatives aux dossiers de certains enfants haïtiens dans le contexte de l’adoption internationale avaient déjà été achevées avant le séisme et, dans ce cas, il est évident qu’il était de l’intérêt des enfants d’accélérer leur départ vers leurs nouveaux foyers.

Le placement familial et l’adoption internationale seront probablement parmi les moyens qui procureront soins et soutien aux enfants haïtiens à moyen et long terme. Il est cependant important de bien faire la distinction entre les dossiers engagés avec tous les papiers nécessaires (les démarches dûment accomplies) et ceux qui concerneraient l’adoption immédiate, avec des documents incomplets ou même falsifiés.

Trois situations sont particulièrement préoccupantes : le déplacement des enfants en dehors des frontières, le trafic d’enfants et la prise en charge alternative des enfants

Dans le chaos immédiat qui suit la crise, les enfants doivent être retrouvés, nourris, soignés, mis en sécurité, et assurés d’un accompagnement affectif. Etant donné l’ampleur des challenges en Haïti, le respect des textes internationaux doit être encouragé par des efforts significatifs pour apporter à tous les enfants d’Haïti les soins et le soutien dont ils ont besoin. L’Unicef est partie prenante de ces efforts.

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(1) Les enfants non accompagnés sont les enfants qui ont été séparés de leurs 2 parents et des autres membres de leur famille. Ils ne sont pris en charge par aucun adulte, légalement ou traditionnellement, qui en soit responsable.

(2) Les enfants séparés sont ceux qui sont séparés de leurs deux parents, ou de la personne légalement ou traditionnellement responsable d’eux, mais pas séparés d’autres membres de leur famille. Ces enfants, en conséquence, peuvent être des enfants accompagnés par des adultes, membres de la famille.

(3) Tout lieu qui abrite des enfants nécessitant un soutien a été baptisé "orphelinat". Les crèches sont réservées aux enfants âgés de 0 à 4 ans.

(4) Référence à la clause de non dérogation.