Afghanistan : 2 millions de filles à l'école

Publié le 07 juillet 2009 | Modifié le 28 décembre 2015

43% du territoire afghan reste inaccessible aux travailleurs humanitaires. Il faut cependant œuvrer sur place pour la scolarisation, notamment des petites filles, mais aussi lutter contre la polio et la malnutrition, véritables fléaux pour les plus jeunes. Etat des lieux de la situation humanitaire en Afghanistan avec Farida Ayari, chef de la communication du bureau de l’Unicef à Kaboul.

43% du territoire afghan reste inaccessible aux travailleurs humanitaires. Il faut cependant œuvrer sur place pour la scolarisation, notamment des petites filles, mais aussi lutter contre la polio et la malnutrition, véritables fléaux pour les plus jeunes. Etat des lieux de la situation humanitaire en Afghanistan avec Farida Ayari, chef de la communication du bureau de l’Unicef à Kaboul.
Où en est l’Afghanistan quant à la scolarisation des enfants ?

L’éducation est la priorité des priorités de l’Unicef en Afghanistan. Actuellement, 6, 2 millions d’enfants sont scolarisés en primaire et secondaire dans le pays. En 2001, seul 1 million d’enfants avait accès à l’école! Pour la rentrée de septembre 2009, nous attendons 134 000 nouveaux élèves. Dans les régions froides, qui ont déjà effectué leur rentrée scolaire, 736 000 nouveaux écoliers se sont présentés. Tous ces résultats sont appréciables, même si nous continuons de travailler sur le terrain pour la scolarisation des enfants. Pour l’instant, c’est dans la région de Kaboul et à la frontière iranienne que nous constatons les plus grandes réussites.
Nous travaillons chaque jour pour restaurer la confiance en l’école. Les établissements sont encore aujourd’hui les cibles d’attaques et cela fait évidemment peur à beaucoup de familles. Et il y a une dimension politique liée à l’école : tant que les salles de classe serviront de bureaux de vote, il sera difficile pour les parents de les concevoir comme des endroits neutres.

Et la scolarisation des fillettes ?

Nous faisons en sorte que nos efforts pour la scolarisation aillent dans le sens de l’égalité des sexes. Aujourd’hui, sur les 6,2 millions d’enfants scolarisés, près de 2 millions sont des filles.
L’Unicef Afghanistan aimerait porter à 50% le nombre de fillettes scolarisées d’ici 2013, nous tournons actuellement autour de 30%. C’est un travail délicat. Les barrières culturelles sont énormes et beaucoup de familles ne comprennent pas l’intérêt d’envoyer les filles à l’école. De nombreux parents voudraient pour ça que le corps enseignant soit féminin…mais les professeurs sont en majorité des hommes et cela ne risque pas de changer si les fillettes ne vont pas à l’école. C’est un cercle vicieux !
Nos équipes ne se contentent pas de fournir du matériel scolaire ou de construire des bâtiments, nous réalisons un vrai travail de sensibilisation pour convaincre les parents de scolariser leurs enfants et notamment les petites filles. Il faut travailler avec les chefs traditionnels tribaux. Les communautés doivent s’approprier l’école. Il est essentiel d’avoir des intermédiaires locaux, comme des réseaux de jeunes afghans qui défendent la scolarisation sur le terrain. La culture est tellement conservatrice que nous ne pouvons pas débarquer dans les villes et villages sans relais auprès de la population.

La santé, une autre priorité. Les campagnes de vaccination de l’Unicef ont-elles pu être menées à bien ?

Nous avons, entre janvier et mai, réussi à vacciner 6 à 7 millions d’enfants, lors de six journées nationales de vaccination. Nous continuons sur cette voie, l’Afghanistan étant l’un des quatre pays au monde encore touché par la polio, avec l’Inde, le Pakistan et le Nigéria. Aujourd’hui, 75% des enfants sont vaccinés contre cette maladie sur le territoire afghan. Ce n’est pas trop mal… mais nous n’avons toujours pas accès à tout le territoire. Nous comptons donc sur le 21 septembre prochain –journée mondiale de la paix où tout le monde est censé baisser les armes- pour vacciner le plus grand nombre d’enfants, dans des endroits autrement inaccessibles car trop dangereux.
Enfin, il nous est aussi difficile de traiter au mieux les cas de polio et d’autres maladies en raison des mouvements de population entre le Pakistan et l’Afghanistan.
Les taux de mortalité infantile et maternelle restent élevés en Afghanistan…

Oui, 39% des enfants de moins de 5 ans souffrent aujourd’hui de malnutrition aiguë et 54% de malnutrition chronique. D’après la dernière étude datée de 2006, 129 bébés sur 1000 meurent ici avant leur premier anniversaire. Et 191 enfants sur 1000 meurent avant d’atteindre l’âge de 5 ans.
Quant aux mamans, elles sont encore trop nombreuses à mourir en couches. Après le Sierra Leone, l’Afghanistan est le deuxième pays présentant le plus haut taux de mortalité maternelle. Nous avons donc décidé de construire des maternités, dans lesquelles les femmes aux grossesses difficiles peuvent attendre l’accouchement, être suivies. La première a été inaugurée en mars à Kandahar. D’ici 2010, 6 autres maternités de ce type devraient voir le jour.
Lire aussi l'article «Afghanistan : les écoliers en danger»

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