« Au Pakistan, la reconstruction va prendre du temps »

Publié le 04 juillet 2011 | Modifié le 31 août 2015

Il y a près d’un an, des pluies torrentielles s’abattaient sur le Pakistan entraînant des inondations sans précédent. Au fil des semaines, la catastrophe naturelle s’est transformée en un véritable tsunami lent. Au total, plus de 20 millions de personnes, dont 3 millions d’enfants de moins de 5 ans, ont été affectées. Luc Chauvin, conseiller régional de l’Unicef pour les urgences dans la région Asie-Pacifique, fait le point sur la situation.

 

 

Comment vivent aujourd’hui les personnes affectées par les inondations ?

Les dernières personnes déplacées qui vivaient encore dans des camps cet hiver sont reparties en février-mars. Le problème majeur, c’est qu' il y a énormément d'infrastructures à reconstruire : ponts, routes, écolesBeaucoup de ces personnes sont aujourd’hui des déplacées dans leurs propres villages où elles vivent encore dans des conditions precaires.

 

Comment l’Unicef se mobilise, un an après la catastrophe ?

Nous ne sommes évidemment plus dans la phase de réponse d’urgence aiguë. Beaucoup d'ONGs partenaires ont mis la clé sous la porte faute de financements. Mais le bureau de l’Unicef au Pakistan mobilise encore 150 personnes uniquement affectées pour la réponse de post-urgence. Nous avons encore un gros travail à faire pour réhabiliter les centres de santé, les écoles et former les personnels de santé, les instituteurs etc...Le travail continue, intense.

Les plans d’action mis en place en septembre 2010 étaient prévus pour un an. Aujourd’hui, il faut davantage intégrer le gouvernement, et notamment les autorites provinciales, dans la phase de reconstruction. Et surtout, on a besoin de fonds supplémentaires, notamment pour la prise en charge de la nutrition des enfants dont la situation nutritionnelle a été aggravée par la crise. C’est un secteur pour lequel nous allons devoir faire un nouvel appel de fonds (env. 34 millions d’euros). Ce qui est certain, c’est qu’au Pakistan, la reconstruction va prendre du temps. Mais il y aussi des choses encourageantes. Par exemple, pour l’école, après la catastrophe, l’Unicef a eu l’opportunité de donner accès à une éducation de base à des enfants qui n’étaient jamais allés en classe avant les inondations.

 

À quelles difficultés est confronté l’Unicef sur le terrain ?

Il y a un réel problème de capacité d’absorption de l’aide fournie par les Nations unies et par les acteurs humanitaires en général. Car il ne s’agit pas juste de fournir de l’argent ou du matériel. Dans certaines provinces, les services sociaux sont très faibles. L’Unicef forme ainsi du personnel de santé ou du personnel éducatif, mais les efforts doivent être faits en profondeur, et surtout, à long terme. L’aide humanitaire ne pourra répondre à ces efforts que si le gouvernement pakistanais montre la voie et met en œuvre les moyens financiers nécessaires pour atteindre les objectifs du millenaire.

À côté de ça, les acteurs humanitaires travaillent dans un environnement sécuritaire parfois compliqué et lié à la menace de certains groupes terroristes. Le personnel expatrié doit parfois se déplacer en véhicule blindé. On est parfois amené à fermer temporairement certains de nos bureaux.

 

Quelles sont aujourd’hui les priorités et les enjeux auxquels fait face notre organisation ?

Il faut notamment renforcer les capacités d'action sociale au niveau des autorités provinciales. Actuellement, un transfert de compétences est en cours, depuis le gouvernement fédéral, vers les provinces. Et comme, historiquement, l’Unicef a toujours été très présent sur l'ensemble du territoire pakistanais, on bénéficie de bons partenariats avec la plupart des provinces. Nous allons poursuivre le travail en cours, dans le cadre du programme de post-urgence, au moins jusqu’à décembre 2011. Et pour reprendre les mots de Jacques Hintzy, les enfants du Pakistan sont aussi nos enfants. On ne peut pas les abandonner.

En savoir plus :

Pakistan : 6 mois après les inondations, la malnutrition menace les enfants

Les chiffres clés :

- À ce jour, 139 millions ont été collectés sur les 172 millions d’euros demandés par l'Unicef.
- Au plus fort de l’urgence, l’Unicef a fourni de l’eau potable au quotidien à 4,7 millions de personnes.
- Sur les 70 districts affectés, l’Unicef a vacciné 93 % des enfants contre la rougeole et 98 % contre la polio.

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