Au Tchad, la saison de la faim est déjà là

Publié le 03 mars 2012 | Modifié le 31 mars 2016

Depuis l’an dernier, les autorités tchadiennes s’inquiètent de l’insécurité nutritionnelle qui guette de nouveau la région du Sahel. À l’ouest du pays notamment, les pluies insuffisantes et les récoltes trop faibles ont avancé la période de soudure à février, alors qu’elle commence habituellement en avril. Une situation qui affecte d’abord les plus vulnérables. Sur le terrain, l’Unicef prévoit de prendre en charge 127 000 enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition aiguë sévère en 2012. Reportage.

 

 

Au Tchad, 62 % de la population vit avec moins de 1 euro par jour. En 2011 déjà, de nombreuses familles de l’ouest du pays se sont retrouvées dans une situation très difficile. Aujourd’hui, à cause de mauvaises récoltes et de la hausse des prix des denrées alimentaires, ces familles, et plus particulièrement leurs enfants, subissent de plein fouet les débuts de la crise alimentaire et nutritionnelle.

 

Un accès limité à la nourriture

Dans une clinique médicale, près de Bol, dans la région des lacs, Abdou souffre de malnutrition aiguë sévère. À 3 ans, il pèse tout juste 8 kilos, comme son petit frère de 9 mois. Sa maman, Adama Abdulai, 30 ans, est très inquiète. Elle n’a pas assez d’argent pour nourrir correctement Abdou et ses 5 autres enfants. « Le maïs est si cher maintenant que nous ne pouvons pas avoir de la nourriture tous les jours, explique t-elle. Parfois, nous mangeons et parfois nous ne mangeons pas. Notre ferme n’a donné aucune récolte cette année et nous n’avons nulle part où aller. » Une difficulté en amenant une autre, le mari d’Adama a dû quitter la famille il y a plusieurs mois, en quête de travail. Il n’est toujours pas revenu.

 

Les conséquences de la guerre en Libye

La guerre civile en Libye a entraîné le retour au pays de 90 000 Tchadiens, pour la plupart originaires de la région sahélienne du pays. Il y donc plus de bouches à nourrir, avec moins d’argent. Selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM), de nombreuses familles tchadiennes sont endettées et ont commencé à vendre leurs biens pour faire face au retour des leurs.

 

Agir maintenant pour sauver des vies

Marcel Ouattara, le représentant de l’Unicef au Tchad, constate que ce sont les populations les plus vulnérables qui sont les premières touchées par cette crise. « Une situation comme celle-ci, où l’insuffisance de nourriture fait augmenter les prix du marché de 100 à 200%, a des effets dévastateurs et un impact très lourd sur les plus fragiles », dit-il. D’après lui, la crise frappe « des familles qui ont déjà un accès limité aux services de santé de base et qui sont confrontées à la malnutrition de manière récurrente. Le moindre obstacle d’accès à la nourriture devient une réelle menace pour leur vie. »
 
La crise alimentaire a déjà commencé. La situation est grave. Mais si une prise en charge rapide est mise en œuvre et que l’on agit maintenant, des vies peuvent être sauvées.

En savoir plus

L’Unicef a besoin de plus de 18 millions d’euros pour répondre aux besoins croissants des enfants du Tchad.

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À télécharger :

Pour mieux comprendre la crise du Sahel, téléchargez notre infographie.

 

Infographie explicative de la crise nutritionnelle au Sahel

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