C8 en Ecosse: Carnet de route de Wilfried

Publié le 10 juillet 2005 | Modifié le 26 mai 2015

 
Wilfried est le jeune représentant de l’UNICEF France lors du C8, le G8 des jeunes, qui se déroule du 2 au 7 juillet en Ecosse.

Wilfried, jeune franco-camerounais de 17 ans, représente la France lors du forum du C8 en Ecosse organisé par l’UNICEF. Ce forum, qui rassemble huit enfants de pays riches et huit enfants de pays pauvres se déroule juste avant le meeting des leaders du G8. Au programme des discussions : l’aide au développement, bien entendu, l’Afrique et le réchauffement climatique, mais aussi les menaces qui pèsent sur les enfants dans le monde, comme le sida, les conflits et la grande pauvreté. « J’espère que la voix des enfants sera écoutée, et que les adultes, mais aussi les jeunes nous entendront. On ne peut pas préparer l’avenir sans être solidaires, ces jeunes d’aujourd’hui que nous voulons sensibiliser sont peut-être les leaders du G8 de demain », explique Wilfried. Wilfried est né et a vécu 14 ans au Cameroun, cela fait trois ans qu’il habite en France. Voici son carnet de bord. 

 Vendredi 1er juillet :

Nous sommes arrivés hier à Londres et nous partons demain soir pour l’Ecosse. Je suis très agréablement surpris par le voyage. Je ne m’attendais pas à ce que tout aille aussi vite. Je ne pensais pas avoir autant de responsabilités d’un coup : j’ai déjà répondu à beaucoup d’interviews.
J’ai eu la chance inespérée hier de rencontrer le premier ministre anglais Tony Blair lors d’une émission televisee sur MTV. Je lui ai serre la main, ça m’a fait tout drôle. Ca m’a fait comme un flash. J’ai pris conscience de la chance que j’avais. Je viens d’une petite ville inconnue au Cameroun. Il y a encore cinq ans, j’habitais dans ce quartier modeste d’un pays en développement. Lors de mon enfance, on faisait avec les moyens du bord… En trois ans, tout est allé si vite ! La République démocratique du Congo l’année dernière avec l’UNICEF, et cette année le C8 !
 
Mes amis et ma famille sont très fiers que je m’engage pour cette cause, et que j’aille rencontrer les leaders du monde. J’espère que j’arriverai à faire passer notre message auprès d’eux.
Depuis mardi dernier, les journées sont assez chargées. Cela me donne une idée de la vie des hommes politiques… J’ai donné des interviews à de grandes chaînes TV (MTV), et radio (BBC, RFI, NRJ). J’ai rencontre quatre autres jeunes pour le moment. C’est surtout Aminata qui m’a marque. C’est une enfant de 11 ans et c’est celle qui m’a le plus impressionné. Elle est magnifique cette fille. C’est impressionnant que pour son âge elle ait autant d’aisance à s’exprimer devant des personnalités. Elle lit, elle s’informe, elle arrive à comprendre les injustices dans son pays et à réagir. Je reste sans voix devant sa détermination. Elle est venue jusqu’ici et elle veut laisser une trace. Comme ils disent ici à l’UNICEF, elle est déjà « famous ». Il y a deux jours, elle s’est adressée au ministre des finances de Grande-Bretagne, Gordon Brown, devant une centaine de personnes au Parlement. Elle a un parcours incroyable. Elle fait partie d’une organisation pour les droits des enfants à Freetown et a déjà rencontré le président trois fois ! Je suis fier de connaître quelqu’un comme ça. Aujourd’hui j’ai encore d’autres interview, et on part pour l’Ecosse !

Samedi 2 juillet :
  
Aujourd´hui, j´ai rencontre tous les jeunes du C8. Chacun a fait une présentation de son pays et de la situation des enfants. J’ai l’impression que d'une manière générale, dans les différents pays en développement, les enfants rencontrent les mêmes difficultés : le VIH/sida, les conflits civils, la pauvrete, le manque de services de sante, un acces difficile a l’education, l’exploitation et les violences sexuelles. C’est la présentation de Reitumetse, du Lesotho, qui m’a le plus marque : 60% de la population y vit avec moins d’un dollar par jour. En Moldavie, Polina nous a parlé de plus de 23 000 enfants qui ne sont pas pris en charge par leurs parents. Le sida aussi fait des ravages : de la Russie au Lesotho, en passant par la Sierra Leone.

L’après-midi, nous avons tous participé a des jeux pour apprendre à mieux nous connaître. Nous avons simule la gestion d’un Etat, et celle d’une entreprise : cela nous a permis d’en apprendre plus sur les injustices du commerce international et sur le non-respect du droit des enfants.
 

Dimanche 3 juillet :
 
Wilfried Ebene Minla'a lors du concert "Make Poverty History" à Edinbourgh, Ecosse.
 
7h25 : la journée a commencé tôt. J’ai donné une interview par téléphone a Direct 8, une chaîne française. Puis j’ai enchaîne avec des débats, des échanges, parfois sous forme de jeux, sur les différents problèmes exposés par les uns et les autres. On est en train d’essayer de définir des propositions à présenter aux leaders du G8. Je trouve tout ça très positif parce que le groupe est plein d’idées.

L’après-midi, nous avons rencontre Ewan Mc Gregor, qui joue le rôle d’un Jedi dans le dernier Star Wars, c’est l’ambassadeur de l’UNICEF pour le Royaume uni : très sympa et engage pour les enfants. 15h30 : conférence de presse avec des médias internationaux. J’ai beaucoup apprécié le témoignage d’Aissatou, de Guinée, qui s’est exprimée devant la presse. Elle a parle de son expérience en tant qu’enfant travailleur : c’est l’experience de milliers d’enfants dans le monde aujourd’hui. Nabil, du Yemen, avait beaucoup de conviction dans ses propos. C’est quelqu’un de très sensible et engage, qui sait montrer qu’il aspire au changement.

Pour moi, ce forum des jeunes est une expérience riche car j’ai appris davantage. Par exemple, je sais aujourd’hui comment se déroule une conférence de presse et, même si j’en avais une représentation puisque moi-même je suis originaire du Cameroun, je connais les difficultés auxquelles sont confrontes les jeunes des pays en développement.
 

Lundi 4 juillet 

 
Le matin, je participe à la réunion du « groupe média » : c’est une petite rédaction et nous en sommes les jeunes reporters. On rédige des articles, on prend des photos et on effectue des rapports journaliers sur l’évolution des discussions du C8. J’ai pris beaucoup de photos toute la journée.
 
Plusieurs jeunes qui ont écrit leur propre rapport sur l’Afrique, à l’image de la Commission Afrique mise en place par Tony Blair, nous ont rejoints en fin de matinée pour nous présenter leurs réflexions et leurs actions. Ils travaillent essentiellement sur les thèmes du sida, de l’eau et assainissement et de l’éducation dans les différents pays d’Afrique.
Dans le courant de la journée, nous avons mis en place nos propres groupes de réflexion : Aminata, de Sierra Leone, a tout d’abord fait un état des lieux de l’accès à l’éducation dans son pays. Elle a notamment expliqué que beaucoup d’enfants n’ont pas accès à l’école car leurs familles manquent de moyens. En outre, de nombreux enfants sont orphelins ou vivent dans les rues et doivent subvenir eux-mêmes à leurs besoins : certains travaillent, d’autres se prostituent. Aminata était passionnée dans son discours. Comme d’habitude, son message nous est allé droit au cœur. Elle nous a même fait rire et réagir, pour avancer dans nos propositions aux leaders du G8.
 
Dechen, du Bhoutan, a abordé les problèmes en eau et assainissement qui se posent dans les pays en développement. Nous sommes parvenus à définir plusieurs propositions : par exemple, il faudrait que les gouvernements des pays pauvres investissent dans l’aménagement des territoires, car il y a encore des villages qui sont délaissés et n’ont pas accès à l’eau potable. Il faut aussi encourager l’installation de canalisations pour alimenter ces villages. D’autres idées ont émergé : contrôler la qualité de l’eau dans tous les villages et organiser des interventions régulières d’inspecteurs sanitaires dans les établissements scolaires. D’autre part, la création de points d’eau dans les écoles favorise la scolarisation des filles.
Nous avons aussi participé à un jeu intitulé « Snakes and Ladders », ce qui veut dire « Serpents et échelles ». Il s’agit d’une sorte de jeu de l’oie à taille humaine, qui permet de comprendre quels sont les différents obstacles qui compromettent la scolarisation des filles et quelles sont les mesures qui leur permettent de terminer leur cycle scolaire. On lance le dé : chaque fois qu’il tombe sur une case représentant une échelle, on progresse dans le cycle scolaire, et chaque fois que l’on arrive dans une case qui représente un serpent, on régresse dans son parcours scolaire. A chaque étape, une explication est donnée par les animateurs sur les raisons qui peuvent freiner ou encourager la scolarisation des filles. C’est amusant, et suffisamment aléatoire pour nous faire prendre conscience à quel point il est difficile pour une fille de mener une scolarité normale dans un pays en développement.
 

Mardi 5 juillet :

Ca y est ! Nous avons terminé d’écrire nos propositions aux leaders du G8 !
L’après-midi, nous avons rencontré le premier ministre écossais lors d’une conférence de presse. Nous lui avons remis notre document. Il avait l’air plutôt enthousiaste et compréhensif à notre égard. Il nous a promis de servir de relais auprès des leaders de Gleaneagles. Il était de tout cœur avec nous pour que le monde entier entende ce que nous avons à dire : c’est déjà une première victoire !

Le soir, nous partons à Edinbourgh. Visiblement, il y a eu des manifestations anti-G8 assez mouvementées dans la ville. Nous ne souhaitons pas que notre campagne contre la pauvreté se passe dans la violence. Mais nous sommes impressionnés de voir que d’autres sont tout aussi révoltés que nous par les injustices qui touchent les pays pauvres.

Mercredi 6 juillet : 

 
C’est le jour du concert « Make Poverty History » au stade de Murrayfield à Edinbourgh. Et nous y avons participé !
 
C’est très encourageant de voir le monde que cela a mobilisé : plus de 50 000 personnes. Cela prouve qu’aujourd’hui, si c’est l’Afrique qui souffre le plus, le monde veut un changement et des actions concrètes de la part de nos leaders. « Ce n’est pas la charité qu’on demande, mais la justice » : c’est une phrase que j’ai beaucoup entendue ce soir là, et qui résume le combat. Nous, les 16 enfants du G8, nous sommes montés sur scène. Aminata, du haut de ses 11 ans, a pris la parole pour nous et a brillamment su faire entendre notre voix. Et puis, voir ces artistes réunis et engagés dans cette lutte contre la pauvreté, c’était vraiment fort. J’ai été particulièrement ému lorsque Yousou N’Dour a chanté « Africa ». Je pense que nos discussions lors du C8 n’ont pas été inutiles.

Il était important que nous intervenions devant la foule d’Edinbourgh et je souhaite qu’il y ait d’autres C8 dans les années à venir, car on ne gagnera pas la lutte contre la pauvreté en seulement  un an.

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