Côte d’Ivoire : maintenir les enfants à l’école malgré la crise

Publié le 06 avril 2011 | Modifié le 31 mars 2016

À la suite de l’élection présidentielle de la fin novembre, les écoles du nord de la Côte d’Ivoire ont fermé leurs portes : les partisans d'Alassane Ouattara avaient lancé un appel à la désobéissance civile. Malgré la réouverture de ces écoles le lundi 28 mars, l’impact sur les enfants, privés de classe pendant plusieurs mois, se fera ressentir. Basée à Man,  dans l’ouest du pays, Jennifer Hofmann est Spécialiste Éducation. Elle fait le point sur la situation.

 

 

 

Combien d’enfants ont vu leur éducation perturbée par la crise post-électorale ? Quel sera l’impact de l’interruption des classes sur eux ?

 
Au total, 1 million d’enfants n’ont pu se rendre à l’école pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Ils étaient 800 000 dans la zone centre-nord-ouest (CNO), pas directement affectée par les violences, à avoir manqué entre 4 et 6 mois d’école. L’annonce de la réouverture de ces écoles du CNO, le lundi 28 mars, a été une très bonne nouvelle. L’année scolaire va repartir de zéro, mais au lieu d’être découpée en 3 trimestres, elle sera divisée en 2 semestres. En plus de ces 800 000 enfants, on estime qu’ils étaient 200 000 à ne plus aller à l’école dans le sud, à Abidjan et aux alentours, à cause des affrontements violents entre les forces pro-Ouattara et les forces pro-Gbagbo.

Au niveau du système éducatif, l’impact de la crise se fera ressentir, immédiatement et sur le moyen terme. Dans la zone centre-nord-ouest, l’appel à la désobéissance civile a été suivi à 100% par les enseignants. Certains reviendront bien enseigner, d’autres auront des difficultés à revenir, d’autres encore ne reviendront jamais… On doit particulièrement se mobiliser pour que les élèves de CM2, de 3e et de Terminale qui ont dû se déplacer puissent quand même se présenter aux examens, en septembre.

De plus, l’arrêt de l’école a engendré des risques en matière de protection des enfants. Des enfants qui ne vont plus à l’école, ce sont des enfants qui sont mis à contribution par leurs familles pour aller travailler dans les champs, sur les marchés ou être porteurs, ce qui les expose à l’exploitation, à la violence. Enfin, avec la fermeture des écoles depuis plusieurs mois, du mobilier scolaire a été utilisé comme bois de chauffe par les communautés, certaines écoles ont été décoiffées par les intempéries, ou réquisitionnées par les forces armées.

Quelle est l’action de l’Unicef pour maintenir la scolarité de ces enfants, malgré le contexte ?

Dans le nord, pour les enfants qui ont trouvé refuge dans des sites d’accueil (églises, mosquées…) à Man, Danane, Duekoue et Abidjan, l’Unicef a distribué plusieurs dizaines d’ « écoles en kit », mais aussi installé des espaces d’apprentissage qui proposent, aux plus jeunes comme aux ados, des programmes socio-éducatifs. Pour ce qui est des enfants déplacés dans le sud du pays, où les écoles sont fonctionnelles, on a intégré des élèves déplacés dans les écoles où les classes n’étaient pas pleines. Aujourd’hui, on utilise certaines de ces écoles en double vacation. Par exemple, le matin, ce sont les élèves même de l’école qui ont cours, et l’après-midi, ce sont les élèves déplacés qui ont classe. Dans les écoles où il n’y a pas suffisamment d’espace, on prévoit d’utiliser des tentes.

Une semaine après la réouverture officielle des écoles en zone CNO, quelle est la réalité sur le terrain ?

La majorité des écoles sont ouvertes, à l’exception des villages les plus reculés qui n’ont pas encore reçu l’information concernant la réouverture. D’après les visites de terrain effectuées par l’Unicef et nos partenaires, on estime qu’environ 75% des enseignants sont de retour à leurs postes. De nombreux enfants manquent cependant à l’appel. La première semaine de reprise a été consacrée au nettoyage des salles de classe et à quelques cours de révisions. Les autorités éducatives et administratives ont continué les activités de sensibilisation communautaire et de mobilisation du personnel enseignant, avec le soutien de l’Unicef. Dans le même temps, l’Unicef répond à la situation humanitaire très grave qui sévit à Abidjan et à l’ouest du pays. Les violences, y compris contre les civils, ont provoqué la mort de nombreuses personnes et des déplacements massifs de population.

En savoir plus

Aujourd'hui encore, l'Unicef a besoin massivement de fonds et de la mobilisation de toute la communauté internationale, afin de répondre aux conséquences du conflit qui sévit dans le pays, en particulier pour venir en aide aux enfants affectés par la crise.

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