COVID-19 : rétrospective de deux mois d’interventions en France avec Action Contre la Faim

Publié le 02 juillet 2020

Face à la situation inédite de pandémie mondiale liée au Covid-19 et forts de leur expérience mutuelle, Action contre la Faim et UNICEF France se sont mobilisés pour venir en aide aux populations démunies d’Ile-de-France, afin de leur apporter accès à l’eau et à l’hygiène et renforcer la protection des familles et personnes vivant en habitat précaire. Retour sur deux mois d’intervention commune en Ile de France.

Le confinement  a rendu  très difficile l’accès aux besoins de base pour les personnes en situation de précarité. Les pratiques d’hygiènes basiques, et d’autant plus celles recommandées en période d’épidémie, ont été très compliquées à respecter pour les plus fragiles. Pour les personnes bénéficiant généralement du soutien d’associations et de centres d’accueil de jour dont le champ d’action s’est vu fortement limité ou pour celles trouvant des solutions d’accès à l’eau dans des lieux publics ici fermés (parcs ou centres commerciaux), la situation était d’une extrême difficulté. La pandémie et le confinement sont venus renforcer l’urgence de soutenir les plus vulnérables et de les protéger. C’est dans ce contexte qu’Action contre la Faim et UNICEF France se sont mobilisés pendant plus de deux mois en Ile de France.

Près de 3 000 personnes ont été sensibilisées aux gestes barrière et à l’hygiène. Afin d’assurer une aide sans risque et la bonne application des gestes barrières dans tous les temps de la vie quotidienne, des bénévoles ont été formés et des points de sensibilisation mis en place sur chaque site pour répondre aux questions sur la maladie, conseiller et orienter vers les services de base disponibles et ouverts aux alentour. 45 documents, tant à destination des aidants que des bénéficiaires, et un grand nombre d’outils multilingues ont été développés et partagés avec plus de 60 structures et acteurs intervenants en Ile-de-France. Une attention particulière a été portée à l’accessibilité d’informations spécifiques pour les familles et les enfants. Le confinement a obligé certains points d’accueil à suspendre leurs activités, et un besoin très fort s’est fait ressentir pour orienter les familles, notamment pour répondre aux besoins des bébés.   

En deux mois d’intervention, 36 distributions de kits d’hygiène et 2 mises à dispositions de produits d’hygiène dans 2 accueils de jours ont été organisées pour venir en aide aux personnes précaires et aux familles isolées en camps, squats ou bidonvilles. Une vraie nécessité lorsqu’on sait que plus de la moitié des personnes vivant en bidonvilles sont des enfants. Ces activités ont permis de venir en aide à 3285 personnes, dont 349 enfants de moins de trois ans (chiffres fin mai). Les équipes ont adapté au mieux leur réponse en fonction des problématiques rencontrées par les personnes : kits d’hygiène individuels mensuels pour les personnes en squats et bidonvilles, kits familiaux incluant des éléments d’entretien du foyer pour les familles vivant en habitat précaires et kits spécifiques pour les nourrissons (avec biberon, couche jetable, crème de change, savon, shampoing, petits pots, tapis d’éveil et attache tétine).

Nos équipes ont aussi réalisé 12 diagnostics des conditions d’accès à l’eau eau, l’hygiène et l’assainissement sur différents squats et bidonvilles afin de témoigner des besoins pour une réponse à plus long terme.

Afin de limiter au maximum les conséquences psychosociales négatives sur les personnes et de pouvoir leur donner des ressources afin de faire face au mieux à cette situation inédite, un accompagnement psychosocial a été également dispensé par nos équipes. L’objectif étant de les accompagner et les guider sur les sujets de santé mentale, pratiques de soins, questions de genre et protection. Durant les échanges, le but était aussi de détecter les personnes en souffrance psychologique et repérer les cas les plus à risques, pour garantir le référencement et aider aux prises en charge via nos partenaires. Les familles ont été soutenues et ont reçus des conseils pour gérer le confinement et limiter le risque de violences intrafamiliales et les situations de violences liées au genre.

Selon Clara Bigel, coordinatrice santé mentale et pratique de soins, genre et protection pour la mission France d’Action contre la Faim : « Les personnes vivant à la rue et en situation de fragilité extrême en Ile-de-France souffrent davantage de troubles en santé mentale, en raison de leurs expériences de vie passées et de leur situation présente (manque d’information, incertitude sur leur situation, discrimination, manque de protection, isolement). Pour l’ensemble des français, l’épidémie a généré beaucoup d’angoisses. Les personnes précaires n’ont pas été épargnées, leur situation créant encore plus d’interrogations.

Action contre la Faim est fortement impliquée dans les différents cadres de coordination existants et anime le groupe de coordination santé mentale et soutien psychosocial composé de 32 structures. Le but ? Partager les informations sur les besoins en santé mentale des plus vulnérables, dresser une cartographie des services existants, identifier les manques et faciliter les échanges de bonnes pratiques. Ce groupe permet de tirer des leçons du confinement et de faire valoir les besoins critiques des plus vulnérables en matières d’accès aux soins de santé mentale et en soutien psychosocial pour les plus vulnérables. »

Les besoins sont tels que beaucoup reste à faire dans les semaines et mois qui viennent. Le confinement a eu pour effet pervers de fragiliser des populations déjà vulnérables et il est plus que jamais nécessaire de continuer à trouver des solutions d’aide adaptées et pérennes.

Au-delà des actions entreprises en Ile-de-France, UNICEF France et Action contre la Faim ont pu, grâce au soutien de la Fondation CMA CGM, venir également en aide aux populations vulnérables de Marseille et son agglomération.

La mobilisation associative massive qui a eu lieu pendant la période de confinement, doit donc se poursuivre avec le soutien de tous.