De l’urgence de rapatrier les enfants français retenus en Syrie

Publié le 17 décembre 2021

Dans une tribune publiée aujourd'hui sur le site de Libération, Adeline Hazan, vice-présidente de l'UNICEF France, appelle à rapatrier tous les enfants français retenus dans des camps au Nord-Est de la Syrie. L’UNICEF France tient à rappeler que ces enfants sont avant tout des victimes et non des criminels.

Paris, le 17 décembre 2021 - Quelques jours après le décès d’une femme française des suites de maladie dans le camp de Roj laissant une fillette de 6 ans orpheline, UNICEF France réitère son inquiétude quant à l’avenir des quelque deux cents enfants français qui viennent d’entamer leur quatrième hiver dans des camps de rétention au Nord-Est de la Syrie, parmi 8 000 autres enfants originaires d’une soixantaine de pays. La situation humanitaire se détériore au fil du temps avec de graves problèmes liés à la malnutrition, à l’accès à l’eau et à l’hygiène. La résurgence de groupes armés dans la région aggrave encore l’insécurité de ces lieux. Certains de ces enfants, qu’ils soient emprisonnés avec leurs mères ou orphelins, sont nés dans les camps, d’autres y sont arrivés avant leur troisième anniversaire, pratiquement tous ont moins de 12 ans aujourd’hui. Aucun n’est scolarisé, n’a accès à des soins de santé, ni n’est suffisamment protégé contre les risques d’exploitation et de violence qui règnent dans les camps.

De l'urgence de les rapatrier

Depuis 2019, les Nations unies, par les voix de leur Secrétaire Général, de l’UNICEF et d’experts des droits de l’homme, aux côtés de spécialistes de la lutte contre le terrorisme, de magistrats, de pédopsychiatres ainsi que de représentants de la société civile, exhortent les Etats membres à respecter leurs engagements internationaux et à appliquer la Convention Internationale des droits de l’enfant (CIDE) en rapatriant et en réintégrant tous ces enfants dans leurs pays d’origine. Certains Etats ont entendu ces appels et ont rapatrié la quasi-totalité des enfants et dans certains cas les mères.

A ce jour, la France n’a rapatrié que 35 enfants, des orphelins et des enfants dont les mères ont accepté de les laisser revenir, et refuse toujours de rapatrier les mères. Le dernier rapatriement d’enfants remonte à janvier 2021, soit plus de 11 mois. Une éternité à l’échelle d’une vie d’enfant.

Les enfants retenus dans les camps en Syrie sont des victimes de conflits armés et ne peuvent être tenus pour responsables des actes dont sont accusés leurs parents. La France a une longue tradition d’engagement vis-à-vis de la protection des enfants dans les conflits armés, et plus encore depuis la signature en 2007 des Principes et Engagements de Paris sur les enfants associés aux forces ou aux groupes armés. Un engagement souligné par le Président français le 11 novembre dernier qui a rappelé que « se battre pour les droits de l’homme, c’est défendre les droits des enfants dans les conflits armés »

Une attente interminable

Fort de l’expérience de l’UNICEF en matière de réinsertion des enfants victimes de conflits armés depuis 1946, nous savons que ces enfants, lorsqu’ils sont rapatriés dans leur pays d’origine, démontrent de réelles capacités de résilience et un incroyable appétit à retrouver une vie d’enfant. Accompagnés par les services sociaux et par des psychologues, ces enfants réintègrent, pour la plupart, avec bonheur leur famille élargie, sont scolarisés et maintiennent un lien avec leur mère lorsque cette dernière est en détention. Ils se construisent avec le parcours de vie qui est le leur.

Au-delà du non-respect des droits de l’enfant, le fait de ne pas rapatrier les enfants qui sont encore dans les camps syriens présente de nombreux risques : risque que ces enfants périssent dans les camps comme les 60 enfants morts depuis le début de l’année ; risque qu’ils deviennent orphelins sans protection comme cette fillette de 6 ans ; risque qu’ils soient victimes de violence et d’exploitation ; risque qu’ils tombent aux mains de groupes armés fondamentalistes ; risque qu’ils grandissent dans la détestation de leur pays.

A l’aube de ses 75 années de coopération avec les Etats membres, l’UNICEF a confiance dans les principes de droit qui gouvernent un pays comme la France et dans ses capacités à prendre en charge ces enfants. Le droit fondamental de ces enfants est d’être rapatrié et réintégré afin d’être protégé et de grandir dans des conditions normales. Le devoir de l’État est de garantir le respect de ce droit.

Ces enfants, considérés comme des victimes de conflit, sont des citoyens français. Leurs familles les attendent, la France des droits de l’homme les attend. Nous les attendons.

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