Enfants de Gaza : « Il est important d’investir dans l’éducation »

Publié le 12 septembre 2014 | Modifié le 31 août 2015

Après 50 jours de conflit qui ont ébranlé la bande de Gaza, place à la reconstruction. Si celle des bâtiments va prendre une vingtaine année, la reconstruction des enfants ne peut pas attendre : l’UNICEF donne la priorité à l’éducation et au retour à l’école.

Catherine Weibel est la responsable de la communication de l’UNICEF Palestine. Témoin de premier plan du conflit qui a causé la mort de 501 enfants gazaouis en juillet et août 2014, elle nous présente la priorité de l’UNICEF dans cette phase de reconstruction : permettre aux enfants de reprendre le chemin de l’école pour surmonter leur traumatisme psychologique.
Interview.
 
Après 50 jours de conflit, pourquoi le retour à l’école est une priorité pour les enfants de Gaza ?
Il faut bien contextualiser la situation : au pic du conflit, presqu’un tiers de la population de Gaza était déplacé, soit près de 500 000 personnes. Ce déplacement massif a laissé des traces de traumatisme chez les enfants, en plus des images de guerre, de gens morts, et le bruit des bombardements. Il y avait un sentiment d’insécurité chez les enfants et leurs familles.
Lors d’une telle situation de crise, il est primordial de maintenir la scolarité des enfants car l’école leur permet de surmonter ces traumatismes en retrouvant une certaine normalité. L’école les aide à guérir. À Gaza, la rentrée scolaire était initialement prévue pour la fin du mois d’août, mais à cause du conflit 500 000 enfants n’ont pas pu assister au premier jour de classe. C’est pourquoi l’UNICEF met tout en œuvre pour préparer cette rentrée scolaire qui a finalement lieu dimanche 14 septembre 2014.
 
Concrètement, comment se déroule cette rentrée scolaire organisée par l’UNICEF ?
Nous débutons par une première semaine dédiée aux activités récréatives et au soutien psychologique en raison de l’ampleur du traumatisme psychologique des enfants, qui ont vécu 50 jours de guerre. Ils ne peuvent pas reprendre les cours tout de suite après une telle violence. Cette semaine dédiée aux activités récréatives est un outil précieux qui permet d’identifier les enfants ayant besoin d’un soutien psychologique individuel. Cela permet de restaurer un sentiment de sécurité, une espèce de routine pendant laquelle ils pourront s’amuser de nouveau car ils n’ont souvent pas pu sortir de chez eux pendant 6 semaines. Les enfants auront le sentiment de revenir à la normale, et c’est très important pour leur permettre de se reconstruire.
 
Comment vont travailler les équipes de l’UNICEF durant cette première semaine de rentrée ?
Des conseillers, formés par l’UNICEF, seront présents dans les classes pour accompagner les enfants et les aiguiller vers des psychologues si besoin. Les conseillers sont là pour repérer les signes de traumatisme, comme par exemple des enfants qui restent silencieux ou qui semblent évasifs lors d’activités de jeux, ou ceux qui sont effrayés par les bruits environnants et extérieurs.
Une fois que les enfants les plus traumatisés sont identifiés, ils seront dirigés  vers un soutien psychologique en groupe ou, pour les plus traumatisés, vers une prise en charge individuelle avec un psychologue.
 
Lors du conflit, 26 écoles ont été détruites et 122 endommagées. Quel est le rôle de l’UNICEF dans leur reconstruction ?
Tout d’abord, sachez qu’il y a deux types d’école à Gaza. La moitié des enfants sont scolarisés dans des écoles de l’ONU (UNRWA), ce sont des enfants réfugiés. Et l’autre moitié dans des écoles publiques qui dépendent de l’UNICEF. Ces écoles sont gérées par le gouvernement de l’Autorité palestinienne, et c’est dans celles-ci que l’UNICEF a un rôle essentiel dans la réparation et la reconstruction. L’UNICEF va reconstruire 15 des 26 écoles détruites, et réparer la moitié des 122 écoles endommagées.
L’enjeu est d’obtenir l’autorisation des autorités israéliennes afin de pouvoir importer les matériaux nécessaires à la reconstruction de ces écoles. Les classes sont déjà saturées en nombre d’élèves, le système éducatif était déjà à bout de souffle avant le début de la guerre. Il faut rapidement reconstruire pour éviter qu’il ne s’effondre.
 
En plus de ce travail de reconstruction, l’UNICEF fournit du matériel scolaire aux enfants et aux enseignants. L’UNICEF gère aussi la formation des enseignants afin qu’ils puissent participer au soutien psychologique des écoliers au cours de l’année, et organise des cours de rattrapage pour les enfants blessés ou traumatisés.
 
L’UNICEF a besoin de fonds pour reconstruire ces écoles et aider les enfants. Quel message souhaitez-vous transmettre à nos donateurs ?
Les enfants de Gaza sont traumatisés. Ils ont vécu trois épisodes de guerre depuis 2008, et la meilleure chose à faire est d’investir dans l’éducation grâce à vos dons. La quasi-totalité des enfants, filles comme garçons, vont à l’école, même si la qualité de l’éducation et les résultats scolaires se sont fortement dégradés depuis quelques années. Il est important de continuer de les aider à aller à l’école et de s’assurer qu’ils puissent étudier dans des conditions décentes. L’éducation, c’est du positif sur tous les plans car c’est bon pour leur avenir, pour leur reconstruction personnelle, mais aussi pour l’avenir économique et la stabilité de Gaza.
 
Il ne faut pas oublier que la moitié de la population de Gaza sont des enfants, donc il est essentiel d’aider ces enfants à sortir de la génération du désespoir et leur permettre de développer leur potentiel afin qu’ils puissent construire quelque chose de positif pour leur avenir et leur société.
Les enfants de Gaza sont intelligents, curieux de ce qui se passe dans le monde, ils ont du talent et sont très attachants. Investir dans l’éducation est un espoir d’un meilleur avenir, et une promesse de paix dans la région.
 
Pour en savoir plus :
Toutes nos actualités sur la Palestine
Suivez l’actualité de l’UNICEF Palestine sur Twitter
La page Facebook de l’UNICEF Palestine

Inscrivez-vous

Suivez toutes les actualités de l'UNICEF

Soutenir nos actions