Excision : « Deux millions de cas supplémentaires de mutilations génitales féminines pourraient se produire »

Publié le 01 février 2022

Claudia Cappa, conseillère dans la section des données de l’UNICEF, ainsi que Nankali Maksud, spécialiste senior de la prévention des pratiques néfastes à l’UNICEF, dressent le bilan des mutilations génitales féminines dans le monde.

dix ans après la création de la Journée mondiale de la Tolérance zéro à l'égard des mutilations, combien de femmes et de filles sont toujours victimes de mutilations génitales féminines ?

A ce jour, on estime qu’au moins 200 millions de filles et de femmes ont subi des mutilations. Ce chiffre correspond à 31 pays où nous avons pu vérifier et recenser les cas. D’autres études menées révèlent que ces pratiques existent dans au moins 20 autre pays à travers le monde, ce qui pourrait augmenter le nombre exact de filles et de femmes concernées.

quelle région du monde est la plus concernée ?

Les mutilations sont principalement opérées en Afrique (de la côte atlantique à la corne de l’Afrique), au Moyen-Orient notamment en Irak et au Yémen ainsi que dans certains pays en Asie comme en Indonésie. Les données montrent que cela varie considérablement d’un pays à un autre. Par exemple, cette pratique est très répandue en Somalie, en Guinée, au Mali et à Djibouti où 90% de femmes et de filles sont concernées contre 1% au Cameroun et en Ouganda.

en général, quel est l'age des femmes et des filles touchées par ces pratiques ?

Dans certains pays, les mutilations génitales féminines sont pratiquées peu après la naissance, tandis que dans d’autres pays, il s’agit d’un rite de passage à l’adolescence. Dans près de la moitié des pays, l’excision est pratiquée très jeune. Par exemple, au Kenya, l’âge moyen des filles qui subissent les MGF est passé de 12 ans à 9 ans au cours des trois dernières décennies.  

nous avons vu que ces pratiques avaient augmenté notamment en raison de la pandémie de Covid-19. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Oui, deux millions de cas supplémentaires de mutilations génitales féminines pourraient se produire au cours de la prochaine décennie, alors qu'ils auraient pu être évités. Globalement, même dans les pays où la pratique est devenue moins courante, les progrès devraient être au moins 10 fois plus rapides pour l’élimination des MGF d’ici 2030, qui est l’objectif fixé au niveau mondial.

Plusieurs facteurs ont causé cette augmentation. Depuis le début de la pandémie, de nombreux programmes visant à lutter contre les mutilations ont dû être reportés en raison de la Covid-19. La priorité était de faire face à la crise sanitaire à travers les programmes de santé. De plus, les confinements, la fermeture des écoles ainsi que les inégalités et la pauvreté ont poussé certaines familles à faire subir les MGF à leurs filles. Cela devient un cercle vicieux parce que les MGF conduisent dans beaucoup de cas au mariage précoce.  A titre d’exemple, en Éthiopie, au Kenya, au Nigeria ou encore au Soudan, les jeunes filles ayant subi des MGF sont plus à risque de se voir forcer d’être mariée.

l'UNICEF lutte depuis de nombreuses années contre les MGF. Quelles sont les actions majeures de l'UNICEF et les améliorations que nous pouvons noter ?

L’UNICEF travaille dans 22 pays d’Afrique et du Moyen-Orient où nous déployons des programmes sur place. En effet :  

  • Dans 17 des 22 pays, des comités de protection de l’enfance qui suivent les filles à risque et signalent les cas de mutilations ont été mis en place. Très souvent, ils ont été la seule forme de protection pour les filles exposées aux MGF pendant la pandémie.
  • A travers l'initiative « Dawwie » en Égypte, les adolescentes ont pu bénéficier de soutien en ligne et avoir accès à des informations liées à la santé et au bien-être.
  • Pour soutenir la coordination entre les ministères du genre et de la société civile au Kenya et en Ouganda, un groupe WhatsApp a été créé, permettant aux parties prenantes de signaler et de répondre en temps réel aux cas de violence contre les enfants, y compris les MGF.
  • Au Nigeria, le hashtag #EndCuttingGirls a été utilisé sur des plateformes de médias sociaux pour diffuser des messages sur la prévention des MGF.

Toutes ces initiatives ont porté leur fruit. Aujourd’hui, une fille a 30% de moins de risque de subir des mutilations qu’il y a 30 ans. Les mutilations génitales féminines sont de moins en moins courantes : au cours des deux dernières décennies, le pourcentage de filles et de femmes qui s’opposait à cette pratique a doublé. Toutefois, les progrès ne sont malheureusement pas universels. Dans certains pays, les MGF sont toujours autant pratiquées.