Exploitation sexuelle : combien d’enfants victimes ?

Publié le 27 octobre 2009 | Modifié le 25 avril 2016

Des millions d’enfants à travers le monde sont aujourd’hui victimes d’exploitation et de violences sexuelles. Garçons et filles de tous âges, de tous milieux, dans toutes les régions du globe.
 

A la maison, à l’école, des enfants sont victimes d’abus sexuels. De nombreux mineurs se prostituent, sont victimes de traite à des fins sexuelles. Certains sont utilisés pour le marché de la pédopornographie ou du tourisme sexuel. Mais il est toujours difficile de savoir précisément combien d’enfants sont ainsi abusés et violés.

Un phénomène en expansion ?

« On retrouve dans chaque pays d’Afrique de l’ouest et du centre des phénomènes de violence et d’exploitation sexuelles : traite des enfants à des fins sexuelles, tourisme sexuel, pédopornographie, prostitution enfantine. Les taux d’abus et de violences sexuelles en milieu scolaire restent d’autre part extrêmement préoccupants, explique Pierre Ferry, responsable de la protection de l’enfance au bureau régional de l’Unicef à Dakar. Aucun pays ne peut cependant dire avec précision combien d'enfants sont victimes puisqu’'il n'existe encore aucune méthode qui permette d’en déterminer la véritable ampleur. Il semble néanmoins que les phénomènes d’exploitation et de violences sexuelles ont tendance à s’intensifier. Ils sont, en tout cas, beaucoup mieux documentés aujourd’hui. En effet, depuis quelques années, de plus en plus d’enquêtes de terrain et d’études sont réalisées par les gouvernements, les associations et les agences internationales pour mieux cerner les caractéristiques de ce phénomène et ses causes

L’ampleur de certaines formes d’abus sexuels exercés à l’encontre de mineurs reste cependant difficile à évaluer, notamment à l’école, dans des institutions ou au sein des familles. De même, il n’est pas aisé de savoir quelle part des enfants employés comme domestiques ou vivant dans la rue sont abusés sexuellement.

Des risques accrus en période de conflit

Dans les pays en situation de conflit, les viols et violences sexuelles sont utilisés comme armes de guerre. En 2004, on estimait que 40% de toutes les femmes et les filles avaient été abusées au Libéria. Et la moitié des femmes et filles sierra léonaises avaient subi des violences sexuelles.
Dans les camps de déplacés et même après la fin de la guerre, les filles et les femmes restent vulnérables.

Vers une approche globale

La pauvreté, les mutations de certaines traditions et le manque d’information sont des facteurs déterminants. Il est donc nécessaire de participer à la mise en place de véritables systèmes nationaux de protection de l’enfance, c'est-à-dire travailler à la mise en place coordonnée d’un ensemble de lois, de politiques et de services pour la prévention de toutes formes d’abus et pour la protection des enfants victimes ou « à risque ». Travailler aussi au niveau communautaire sur la base d’un ensemble de normes sociales positives.
« Lutter efficacement contre l’exploitation sexuelle nécessite une approche globale, souligne Pierre Ferry. Il faut développer un environnement protecteur pour l’enfant, œuvrer pour la mise en place de systèmes nationaux de protection de l’enfance … Travailler avec les Etats pour une action coordonnée dans toute une série de domaines. Si cela fonctionne bien dans des pays comme le Brésil ou en Europe de l’Est, le défi est d’envergure dans certains pays d’Afrique centrale et de l’ouest, dans lesquels l’Etat manque quelquefois cruellement des capacités humaines et financières nécessaires. Nous devons alors mener des actions plus informelles, travailler à la mise place de ce système de protection national de l’enfance en nous appuyant sur la société civile, les ONG…. Nous devons avancer de manière coordonnée pour lutter efficacement.»

Les engagements de Rio

En 2008, 137 gouvernements se sont réunis à Rio de Janeiro pour le troisième congrès mondial contre l’exploitation sexuelle des enfants et des adolescents. Le plan adopté au Brésil est un engagement politique fort. « Cet accord est un outil de plaidoyer auprès des gouvernements, une déclaration d’intentions qui doit maintenant se traduire par du concret sur le terrain, conclut Pierre Ferry. Ce congrès a permis de mettre en lumière le phénomène de l’exploitation sexuelle sur les mineurs. Reste aujourd’hui à poursuivre l’action dans chaque Etat pour lutter contre ce phénomène. »

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