Faire entrer 8 millions d'enfants dans le système scolaire, éviter l'abandon des autres

Publié le 13 avril 2010 | Modifié le 25 avril 2016

En Inde, la loi sur l’éducation obligatoire pour tous les enfants de primaire annoncée par le Premier ministre début avril lance d’importants défis à la société. Questions à Urmila Sarkar, responsable de l’éducation pour l’Unicef dans le pays.

Qui sont ces 8 millions d’enfants déscolarisés en Inde ?
Le gouvernement parle de 8 millions d’enfants âgés de 6 à 14 ans et exclus du système scolaire primaire. Mais c’est sans compter avec ceux qui y entrent et qui abandonnent avant d’avoir achevé le cycle. La nouvelle loi ne vise pas seulement l’accès au système mais, pour empêcher l’abandon scolaire, l’amélioration qualitative de l’enseignement. C’est le premier pays à entreprendre un chantier d’une telle envergure sur ces deux aspects : accès et qualité. La tâche est énorme, mais l’Unicef a accueilli cette décision avec une très grande satisfaction. C’est le début de travaux conduits Etat par Etat, avec le gouvernement et avec l’Unicef et ses partenaires, pour mettre en œuvre cette loi.

Pourquoi tant d’enfants sont-ils exclus du système aujourd’hui ?
L’école a un coût trop élevé pour certaines familles (frais de scolarité, mais aussi transports, prix de l’uniforme et des fournitures, etc). Certains enfants doivent travailler pour ramener de l’argent à la maison. La société n’a pas la même attente sociale pour les garçons et pour les filles, qui sont quelquefois victimes de mariages précoces. Des minorités sont exclues. Enfin, la qualité de l’enseignement n’est pas toujours à la hauteur.

Et la loi prévoit une réponse à ces défis ?
Oui. Frais de scolarité, uniformes, transports : la nouvelle loi prévoit une réponse localement à chaque cas présentant une difficulté. La loi cible les enfants qui travaillent, les filles, les enfants appartenant à des castes ou des ethnies discriminées. La mobilisation communautaire joue un grand rôle : des comités de gestion rassemblant, pour chaque école, enfants, parents et leaders locaux, compteront une moitié de représentants de ces populations. Et pour améliorer la qualité de l’enseignement, l’Unicef et ses partenaires travaillent avec le gouvernement à la rénovation des programmes, à la formation d’un million de nouveaux professeurs sur les cinq prochaines années et au perfectionnement des compétences des enseignants déjà en poste.

L’UNICEF participe-t-il à la construction de nouvelles écoles ?
Les questions d’infrastructures ne sont pas la vocation première de l’Unicef, et, de toute façon, l’Inde n’a pas forcément besoin de nouveaux bâtiments. L’Unicef veille plutôt à ce que les installations soient conformes au modèle d’école « amie des enfants », avec notamment un accès à l’eau. En Inde comme ailleurs, le manque de toilettes séparées garçons-filles est responsable du retard de scolarisation des filles (pour le moment, seulement 54% des écoles ont des toilettes séparées). C’est tout une transformation qui est à l’œuvre désormais en Inde, depuis le cadre d’apprentissage jusqu’aux programmes, depuis la formation des enseignants jusqu’à l’implication de la société indienne dans ses écoles.

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