Fragiles, les enfants d’Haïti

Publié le 19 octobre 2009 | Modifié le 28 décembre 2015

Dans le pays le plus pauvre de l'hémisphère nord, les enfants sont exposés au pire : violence des gangs, ravage du VIH/sida sur eux ou leurs familles, déscolarisation, exploitation pour les "restaveks".

« A Haïti, les gens n’ont pas le choix ».

Spécialiste, à l'Unicef Haïti, de la protection des enfants vulnérables, Maria Ballotta, a compris cette triste réalité depuis son arrivée sur l’île. « Je m’en souviendrai longtemps de cette femme, à l’orphelinat, raconte Maria. Elle avait les larmes aux yeux, elle devait abandonner sa fille parce qu’elle n’avait pas les moyens de s’occuper d’elle, elle n’avait pas le choix ».

Des cas comme celui-ci sont courants dans le pays le plus pauvre de l’hémisphère nord. Là-bas, trois quart de la population vit avec moins de 2 US dollars par jour. Sur plus de 9 millions d’Haïtiens, près de la moitié a moins de 18 ans. Sans ressources, les parents ne peuvent subvenir aux besoins du foyer. La séparation familiale et l’abandon sont fréquents. A Haïti, il n’est pas rare de croiser des enfants errant seuls. Ils se retrouvent alors sans protection, vivent dans les rues. Ils sont de fait déscolarisés et le plus souvent privés d’accès aux services sociaux les plus élémentaires. Aujourd’hui dans la capitale Port-au-Prince, 2 200 enfants survivraient dans ces conditions, sans attaches, voyant leurs droits fondamentaux bafoués.

Dans cette société fragilisée par l’instabilité politique et sociale et une pauvreté extrême, les enfants vulnérables le sont plus qu’ailleurs. En 2006, un enfant des rues était tué chaque jour en Haïti. Une violence urbaine à laquelle certains de ces enfants sont eux-mêmes associés, tout en en étant les premières victimes. Les gangs armés ont largement profité de ces proies faciles et fragiles que sont les enfants, en les utilisant pour commettre leurs crimes. Couper les racines de cette violence, réapprendre à ces enfants à jouer et à retrouver le chemin de l’école est un défi colossal.   

La problématique des enfants orphelins est aussi un enjeu primordial en Haïti, puisqu’un enfant sur dix a perdu l’un ou ses deux parents. Et l’on estime que pour la moitié d’entre eux c'est à cause du VIH/sida. Ils sont souvent, tout comme les enfants séropositifs, exclus de la société et stigmatisés.

Quand les vulnérabilités se croisent … et se creusent…

Les conséquences sont désastreuses pour ces enfants rendus fragiles et vulnérables. En effet, le décès d’un ou des deux parents prive le plus souvent l’enfant d’éducation, des services de santé et d’une alimentation adaptée. C’est ainsi que la survie de l’enfant est menacée, que ses besoins premiers ne sont pas couverts et qu’il n’est plus protégé par le cercle familial. Ces enfants orphelins courent des risques multiples. Il est commun de les voir travailler pour subvenir aux besoins du reste de leur famille. Beaucoup plus que les autres enfants, leur situation précaire les expose à l’exploitation par le travail, à l’exploitation sexuelle, aux violences physiques et psychologiques, ainsi qu’à la traite et aux adoptions illégales.

La domesticité est également un lourd fardeau pour le développement du pays. Un enfant sur dix est "restavek " (c'est-à-dire "reste avec" en créole haïtien). Employé de maison il, ou le plus souvent elle, reste loin des bancs de l’école.

C’est ainsi que se cumulent les vulnérabilités pour ces enfants vulnérables, affectés par le VIH/sida ou vivants avec la maladie.

Protéger les enfants les plus fragiles est une urgence autant qu’un investissement à long terme en Haïti. L’école et la famille demeurent les portes d’entrée principales pour protéger ces enfants en danger, et les aider à reprendre une place dans la société.

Il est impératif d’offrir le choix aux familles et aux enfants haïtiens.

 

 

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