France : 600 000 enfants mal-logés

Publié le 04 février 2010 | Modifié le 31 décembre 2015

Un rapport choc de la Fondation Abbé Pierre pointe du doigt une situation inadmissible : en France, 600 000 enfants souffrent aujourd’hui du mal-logement.

Des enfants qui vivent dans la rue avec ou sans famille, des enfants hébergés chez des tiers, à l’hôtel, dans des squats ou des structures d’hébergement collectives. Des enfants qui vivent dans de mauvaises conditions : logement dégradé, insalubre, surpeuplé… Les formes de mal-logement sont diverses. Et coexistent en France. C’est le triste constat de la Fondation Abbé Pierre, qui consacre un chapitre entier de son rapport annuel aux enfants touchés par le mal-logement dans notre pays.

Ils sont aujourd’hui près de 600 000 mineurs à être touchés. Certains sont tous seuls, comme les mineurs étrangers en errance sur le territoire français, d’autres vivent avec leurs familles dans ces conditions très précaires.  Des familles tombées dans le mal-logement par pauvreté, rupture d’un lien familial, déracinement…

Certaines familles avec enfants peuvent passer de l’hôtel à l’hébergement chez un proche, puis à la rue : la frontière entre les différentes formes d’hébergement est poreuse.  Aujourd’hui, certains enfants vivent en France dans des cabanes, des garages, des abris de fortunes ou dans des bidonvilles.

 

Retards du développement et problèmes de santé

 

Une éducatrice de jeunes enfants raconte à la Fondation Abbé Pierre avoir rencontré une maman qui s’inquiétait des retards de son enfant : «Elle voyait bien que les autres enfants de cet âge marchaient. Mais elle expliquait : “à la maison, il reste dans son lit. Je ne peux pas le mettre par terre car il n’y a pas de place". En fait, cet enfant n’avait pas de terrain d’exploration au niveau moteur.»

Les conséquences du mal-logement sur la santé et le développement des enfants sont terribles. Dans les logements très petits et surpeuplés, ils manquent de place pour apprendre à marcher, pour jouer, pour faire leurs devoirs. A l’école, ils sont stigmatisés, ils ont honte. Ils développent des problèmes émotionnels, subissent des traumatismes.
Ces jeunes dorment mal.  Ils perdent également leurs repères spatio-temporels et souffrent de l’absence d’intimité. Lorsqu’ils vivent dans la rue ou dans des hôtels, ils ne mangent pas forcément de repas chauds.

Si les enfants dormant dans la rue développent de nombreuses maladies, ceux habitant un logement insalubre ne sont pas épargnés. « On estime entre 400 000 et 600 000 le nombre de logements indignes ou insalubres en France, où vivent plus d’un million de personnes, dont plusieurs dizaines de milliers d’enfants, souligne le rapport de la Fondation Abbé Pierre. Les effets les plus connus du mal-logement sur l’enfant sont ceux relatifs à l’état technique des lieux dans lequel il vit : le saturnisme lié à la présence de plomb, les pathologies respiratoires (asthme…) et les infections dermatologiques (champignons…) dus à des problèmes de ventilation et de chauffage ou encore les accidents domestiques provoqués, par exemple, par la vétusté des installations électriques.»

 

Quel avenir pour ces enfants ?

 

« Le mal-logement vient renforcer le déterminisme social qui fait que l’enfant pauvre aura tendance à reproduire la situation dans laquelle se sont trouvés ses parents », complète la Fondation Abbé Pierre. Le mal-logement amplifie les difficultés rencontrées par les enfants les plus pauvres. Il y a urgence pour eux. Pour que ces enfants aient une chance d’avoir un avenir décent. 

La Fondation Abbé Pierre lance un appel. « Avec 600 000 enfants souffrant du mal-logement, il est urgent de mettre en œuvre une politique du logement qui réponde mieux aux besoins actuels des familles avec enfants. »
 

Pour en savoir plus :

 

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Un texte clair

 

L’article 27 – 3 de la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France, est clair : « Les États parties adoptent les mesures appropriées, compte tenu des conditions nationales et dans la mesure de leurs moyens, pour aider ces parents et autres personnes ayant la charge de l’enfant à mettre en œuvre ce droit et offrent, en cas de besoin, une assistance matérielle et des programmes d’appui, notamment en ce qui concerne l’alimentation, le vêtement et le logement.»

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