Haïti : "C’est comme si une bombe atomique avait explosé"

Publié le 21 octobre 2016 | Modifié le 21 octobre 2016

[Voix du terrain] Deux semaines après l’ouragan Matthew, le n°2 du bureau UNICEF Haïti témoigne de son dernier déplacement dans les zones affectées par la catastrophe. Les premiers dons reçus permettent d’apporter l’aide humanitaire vitale aux enfants, mais les besoins sont immenses et les prochains mois s’annoncent terribles pour plus d’1,2 million de personnes en détresse…

 

Témoignage de Jean Ludovic Metenier, Représentant Adjoint de l’UNICEF en Haïti, joint par téléphone à son retour de déplacement dans la péninsule sud du pays, dévastée par l’ouragan Matthew qui a frappé le pays le 4 octobre 2016.

 

« A Port-au-Prince, tout est presque normal. Mais quand on arrive dans les zones affectées, c’est comme si une bombe atomique avait explosé… Tout est détruit, pratiquement aucune infrastructure, maison, école, centre de santé, n’a résisté, la végétation a été arrachée ou a perdu toutes ses feuilles. Le front de mer est comme balayé par un tsunami, l’ampleur des dégâts est extraordinaire… J’ai 25 ans d’UNICEF derrière moi, et la seule comparaison que je peux faire, c’est le tsunami de 2004 à Banda Aceh en Indonésie.

Dès les premières 48h notre priorité a été de subvenir aux besoins de base de ces familles qui ont tout perdu : accès à l’eau potable, appui aux structures de santé pour prendre en charge les enfants qui en avaient besoin, distribution notamment de couvertures, bâches, matériel de cuisine... Nous avions anticipé l’ouragan, fait des stocks et pré-positionné du matériel, ce qui nous a permis d’intervenir au plus vite après la catastrophe, notamment en distribuant des cachets pour purifier l’eau stagnante afin que les familles puissent boire en toute sécurité le temps que nous réparions les systèmes de distribution d’eau potable.

Cela a permis également de limiter la propagation exponentielle de maladies – on observe une augmentation des cas de diarrhées aigues dont certaines confirmées en choléra, mais pas les flambées énormes auxquelles nous aurions pu faire face si nous n’avions pas agit aussi vite. Le choléra reste cependant une menace étant donné qu’il était déjà présent dans le pays (30 000 cas depuis début 2016) et que l’après-ouragan Matthew rassemble toutes les conditions pour la propagation de ce type de fléau auquel les enfants sont particulièrement vulnérables…

La santé des enfants menacée

L’autre urgence est le manque cruel de nourriture : 80% des cultures ont été endommagées ou complètement détruites, la situation est grave. Il faudra 4 à 6 mois pour pouvoir récolter à nouveau… et d’ici-là, on s’attend à une détérioration rapide de la situation nutritionnelle des enfants. On dénombre 500 000 enfants dans les zones affectées par l’ouragan, un quart d’entre eux ont moins de 5 ans et sont particulièrement vulnérables face à la malnutrition.

En matière de santé, de nombreuses personnes ont été blessées par les débris et les tôles déchiquetées qui volaient ; compte-tenu des difficultés d'accès, les blessures se sont infectées… Nous avons épuisé tous les stocks de matériel médical, un nouvel-avion cargo vient donc de nous être envoyé avec 100 tonnes de matériel d’urgence : 1 million de sachets de sels de réhydratation orale (qui peuvent sauver les enfants qui souffrent de diarrhées aigues), 600 000 boîtes de cachets pour purifier l’eau, des « kits diarrhée » contre le choléra, des médicaments et du matériel médical, des kits pour les sages-femmes, des fournitures scolaires avec notamment 200 « écoles en boîte » avec de quoi faire classe à 40 élèves

« Merci aux donateurs, votre soutien est vital ! »

Je voudrais dire un grand merci aux donateurs : grâce à la générosité des Français, l’UNICEF France vient de nous faire un transfert de 200 000 euros, ces fonds seront d’une très grande utilité pour faire face à cette crise humanitaire et répondre aux besoins vitaux des enfants dans les semaines et mois à venir !

L’aide humanitaire va être cruciale le temps que les systèmes d’eau, et les cultures dans les champs, puissent à nouveau subvenir aux besoins des familles. Nous faisons tout notre possible pour fournir, avec l’ensemble des partenaires, cette aide d’urgence, et dès maintenant nous commençons à mettre en place des activités de relèvement communautaire. Il reste que ce sera un défi d’une amplitude similaire à celui du tremblement de terre de 2010…

Les jours qui ont suivi l’ouragan, les zones affectées étaient inaccessibles et il était difficile d’évaluer l’ampleur des besoins des enfants ; aujourd’hui, nous savons. Et nous savons qu’ils sont immenses. Mais même un petit don peut faire une grande différence : l’une de nos priorités est de permettre aux enfants de retourner à l’école et retrouver une « normalité » au quotidien – or la plupart des écoles ont perdu leur toit, tous les cahiers ont été déchirés et noyés pendant l’ouragan… Avec 15 euros seulement, on peut fournir 50 cahiers ! Merci infiniment de nous aider à offrir un avenir à ces enfants. »

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