Indonésie : 30% des prostituées sont des mineures

Publié le 18 janvier 2005 | Modifié le 29 décembre 2015

De source officielle, on estime que sur 220 000 prostituées en Indonésie, 30% sont des mineures. La plupart sont des filles, mais on compte aussi beaucoup de garçons, et des travestis. Interview de Julie Lebègue, responsable UNICEF de la Protection de l'enfance en Indonésie.

Interview de Julie Lebègue, responsable UNICEF de la Protection de l’enfance en Indonésie

Suite aux tsunamis du 26 décembre dernier, l’UNICEF a immédiatement alerté sur les risques de trafic d’enfants liés à la situation d’extrême précarité et la confusion qui règnent dans les camps de secours. Etait-ce un problème en Indonésie avant les tsunamis ?
De source officielle, on estime en effet que sur 220 000 prostituées en Indonésie, 30% sont des mineures. La plupart sont des filles, mais on compte aussi beaucoup de garçons, et des travestis. La situation en Indonésie, concernant la prostitution infantile, est à peu près la même qu’en Thaïlande il y a 15 ans. Depuis mars 2002, date à laquelle le gouvernement a adopté une loi sur la protection de l’enfance, des progrès ont été réalisés. Plusieurs trafiquants ont été arrêtés, mais les efforts restent limités. Fréquenter des prostituées mineures est une pratique qui fait l’objet d’une tolérance diffuse en Indonésie. C’est même tout à fait toléré : partout, les jeunes filles vous proposent des services sexuels. D’ailleurs, 90% des clients sur le territoire sont indonésiens. Et l’on estime que 80% des Indonésiens ont eu leur premier rapport sexuel avec une prostituée.

Où sont localisés les réseaux de prostitution infantile ?
Ils se trouvent à Bali, Lombok, et Bornéo. L’île de Sumatra est également une plaque tournante du trafic sexuel et de l’exploitation des enfants et des femmes. Medan (dans la province d’Aceh, au Nord de Sumatra) est une ville de transit, par laquelle on envoie les femmes et les enfants vers la Malaisie, Singapour, Hong-Kong… Ces femmes sont amenées dans des hôtels, violées, humiliées, privées de leurs papiers, de leur identité, avant d’être mises dans les réseaux de prostitution. Etant donné que la Thaïlande et le Cambodge ont pris des mesures pour juguler le trafic d’êtres humains, c’est en Indonésie que les réseaux de prostitution se sont en partie déplacés. Les femmes et les enfants d’Aceh étaient jusqu’à présent épargnés par cette menace, car la province est sous la loi de la charia, le contrôle de la prostitution y est beaucoup plus fort. Mais les risques ont été décuplés avec la catastrophe du 26 décembre.
  
Quelle est l’origine des ces réseaux ?
Ils sont pour la plupart australiens, néo-zélandais, allemands, français et américains.

Quelle est l’action de l’UNICEF dans ce domaine ?
La stratégie de l’UNICEF est d’encourager le renforcement du cadre législatif en Indonésie et de sensibiliser les acteurs policiers et judiciaires du pays. Même si la corruption rend les choses extrêmement difficiles, nous avons entamé un programme de formation des agents de police, qui sera suivie par celle des juges et des procureurs. D’autre part, 11 personnes du gouvernement indonésien travaillent sur le trafic d’êtres humains à Djakarta : c’est peu, mais c’est un début. Nous travaillons également avec des ONG locales sur l’identification des enfants à risque. Nous mettons l’accent sur la prévention, en collaboration avec la police, les ONG et les écoles. Dans les écoles c’est dans le cadre de séances d’information sur la prévention du sida, les comportements à risques, que nous intervenons.

Quel sera selon vous « l’effet tsunami » sur le trafic ?
Il est certain que le risque d’exploitation est accru pour les 35 000 enfants isolés par la catastrophe. Si la population reste dans les camps de secours trop longtemps, c’est là que les risques de trafic sont les plus élevés, dus à la promiscuité, au désoeuvrement. On sait bien aujourd’hui que les situations de camps favorisent des pratiques telles que le monnayage sexuel. Mais cela reste difficile à prédire.

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