Ishmael Beah, un enfant sauvé de la guerre

Publié le 18 janvier 2007 | Modifié le 31 mars 2016

Orphelin recruté par un groupe armé en Sierra Leone, il a été soldat pendant deux ans avant de reprendre pied grâce aux programmes soutenus par l’UNICEF.

Entre ses 13 et ses 15 ans, Ishmael Beah a été soldat en Sierra Leone, avant de reprendre pied grâce aux programmes soutenus par l’UNICEF.

Ishmael Beah a 26 ans. Il vit à Brooklyn. Amical, souriant, amateur de hip-hop, il ne laisse rien apparaître au premier abord de ce que fut son adolescence. Il est pourtant le seul survivant de sa famille, et beaucoup des amis qui étaient les siens à dix ans ont péri dans la guerre civile qui a déchiré la Sierra Leone.

« Quand mes parents et mes deux frères ont été tués, je n’avais plus nulle part où aller, raconte-t-il. Aucun moyen de trouver un abri ou de quoi manger. Aucune protection. Pour survivre, il fallait rejoindre un groupe armé. C’est ce que j’ai fait, comme les autres enfants de mon âge. Je n’ai pas été recruté par les hommes qui ont tué ma famille, mais j’aurais pu : en réalité, je n’ai rien choisi ».

Tueries sous l’effet de la drogue

Entre ses 13 et ses 15 ans, Ishmael a été soldat. Il a appris à se servir d’une arme. Avec le reste de son groupe, les mineurs comme les adultes, il a participé aux attaques de villages, sur ordre de son commandant. Tueries. Viols perpétrés par les soldats les plus âgés. Les premiers meurtres l’ont traumatisé. « Après, ça devient plus facile, reconnaît-il conscient de la gravité de cet aveu. Tuer devient quotidien ». Les soldats étaient tous drogués : majijuana, cocaïne ou ce mélange à base de poudre de fusil, appelé brown brown.

En 1996, Ishmael a fait partie des quelques enfants soldats que son groupe, notamment sous la pression de l’Unicef, a accepté de démobiliser. Huit mois à Benin Home, un centre de réhabilitation : désintoxication, soutien psychologique, mise en relation avec un oncle, menuisier à Freetown, qu’il ne connaissait que de nom. « Je suis redevenu moi-même », confie Ishmael.

L’année suivante, le conflit a atteint Freetown. Pas question pour lui de replonger : il a fui à Conakry, en Guinée, puis au Cap, en Afrique du sud, et enfin en Côte d’Ivoire. L’idéal était d’obtenir un visa américain. En 1996, il avait eu le temps de se faire quelques contacts aux Etats-Unis le temps d’un aller-retour pour un colloque sur les enfants et la violence. En juin 1998, enfin, il a été accueilli sur le sol américain par Laura Simms, une écrivain engagée, qui avait suivi son parcours et qu’il considère aujourd’hui comme sa mère. Il vit à New York depuis lors.

Témoigner pour susciter une prise de conscience

« Les souvenirs de la guerre sont toujours présents, confie Ishmael Beah. Il est difficile d’oublier cette saleté. Mais au lieu de les laisser me détruire, j’essaie d’en faire quelque chose : témoigner pour rendre les gens conscients du phénomène. J’ai découvert que mon cas n’était pas isolé. Sur plusieurs continents, des enfants sont utilisés comme soldats, qu’ils portent les armes ou qu’ils servent d’espions, de porteurs, ou encore d’esclaves sexuels pour les filles. L’Unicef a besoin de moyens pour aider les centres à les prendre en charge, eux et ceux qui, sans forcément avoir été soldats, ont perdu leur famille de façon traumatisante. Mon histoire peut servir d’exemple ».

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