"J'essaie d'oublier ce que mes mains ont fait"

Publié le 01 février 2012 | Modifié le 31 mars 2016

Le témoignage de Christian*, ex-enfant soldat en République Démocratique du Congo (RDC), libéré et réinséré dans la société grâce à l’Unicef et ses partenaires.

 

« J’avais 13 ans quand les rebelles sont venus dans mon village. raconte Christian*, 16 ans. Ils n’ont pas posé de questions. ‘’Prends ta veste et viens avec nous, ou on te tue’’. Je suis restée avec eux pendant 3 ans, sans penser, juste à ‘’fonctionner’’ ».

Depuis près de 15 ans, un conflit fait rage en République Démocratique du Congo. Et en période de guerre, de conflit ou d’instabilité, les enfants sont particulièrement vulnérables : ils sont victimes d’abus sexuels, perdent leurs familles et leurs maisons lors des déplacements de population – et, trop souvent, sont forcés à participer aux conflits.

Christian a été libéré quand son groupe armé a été intégré à l’armée nationale, dans le cadre d’un processus de pacification. Mais son calvaire n’était pas terminé pour autant : les enfants associés à des forces ou groupes armés font ensuite face à d’immenses défis pour se réinsérer dans la société. Stigmatisés, traumatisés par ce qu’ils ont vécu – kidnappés, abusés, forcés à participer aux conflits. «  J’essaie d’oublier ce que mes mains ont fait » confie Christian.

 

Se construire des rêves

Il existe des « centres de réinsertion », qui aident les enfants à se remettre de ce qu’ils ont vécu, et à retourner dans leur communauté. En janvier 2012, 101 enfants âgés de 11 à 17 ans vivaient au Centre pour Transit et Orientation de Bukavu, dans le Sud Kivu, suite à leur libération de groupes ou forces armées. Le centre est dirigé par le « Bureau pour le Volontariat au service de l’enfance et de la santé », une association congolaise partenaire de l’Unicef.

A leur arrivée au Centre, les enfants reçoivent un soutien psychologique et un enseignement scolaire ou une formation professionnelle, pour apprendre un métier. Peu à peu, ils apprennent à s’accepter eux-mêmes, et à accepter les autres, malgré l’horreur qu’ils ont pu vivre. « Le contexte dans lequel ils sont devenus enfants soldats n’a pas évolué » explique Murhabazi Namegabe, directeur du centre. Il est important qu’ils aient aujourd’hui un projet de vie clair, et qu’ils se bâtissent des rêves – des rêves réalisables. »

En groupes, ils parlent de leur passé, et de leurs projets.

« Pendant plusieurs mois, je pouvais à peine manger et dormir, je ne parlais à personne », raconte un autre garçon, à peine plus âgé que Christian. « J’avais toutes ces images qui se bousculaient dans ma tête, qui revenaient sans cesse… Mais aujourd’hui j’arrive à dire bonjour aux gens, et je suis devenu un très bon mécanicien. Il y a des jours où c’est difficile d’être la personne que je suis – et d’autres où j’arrive à être heureux. »

 

Vers un avenir meilleur

Pendant que les enfants acquièrent de nouvelles compétences, et retrouvent une certaine tranquillité d’esprit, le Comité International de la Croix Rouge recherche leur famille – ce qui n’est pas une tâche facile, selon Murhabazi Namegabe. « De nombreux enfants viennent de secteurs où les violences continuent, ils risquent d’y être à nouveau enrôlés. D’autres ne veulent pas rentrer chez eux : ils ont honte de ce qu’ils ont fait. Il y a aussi des familles qui refusent de reprendre leur enfant, car ils ont peur de ce qu’il est devenu... »

*Les noms des enfants ont été changés pour protéger leur identité
 

Votre don

Votre don permettra la prise en charge d’enfants dans des Centres de réinsertion, afin qu’ils reçoivent des soins médicaux, un soutien psychologique, un hébergement, des repas, un enseignement scolaire ou professionnel…

En République Démocratique du Congo…

Environ 30.000 enfants soldats, au plus fort de la guerre qui a commencé en RDC en 1996

Jusqu’à présent plus de 17.000 enfants libérés

 


 

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