Jessica, séropositive, aide ceux qu’elle appelle ses "petits frères VIH"

Publié le 03 décembre 2012 | Modifié le 31 mars 2016

Orpheline depuis le génocide rwandais, séropositive depuis la naissance, chassée par sa famille à cause de la maladie… mais vivante, plus que jamais. Jessica*, 22 ans, soignée dans un hôpital soutenu par l’UNICEF au Rwanda, apporte son aide aux enfants séropositifs et croit en l’avenir. Faire des études, fonder une famille – dans un monde où le VIH ne serait plus une honte.

Les larmes montent, mais sa voix ne faiblit pas. « Un jour quand j’étais petite, j’ai entendu ma tante, chez qui j’habitais, dire à une amie que ma mère était morte à cause du génocide, mais qu’elle aurait tout aussi bien pu l’être du « sida ». Je ne savais pas ce que c’était… Je suis allée réfléchir dehors, et je me suis dit que j’étais souvent malade, qu’une fois ma tante m’avait prélevé du sang et l’avait amené au cabinet médical – et n’avait rien dit ensuite... Je me suis dit que ça avait peut-être un lien. »

Le temps passe et peu à peu, Jessica est forcée à dormir à l’extérieur de la maison, est régulièrement battue… Elle finit par se sauver de chez sa tante. Aujourd’hui, elle vit en ville, en colocation avec une amie, paye elle-même son loyer grâce à un petit boulot – mais a dû interrompre ses études à l’université, faute de pouvoir continuer à assumer les frais de scolarité.

« On s’entraide avec mon amie, mais ce n’est pas facile. Pour ma maladie, elle est au courant, elle me rappelle même de prendre mes médicaments si j’oublie » explique Jessica dans un sourire attendri.

« Je dois vivre dans le mensonge »

Malheureusement, tout le monde n’a pas cette attitude. « Etre séropositif aujourd’hui au Rwanda, c’est vivre constamment dans le mensonge. Cacher les médicaments, rater des doses faute de pouvoir prendre le traitement à l’abri du regard des autres… Je mens à mes amis pour pouvoir aller aux consultations médicales, j’invente, je dis que je vais voir une tante malade. »

Depuis 2008 et un diagnostic formel par un médecin, Jessica est suivie dans le service spécialisé d’un hôpital de la capitale. Elle y va pour son traitement, mais aussi pour retrouver une famille, des conseils, du réconfort… et en donner aux autres. La jeune femme fait partie d’une association au sein de l’hôpital qui propose des groupes de parole entre enfants et jeunes séropositifs. « Quand un enfant de 7 ans me voit là devant lui, à 22 ans et sur mes deux pieds, ça lui prouve qu’être séropositif, ce n’est pas la fin de la vie, ça lui donne de l’espoir. N’importe qui peut mourir demain d’un accident… Et lui vivre très longtemps en étant séropositif ! »

Se battre pour changer les mentalités

Elle n’est pas (encore ?) médecin, mais elle aide à sa manière ceux qu’elle appelle ses « petits frères et sœurs VIH » - et les plus grands aussi. « J’essaie de leur apprendre à s’aimer. La société pense que les personnes séropositives ne sont pas utiles, mais c’est faux ! On peut faire la même chose que les autres – même plus ! Alors je leur montre qu’ils sont capables aussi, que le monde a besoin d’eux. Et que demain sera toujours meilleur… »

Après un bref instant d’hésitation, la jeune femme continue : « Je ne veux pas qu’eux aussi vivent dans la stigmatisation, ça n’apporte pas la paix. Je veux sensibiliser et mobiliser les jeunes, qu’ils fassent le test pour connaitre leur statut sérologique ; j’essaie de faire en sorte que les gens soient informés sur la maladie (on confond souvent séropositivité et sida…), et que l’avenir soit différent - j’ai l’espoir. »

« Je veux deux enfants à moi – puis m’occuper des orphelins »

Jessica est résolument tournée vers l’avenir. Elle voudrait reprendre ses études à l’université, et faire changer les choses – en étant docteur, Ministre, Première Dame ? « Je voudrais que le Monde nous comprenne ! Nous, les jeunes et les enfants, nous sommes des « Ambassadeurs du changement », nous pouvons faire bouger les choses. Oui, nous avons besoin de conseils des plus âgés, mais on ne veut pas recevoir du poisson, on veut apprendre à pêcher nous-mêmes, être autonomes ! »

Quand on demande à Jessica si elle envisage de fonder une famille, elle répond du tac au tac, dans un éclat de rire : « Bien sûr, j’ai déjà tout planifié ! J’aurai 2 enfants. Je sais qu’il existe le programme « PTME » pour ne pas transmettre le VIH au bébé, je me suis renseignée, j’ai confiance. Je ferai tout pour bien les élever, et qu’ils puissent bien grandir. Après, j’aimerais me consacrer aux autres enfants, surtout aux orphelins. »

Aidez-nous à offrir à Jessica la possibilité de devenir mère sans transmettre le VIH à son enfant, aidez-nous à offrir à ses "petits frères VIH" un avenir : soutenez nos actions, merci !

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4,07 € = un test du sida pour enfant de moins de 18 mois

Entre 24 € et 85 € = un traitement ARV pour un enfant (en fonction du pays)

 

 

 

 

 

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