Le périple meurtrier des enfants migrant de l’Afrique du Nord vers l’Europe

Publié le 28 février 2017 | Modifié le 28 février 2017

Violences sexuelles, exploitation, mauvais traitements, détention… Un nouveau rapport de l’UNICEF dévoile les violences subies par de nombreux enfants et femmes qui, en quête de refuge et de sécurité, se lancent sur les routes migratoires qui les mènent de l’Afrique vers l’Europe. L’UNICEF présente un plan d’action et exhorte les gouvernements et l’UE à l’adopter.

 

Les chiffres sont accablants.

Les 3/4 des enfants réfugiés et migrants interrogés lors d’une enquête ont déclaré avoir subi des violences, harcèlements ou agressions de la part d’adultes à un moment de leur périple vers l’Europe.
Et près de la moitié des femmes et des enfants ont affirmé avoir été victimes d’abus sexuels au cours de leur migration, souvent à plusieurs reprises et à différents endroits.

Derrière ces chiffres, il y a des vies, celles d’enfants comme Jon*, 14 ans.

« Au Nigéria, il y a Boko Haram, la mort est partout. Je ne voulais pas mourir. J’avais peur. Mon voyage entre le Nigéria et la Libye a été horrible et dangereux. C’est grâce à Dieu si j’ai survécu dans le désert sans eau, sans nourriture, sans rien. Le gars assis à côté de moi pendant le voyage, lui, n’a pas eu cette chance. (…) Cela fait 7 mois que je suis ici [dans le centre de détention]. On nous traite comme du bétail. On nous frappe, on ne nous donne ni nourriture correcte, ni eau de bonne qualité. On nous harcèle. Il y a tant de personnes qui meurent ici, de maladie, de froid. »

Enfants en danger

Cette enquête, commandée par l’UNICEF Libye et menée auprès de 82 femmes et 40 enfants afin de mieux comprendre ce que vivent les réfugiés et migrants, vient enrichir le nouveau rapport de l’UNICEF intitulé « Un périple meurtrier pour les enfants : sur la route de la Méditerranée centrale ». Ce rapport, fort de l’expérience des programmes terrain et de très nombreux autres témoignages recueillis, offre une analyse détaillée des risques extrêmes auxquels font face ces enfants lors de leur périlleux voyage.

« La Méditerranée centrale entre l’Afrique du Nord et l’Europe compte parmi les routes migratoires les plus mortelles et dangereuses pour les enfants et les femmes », explique Afshan Khan, Directrice régionale de l’UNICEF et coordonnatrice spéciale pour la crise des réfugiés et migrants en Europe. « Cette route est en grande partie sous le contrôle de passeurs, de trafiquants et d’autres personnes qui cherchent à s’en prendre à des enfants et des femmes désespérés simplement en quête d’asile ou d’une vie meilleure. (…) Nous devons trouver une réponse mondiale aux facteurs de migration et travailler ensemble pour instaurer un système solide permettant un passage sûr et légal pour les enfants en déplacement, qu’ils soient réfugiés ou migrants. »

L’appel de l’UNICEF aux gouvernements et à l’UE

L’UNICEF a mis au point un plan d’action en six points en faveur des enfants déracinés, et exhorte les gouvernements et l’Union européenne à soutenir et à adopter ce plan d’action.

1. Protéger les enfants réfugiés et migrants, notamment les enfants non accompagnés, face à l’exploitation et la violence ;
2. Mettre fin à la détention des enfants demandant le statut de réfugié ou migrants en introduisant un ensemble de pratiques alternatives ;
3. Ne pas séparer les familles, le meilleur moyen pour protéger les enfants et leur donner un statut juridique ;
4. Poursuivre l’éducation de tous les enfants réfugiés et migrants et leur donner accès à des services de santé et à d’autres services de qualité ;
5. Exiger des mesures de lutte contre les causes profondes des mouvements à grande échelle de réfugiés et de migrants ;
6. Promouvoir des mesures de lutte contre la xénophobie, la discrimination et la marginalisation dans les pays de transit et de destination.

Comment aider ?

Depuis le début des interventions, à la fin de 2015, l’UNICEF n’a eu de cesse de répondre aux besoins des enfants en déplacement, bloqués, ou qui demandent l’asile en Europe. Cela inclut notamment la fourniture d’un grand nombre de services à 182 500 enfants réfugiés et migrants.

Vous pouvez soutenir l’UNICEF dans ses actions sur le terrain dans les pays d’origine ou de transit de ces enfants, notamment en faisant un don en ligne, ou en nous permettant d’envoyer directement sur le terrain de l’aide d’urgence (couvertures, bâches, kits de premiers secours ou d’hygiène), du matériel de santé ou encore des fournitures scolaires… Merci de votre soutien !

 

*Le prénom a été changé pour préserver l’anonymat.

Mourir ou survivre en Méditerranée

En 2016, au moins 4 579 personnes ont perdu la vie en essayant de franchir la Méditerranée depuis la Libye, soit un décès pour 40 tentatives de traversée. On estime que les enfants comptent pour au moins 700 de ces morts.

Voici l'histoire de deux enfants originaires du Nigéria :

Will, 8 ans : « On voulait aller en Italie. On était sur un bateau. Au bout d’un moment, le bateau a commencé à prendre l’eau, puis il a coulé. Un garçon a survécu et je me suis accroché à lui pendant de longues heures. Il m’a sauvé. Mais mon père et ma mère sont morts tous les deux. Je ne les ai jamais revus. »

Victor, 5 ans, a été retrouvé en mer Méditerranée sans sa mère, (…) et placé dans un centre de détention à Surman pendant près de 2 mois. Un jour, alors qu’il était en train de jouer entre les bâtiments du centre, une femme migrante a été amenée par les autorités. Lorsqu’elle a aperçu Victor, elle s’est mise à hurler « Mon fils, mon fils ! », a couru vers lui et l’a serré dans ses bras.

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