« Les enfants du diable »

Publié le 17 décembre 2009 | Modifié le 31 mars 2016

L’histoire de deux fillettes tanzaniennes amies, malgré l’exclusion dont sont victimes les enfants albinos. La photo de ces deux petites filles a été récompensée par l’Unicef Allemagne.

Mwanaidi et  Selina vont à l’école ensemble, dans le nord de la Tanzanie. Elles sont amies. Et pourtant différentes. Selina souffre d’albinisme, une maladie qui rend ses yeux, sa peau, ses cheveux très clairs et extrêmement fragiles. L’école des fillettes est l’un des rares lieux sûrs pour Selina. Un endroit dans lequel elle n’est ni discriminée, ni agressée. « Le photographe Johan Bävman attire notre attention avec ce cliché sur l’un des groupes de personnes les plus faibles et vulnérables en Afrique. Les personnes souffrant d’albinisme sont souvent ostracisées, explique la présidente de l’Unicef Allemagne Eva Luise Köhler. Encore et encore, ces personnes sont victimes d’une violence brutale. » La photo de Johan Bävman a donc été choisie comme « photo de l’année 2009 » par l’Unicef Allemagne car elle envoie un signal fort : « l’amitié peut dépasser les préjugés et la discrimination».

Des personnes mutilées, tuées

La photo récompensée fait partie d’une série intitulée “Albinos – dans l’ombre du soleil”. Selina n’est pas une exception en Tanzanie. 150 000 personnes sont dans son cas. Leurs corps dépigmentés ne produisent pas suffisamment de mélanine. Leurs yeux, peau et cheveux ont donc besoin d’être particulièrement bien protégés du soleil. De nombreuses personnes souffrant de cette maladie développent des cancers de la peau ou deviennent malvoyants. En Tanzanie, leur espérance de vie est d’environ 30 ans.

A cause de la couleur de leur peau, ces malades sont observés, ridiculisés, exclus. Leur surnom? « Zeru zeru, les enfants du diable ». L’école de la petite Selina,  à Mwanza, est entourée d’une clôture de deux mètres de hauteur.  D’abord construite pour les enfants malvoyants, cette école est devenue un refuge pour plus de 100 enfants albinos. La police, qui y patrouille jour et nuit, protège ces enfants. Une protection aujourd'hui nécessaire : depuis trois ans, dans la région du Lac Victoria, les albinos sont devenus la cible de brutalités sans précédent. Ils sont mutilés, tués : les parties de leurs corps sont considérées et vendues comme talismans. Certaines personnes superstitieuses pensent que posséder de tels talismans les aideront à pêcher plus de poissons voire à trouver de l’or ou des diamants.

Selon des sources officielles, plus de 40 personnes souffrant d’albinisme ont été assassinées en Tanzanie. Mais beaucoup d’autres meurtres de ce type n’ont très probablement pas été déclarés.

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