Les « recettes » nutritionnelles de Flora Sibanda Mulder

Publié le 20 décembre 2007 | Modifié le 26 mai 2015

La malnutrition a été trop longtemps négligée alors qu’elle est tenue pour responsable de plus de 50% des décès des enfants de moins de cinq ans dans le monde.

 

« On ne peut pas continuer comme ça ! La vie de 20 millions d’enfants est en jeu et nous devons agir vite, très vite ». Flora Sibanda Mulder, chargée de la nutrition d’urgence pour l’Unicef à New York, se base sur des données chiffrées pour mieux exprimer ses préoccupations. Les trois niveaux de nutrition – sous-nutrition, malnutrition chronique et malnutrition aiguë - se traduisent, en effet, par millions d’enfants : 146 millions de cas de malnutrition chronique, 60 millions de cas de malnutrition aiguë modérée et 20 millions de cas de malnutrition aiguë sévère. L’urgence, ce sont ces 20 millions d’enfants à sauver !

Quand les scientifiques déclarent, pour la première fois en 1994, que la malnutrition tue plus de 50% des enfants de moins de cinq ans, l’Unicef et les autres organisations se sont déjà penchés depuis longtemps sur ce fléau doublement meurtrier qui tue et qui accentue les effets de trois maladies meurtrières : la rougeole, la pneumonie et la diarrhée.

Dès les années 1980, des programmes de prévention de la malnutrition sont donc mis en avant par l’Unicef sans pour autant mobiliser le monde à la hauteur des enjeux de survie qu’ils représentent. Encore aujourd’hui, aucun certificat de décès ne mentionne la malnutrition comme cause responsable de la fin de vie d’un enfant ou d’un adulte.

Il faudra attendre la découverte d’un produit miracle, le PlumpyNut ou pâte alimentaire hautement nutritive, pour sauver des millions d’enfants.

Dans les situations d’urgence, la malnutrition est toujours présente : elle est particulièrement visible en cas de crise majeure ; et particulièrement invisible en temps de paix. Son traitement ? Il diffère selon la gravité du mal. Le PlumpyNut s’utilise dans les cas de malnutrition aiguë sévère (MAS) ; des produits comme l’Unimix - mélange enrichi de vitamines et minéraux - étant réservés aux cas de malnutrition aiguë modérée (MAM). Mais au cours de la grande crise qu’a connue le Niger à la fin de 2005 et en 2006, le PlumpyNut a été utilisé aussi bien pour sauver les enfants touchés par la malnutrition aiguë sévère que par la malnutrition aiguë modérée. Ce qui pose depuis la question de son utilisation à grande échelle pour les enfants de moins de cinq ans !

 

Etendre la fabrication des pâtes

Outre ses qualités nutritives incontestables, le PlumpyNut présente une série d’avantages : conditionné dans des sachets individuels, il ne nécessite aucune préparation à base d’eau (pas toujours potable) et peut s’administrer hors du circuit hospitalier. Mais son coût reste élevé, 3 euros le kilo, quand on sait qu’il faut compter, par enfant, entre 10 et 15 kilos pendant 6 à 8 semaines.
« On ne peut pas tout faire, explique Flora. Quand une crise est aiguë, il faut réagir très vite pour ne pas laisser mourir les enfants ». Mais cette rapidité nécessite un partage des tâches. Un Protocole d'accord a donc été signé en 2005 avec le Programme alimentaire mondial (Pam) : l’Unicef s’occupe des cas des 20 millions d’enfants (cas aigus), le Pam des 60 millions d’enfants (cas modérés).

L’objectif de l’Unicef est maintenant d’étendre la fabrication des pâtes alimentaires nutritives. La formule du PlumpyNut, produit français commercialisé par Nutriset, est mise à disposition des fabricants mais l’entreprise conserve sa licence. « Comme c’est en Afrique que la malnutrition sévit, que le réseau des franchises de PlumpyNut s’y étend dans une vingtaine de pays, l’Unicef a ouvert des négociations avec Nutriset pour étendre la fabrication de la pâte à d’autres producteurs », explique Flora. Le Mozambique par exemple, où l’Unicef France soutient la construction de l’usine de production de PlumpyNut, est l’un des 20 pays franchisés d’Afrique.

Comparant le travail de notre organisation à celui d’ONG, qui appliquent un programme défini, dans une région définie, Flora rappelle que « le mandat de l’Unicef est de travailler avec les gouvernements pour les aider progressivement à prendre en charge leur population ». Il s’agit, ici, d’amener les responsables à produire des pâtes à haute teneur nutritive pour chaque niveau de malnutrition. Déjà, plusieurs produits existent sur le marché : le Supplementary Plumpy, le Plumpy Doz (pour les cas de MAM et en prévention pour les enfants de moins de 3 ans), le Nutributter (que l’Unicef préconise comme complément à l’allaitement maternel à partis de 6 mois) et le QB Mix (pour un apport supplémentaire en micronutriments).

En attendant l’organisation de leur diffusion, l’Unicef s’approvisionne chez Nutriset et distribue le PlumpyNut. Le budget qu’il a consacré à l’achat de la pâte "miracle" est passé de 360 000 dollars en 2003 à 9,5 millions de dollars en 2006. C’est dire la place qu’accorde l’Unicef à la lutte contre la malnutrition des enfants.

Le souhait de Flora ? Accélérer la prise en charge des 20 millions d’enfants touchés par la malnutrition aiguë sévère, « sans jamais oublier que la malnutrition est une maladie qui aggrave toutes les autres maladies meurtrières de l’enfance ! »

La malnutrition aiguë

  • Un taux de <5% représente un retard de croissance et traduit une inadéquation d’alimentation en qualité/quantité par rapport aux besoins nutritionnels d’un individu.
  • Un taux de 5% à 9% est inquiétant.
  • Un taux entre 10 et 14% traduit une situation grave et une malnutrition sérieuse.
  • Au-delà de 15% traduit une grande crise.

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