L'Unicef Burkina Faso sur tous les fronts de la protection de l'enfance

Publié le 11 juin 2006 | Modifié le 31 mars 2016

Aperçu des actions de protection de l'enfance au Burkina Faso, avec le Dr Marie Berthe Ouédraogo, chargée de programme protection au bureau de l'Unicef de Ouagadougou.

Lutte contre les pires formes de travail des enfants

" Une enquête de l’Organisation I’internationale du travail, menée en 1999, a révélé 4 domaines principaux d’exploitation des enfants par le travail : les sites aurifères, le secteur informel, les filles domestiques et les enfants « loués » pour travailler dans l’agriculture ou l’élevage. L’Unicef au Burkina Faso, avec notamment l’appui financier du comité français, a pris en charge 300 enfants et 100 mères. La stratégie associe retrait du travail, alphabétisation, placement en apprentissage, subvention et initiation d’activités génératrices de revenus (un mouton, un veau ou une vache à élever et à revendre au bout de six mois ; des activités de couture, de broderie, de restauration, de menuiserie, de mécanique deux roues ou de préparation des fruits et légumes) ".

Scolarisation des jeunes des quartiers périphériques

« L’Unicef scolarise ou re-scolarise des enfants et des jeunes des quartiers périphériques de Ouagadougou et de Bobo Dioulasso travaillant dans le secteur informel. Pour ceux qui n’ont pas le niveau pour les classes correspondant à leur tranche d’âge, cela passe par des cours du soir, financés par l’Unicef, qui leur permettent ensuite de reprendre l’école. La scolarisation à l’école peut être associée à une formation dans des ateliers d’apprentissage : couture, mécanique, restauration... L’Unicef a formé une cinquantaine d’artisans accueillant ces jeunes à l’encadrement et aux droits des enfants ».

Lutte contre les abus dont sont victimes les domestiques

« Beaucoup de filles quittent les campagnes pour venir travailler en ville comme domestiques, particulièrement pendant la saison sèche. Dans 6 secteurs de Ouagadougou sur 30, l’Unicef a réussi à mettre en place des réseaux de femmes qui assurent une médiation entre ces filles et leurs employeurs (nous les appelons les « mamans à l’écoute ») pour prévenir tous les abus et toute autre forme d’exploitation des filles. Nous avons aussi créé des lieux de convivialité pour que ces filles puissent se retrouver, à la mi-journée, au moment de la sieste : elles peuvent regarder des vidéos ou recevoir une formation d’alphabétisation, apprendre des points de couture, être initiées aux droits des enfants, etc. Certaines évoluent vers les cours du soir (même si sur ce point se pose le problème de la sécurité autour de l’école, lors des cours de 18h à 20 h) ».

Protection des orphelins

" Pour éviter la stigmatisation au sein des familles et dans les communautés, l’Unicef traite de la même manière les enfants rendus orphelins à cause du sida et les autres orphelins. L’Unicef préfère le placement en familles d’accueil plutôt qu’en institutions (on parle de « tutorat de proximité »). En perdant leur père et leur mère, certains orphelins se retrouvent chefs de familles. L’Unicef leur apporte un appui sur le plan alimentaire et vestimentaire, encourage leur scolarisation. Un soutien psychologique leur est également apporté afin qu’ils puissent entretenir des liens apaisés avec leurs familles d’origine ».

Campagne contre l’excision, la traite et les mariages précoces

« L’excision est interdite par la loi. Pourtant elle est encore pratiquée dans le pays de manière clandestine. Pour lutter contre l’excision, mais aussi contre les mariages précoces et la traite transfrontalière, l’Unicef intervient à trois niveaux. D’abord en menant un plaidoyer sensibilisant les autorités politiques, administratives, religieuses et judiciaires, au niveau national et local. Ensuite par des campagnes radiophoniques interpellant les communautés (le discours a beaucoup plus de poids quand il est tenu par un imam ou un prêtre plutôt que par nous). Enfin au sein des villages, par des équipes de cinq personnes (3 hommes et de 2 femmes ) bénéficiant d’une formation sur le thème en question (par exemple la traite des enfants) et à qui l’Unicef fournit des vélos pour informer la population au porte à porte ».

Mobilisation contre les violences sexuelles

" Des textes existent pour condamner ces violences. Jusqu’à présent, pourtant, aucun cas n’a été jugé. Nous insistons pour que la justice s’en préoccupe. En attendant, l’Unicef assure un secours médical et psychologique. Médical en proposant des tests de grossesse ou des soins. Psychologique en apportant un soutien aux enfants qui fuguent ou qui sont bannis de leur famille. On a vu des fugueurs revenir dans leur famille et arriver à reprendre un cursus scolaire en obtenant de bons résultats. Certains débutent l’apprentissage d’un métier ".

Enfants vivant dans la rue

" À Ouagadougou, à Bobo Dioulasso, et dans les villes moyennes du pays, des enfants vivent dans la rue : ils y passent toute la journée ; certains y dorment. Ils sont loin d’être tous orphelins. En pratiquant la mendicité, ils rapportent parfois de l’argent aux adultes (en l’occurrence les maîtres coraniques) de leur entourage. L’Unicef insiste pour que les autorités religieuses se positionnent contre cette pratique ".

Application du code des personnes et de la famille

« Le texte du code des personnes et de la famille existe au Burkina Faso depuis 1989. L’Unicef l’a traduit et vulgarisé afin d’en faciliter la compréhension. Il en est de même pour la Convention relative aux droits de l’enfant. Ces documents sont diffusés régulièrement en collaboration avec les structures étatiques et la société civile. La sensibilisation du code des personnes et de la famille via le réseau communautaire se fait en insistant sur deux aspects : l’enregistrement des naissances et le mariage à l’état civil. A l’occasion des fêtes de fin d’année ou du 14 février, des mariages collectifs officialisent certains couples auprès de l’état civil ».

Actions de développement

« Sur trois communes de taille moyenne, l’Unicef a expérimenté entre 2001 et 2005, des plans de développement encourageant les activités génératrices de revenus en faveur des femmes, maraîchage, petits commerces, etc. Les maires ont institué des mouvements associatifs féminins (intermédiaires décisionnels entre le conseil municipal et la population). Résultats : dans ces communes, la pauvreté a reculé ; les kits comprenant motopompes, arrosoirs et autres petits matériels de jardinage permettent d’avoir des fruits et légumes sur les marchés toute l’année au lieu de 9 mois sur 12 auparavant ; et le taux de scolarisation a augmenté de 10 points. Devant ce succès, nous réclamons des moyens pour poursuivre l’expérience sur une plus grande échelle. Il existe une approche « genre et droit » pour les plans communaux de développement : là-dessus, les communes doivent pouvoir bénéficier de l’appui technique et financier du Ministère en charge de la décentralisation pour la phase d’élaboration participative. Les partenaires qui accompagneraient la mise en œuvre de ces plans pourraient se concerter pour en assurer l’exécution au profit des femmes et des enfants ».

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