Mon père est entré en courant à la maison en criant qu’ils venaient nous tuer

Publié le 30 janvier 2008 | Modifié le 31 mars 2016

Au Kenya, les violences qui ont éclaté suite à l'annonce des résultats des élections présidentielles se poursuivent. Pour les enfants kenyans, premières victimes et premiers témoins, les traumatismes sont immenses. Nos équipes ont recueilli leurs témoignages à l'ouest du pays.

Au Kenya, les violences qui ont éclaté suite à l'annonce des résultats des élections présidentielles en décembre dernier se poursuivent. Pour les enfants kenyans, premières victimes et premiers témoins, les traumatismes sont immenses. Nos équipes ont recueilli leurs témoignages dans la région d'Eldoret, à l'ouest du pays.

Paul, 8 ans, Eldoret : "Ma maison était complètement brûlée"

« Mon père est entré en courant à la maison en criant qu’ils venaient nous tuer. Je ne sais pas qui ils étaient et quand j’ai demandé à mon père, il m’a dit que c’était parce que nous étions de l’ethnie kikuyu. J’ai couru derrière lui avec mes frères et mes sœurs jusqu’à l’église St Paul qui est à côté. Nous n’avons pas eu le temps d’emporter nos affaires. Nous avons passé la nuit dans l’église, avec d’autres familles qui sont venues se réfugier ici. Le matin nous nous sommes réveillés tôt pour voir si la maison était toujours là, mais elle avait été complètement brûlée. Nous avons tout perdu. Personne de ma famille n’était dans la maison quand les méchants sont venus. Mais maintenant nous ne savons pas où aller ».

Anne, 14 ans, Eldoret : "J’ai vu un homme qui frappait une vieille dame et son petit-fils"

« Les gens ne se demandent même pas si nous sommes des hommes, des femmes, des enfants. Quand je courais vers l’église, j’ai vu un homme qui frappait une vieille dame et son petit-fils juste devant moi. Je n’ai pas réussi à dormir après : je faisais toujours le même cauchemar en pensant à ça. Je n’ai pas vu mon père et mes frères aînés depuis le résultat des élections. Il y a beaucoup de monde dans l’église maintenant. Et même là, je sais que je ne suis pas en sécurité. J’ai appris qu’une église près d’ici avait été brûlée avec des gens à l’intérieur ».

Jane, 13 ans, Eldoret : "Mon père est à l'hôpital, il va peut-être mourir"

« Mon père est à l’hôpital, il va peut-être mourir. Je ne sais même pas si c’est dangereux ou non d’aller le voir. Les gens sont venus dans son magasin, ils ont tout volé. Mon père a été blessé à la tête avec une machette et laissé évanoui avec son assistant qui lui est vraiment mort. Un des amis de mon père a appelé ma mère pour lui dire ce qui s’était passé, parce que nous, nous étions à la maison à ce moment-là. Nous avons réussi à trouver une voiture et à emmener mon père à l’hôpital. Ma mère est avec lui, mais moi, avec mes sœurs, je suis dans l’église, parce que nous ne sommes pas en sécurité à la maison. Nous n’avons pas beaucoup mangé et il fait très froid la nuit dans l’église. Je ne sais pas si je retournerai à l’école ».

Salomé, 20 ans, Nairobi : "On a incendié ma chambre en l’arrosant d’essence"

« J’ai quitté Kibera et je suis ici, au parc Jamhuri, à Nairobi. J’avais perdu mes parents et je louais une chambre appartenant à un Kikuyu. Un Luos que je connaissais m’a conduit en dehors de chez moi juste avant qu’on incendie ma chambre en l’arrosant d’essence. J’ai atterri ici. La vie ici entre Kikuyu et Luos est assez difficile. Les Kikuyus nous disent que c’est de notre faute si nous sommes tous déplacés ici. Je crois qu’ils nous détestent. Quelquefois au parc, de la nourriture est préparée et on ne nous donne rien. Il est même arrivé que nous soyons écartés des secours qui étaient apportés. Nous avons juste quelques affaires avec nous, une simple couverture, qui sert pour se coucher et pour se couvrir aussi ».