Mutilations génitales féminines : questions à Philippe Duamelle, représentant de l'UNICEF au Bénin

Publié le 08 février 2005 | Modifié le 31 mars 2016

Mutilations génitales féminines : questions à Philippe Duamelle, représentant de l'UNICEF au Bénin.

Concernant les mutilations génitales, quelle est la situation au Bénin ?
Une femme sur six au Bénin est concernée par le problème. Dans le Nord du pays, le phénomène touche une femme sur deux. Bien souvent, l’excision touche des filles très jeunes : 75% des filles excisées le sont avant l’âge de 10 ans.

Quelles ont été les actions entreprises par le gouvernement pour lutter contre ces pratiques ?
Début 2003, une loi contre les mutilations génitales féminines est entrée en vigueur au Bénin. L’UNICEF appuie l’application de cette loi : maintenant qu’elle a été mise en place, il s’agit de la faire respecter. Tout d’abord, nous avons demandé au gouvernement de faire traduire la loi dans les 8 langues nationales du Bénin, afin que chacun puisse en prendre connaissance.

D’autre part, nous avons engagé tout un travail de vulgarisation auprès des communautés. Une centaine d’agents parcourent le pays pour leur expliquer que les mutilations génitales sont un délit, une violation des droits de la femme et de l’enfant. Ils mettent en avant le fait que ces pratiques sont dangereuses pour la santé physique et morale des femmes et des jeunes filles.

C’est en menant ce type d’activités, ainsi que des campagnes de sensibilisation qui touchent les chefs religieux, les leaders d’opinion, en partenariat avec le ministère de la Famille, et les ONG partenaires que nous mettrons fin à ces pratiques discriminatoires. Nous collaborons aussi avec des radios nationales qui communiquent activement sur le sujet.

Quels sont les « outils de travail » des agents qui se rendent dans les communautés ?
Nous avons développé des manuels ainsi que des boîtes à images contenant des dessins qui illustrent de façon assez claire ce qu’est l’excision et quels sont les risques encourus : des problèmes tels que l’incontinence, ou la difficulté à uriner, des infections qui peuvent mener à la stérilité ou à la mort, jusqu'à la contamination par le virus du Sida lorsque les instruments ne sont pas stérilisés et servent à exciser plusieurs filles.

La situation a-t-elle à évolué au fil des années ?
De plus en plus de jeunes filles osent aujourd’hui dénoncer les pratiques qu’elles ont endurées. Plusieurs marches de protestation ont récemment été organisés au Bénin. Les actions entreprises il y a quelques années commencent à porter leurs fruits sur le long terme. Si l’on considère les jeunes filles qui ont entre 15 et 19 ans, 12% sont excisées aujourd’hui. Par contre, chez les femmes entre 35 et 49 ans, 24% sont excisées. On assiste à un ralentissement du phénomène. En 2004, 64 exciseuses ont accepté de poser leur « couteau » et participent désormais aux actions de sensibilisation auprès des communautés. Des centaines de filles ont ainsi échappé aux mutilations génitales en 2004. 

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