Paraguay: une communauté en lutte contre le travail des enfants

Publié le 07 décembre 2004 | Modifié le 28 décembre 2015

 La ville de Coronel Oviedo est sur l'autoroute qui relie le Paraguay au Brésil voisin, à environ 137 km de la capitale, Asunción. Bien qu'un certain nombre de pistes de terre rouge s'entrecroisent encore dans la ville, une nouvelle autoroute amène une importante circulation dans le secteur. Coronel Oviedo est bien placée, à mi-chemin entre Asunción et la frontière brésilienne. Sa situation stratégique a fait de cette ville autrefois plongée dans la torpeur une plaque tournante commerciale. La croissance démographique est explosive en raison de l'afflux des Paraguayens, en provenance des zones rurales, venus chercher du travail.

Le revenu quotidien de 15 % des Paraguayens est inférieur à 1 dollar  et, selon des enquêtes menées par les pouvoirs publics, un enfant de 10 à 17 ans sur quatre doit travailler pour aider les siens à joindre les deux bouts. À Coronel Oviedo, on peut voir des enfants vendre des fruits, des sandwiches et des babioles le long de l'autoroute ou laver les pare-brise des voitures dans les rues, en ville. 
 
De la rue à la salle de classe

Le projet Vida y Comunidad (Vie et communauté) a pour objet de transformer la situation actuelle à Coronel Oviedo. Dirigé par la municipalité, ce projet a obtenu la participation et l'engagement de divers acteurs locaux ainsi que les conseils techniques et l'appui financier de l'UNICEF. Le projet propose des « centres ouverts » où les enfants travailleurs sont accueillis en dehors de leurs heures de classe, sont aidés à faire leurs devoirs, bénéficient d'un ou deux repas et de soins de santé de base et peuvent participer à des activités de loisirs. Des assistants sociaux aident les familles des enfants à s'assurer qu'ils vont bien en classe.

Le projet comprend également des centres communautaires, qui proposent une aide aux enfants vivant dans des quartiers pauvres afin de les décourager de travailler. Des initiatives génératrices de revenus en faveur des familles et un centre pour la formation et l'emploi donnent aux parents la possibilité de subvenir aux besoins de leur famille.

Dans l'un des centres ouverts, où des enfants travaillant dans la rue participent à des activités scolaires et culturelles, Juan, 12 ans, extrêmement concentré, frappe un tambour de fortune au rythme d'une musique de carnava, en suivant simultanément les consignes du professeur et les mouvements sinueux de son bâton improvisé.

Avant de participer au projet Vida y Comunidad, Juan se levait tôt régulièrement afin de vendre des bonbons au terminus de l'autobus et il était souvent trop fatigué pour aller à l'école. À présent, il est en mesure de suivre régulièrement le programme de sixième année à l'école de Marangatú et de participer aux activités du centre ouvert, qui comportent des leçons de musique.

Digna, une petite fille de sept ans aux yeux pétillants, qui vendait chaque jour des oranges jusqu'à la tombée de la nuit, bénéficie également de ce projet. Elle apprécie, dit-elle, de passer une partie de la journée dans le Centre et d'aller à l'école l'après-midi.

Depuis le commencement du projet en 2002, 63 pour cent des enfants ayant obtenu une aide ont vu leurs heures de travail diminuer et 41 enfants ont pu s'arrêter totalement de travailler. 

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