Pendant ce temps, en RDC, on pille toujours…

Publié le 22 octobre 2009 | Modifié le 31 mars 2016

Les civils sont toujours touchés par les violences à l’est de la République Démocratique du Congo. Mais l’ouest du pays est également frappé par la pauvreté et la malnutrition. Pour Pierrette Vu Thi, représentante de l’Unicef à Kinshasa, « la situation reste fragile dans l’ensemble du pays ».

Que se passe-t-il aujourd’hui du côté du Nord - Kivu ?
Des populations déplacées à cause des affrontements entre forces gouvernementales et groupes armés sont aujourd’hui rentrées chez elles. Mais de nouvelles familles ont dû fuir les violences et quitter leurs domiciles. Les chiffres ne sont pas très précis mais on estime aujourd’hui qu’un million de personnes sont toujours déplacées à cause de ces exactions dans le Nord-Kivu. Les combats dans cette région ne sont plus massifs mais de petits groupes armés continuent à mener des exactions dont les civils sont les premières victimes. Ces petits groupes violents apparaissent puis disparaissent. Difficile de prévoir et de prévenir ces violences.

Des enfants sont-ils toujours enrôlés dans des forces armées ?
Nous avons beaucoup avancé dans ce domaine depuis le début de l’année : environ 2 000 enfants ont été libérés depuis janvier. Ces enfants sont sortis des forces armées au moment de l’intégration de certains de ces groupes dans l’armée. Mais il reste évidemment encore des jeunes enrôlés dans les forces armées nationales et dans les groupes rebelles. Il faut continuer encore et encore à négocier pour leur libération.

Comment lutter contre cette anarchie dans l’est du pays ?
Certaines petites zones sont déjà sécurisées mais lorsque les forces gouvernementales prennent le contrôle à un endroit, les rebelles se dispersent partout. C’est comme mettre un coup de pied dans une fourmilière.

De plus, les militaires de l’armée congolaise sont souvent d’ex rebelles pas forcément motivés. Ils sont parfois désordonnés et les civils paient le prix de ce désordre. Ils manquent aussi de motivation car ne sont pas bien payés, leurs paies étant parfois détournées. Une meilleure gouvernance pourrait modifier la donne en RDC mais c’est un pays gigantesque – équivalent à la surface entre le Portugal et le Danemark. Un pays à l’histoire tragique. Le gouvernement, bien qu’élu démocratiquement en 2007, n’arrive pas à rétablir l’Etat de droit dans tout le pays. Et des groupes armés continuent de piller les ressources du pays.

Quelle est la situation dans le reste du pays, à l’extérieur de cette zone de violences à l’est ?
Les médias et l’opinion publique ont toujours les yeux braqués sur le nord et le sud Kivu, mais la situation reste fragile partout ailleurs. De nombreuses provinces sont affectées par la malnutrition. Dans ces zones délaissées, notamment par les bailleurs de fonds, un retour vers la violence n’est pas exclu.

La malnutrition frappe donc de nombreux enfants à l’ouest ?
Les flambées de malnutrition sont fréquentes dans cette zone mais aujourd’hui, c’est dramatique. La crise frappe durement les familles. Les zones où l’extraction des diamants faisait vivre la population s’appauvrissent aujourd’hui. Les populations n’ont pas de tradition agricole, ils sont habitués à tout importer. Ils n’ont pas une alimentation équilibrée aujourd’hui, se nourrissent surtout de manioc et les enfants sont les premiers à en souffrir. C’est un vrai paradoxe : les enfants souffrent de malnutrition dans un pays à fort potentiel agricole ! Il faut développer les infrastructures, la logistique pour que l’agriculture puisse se développer.

Vous avez récemment visité des sites sur lesquels travaillent des enfants…
Oui, j’ai été frappée par la pauvreté du Kasaï oriental. J’ai vu beaucoup de choses dures dans ma vie mais là, c’était vraiment choquant. Les enfants travaillent dans des mines : ils creusent des puits, puis des galeries souterraines. Ce sont des passages très étroits, ce sont donc les enfants qui descendent. J’ai demandé : « Mais comment font-ils pour respirer ? » On m’a répondu : « Nous leur donnons de l’aspirine.» Parfois, il y a des éboulements, des accidents. Ces enfants travaillent pour des privés et il y a toute sorte d’intermédiaires. Lorsqu’ils sortent un diamant de la mine, ils ne gagnent presque rien !

Pour en savoir plus sur le travail de ces enfants dans les mines, cliquez ici.

Lisez aussi notre article sur l'action de l'Unicef auprès des victimes de viols et notre dossier sur les violences sexuelles en RDC.

Découvrez également notre article sur les enfants dans les conflits armés.

 

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