Pour survivre, des filles rohingyas sont mariées à 12 ans

Publié le 27 février 2018 | Modifié le 29 mars 2018

Pour tenter de remédier à leurs difficultés économiques, des familles et des filles isolées recourent au mariage précoce afin de se mettre à l’abri du besoin, au détriment de l’éducation et de la santé des jeunes filles concernées.

Sabiha n’a que 11 ans, mais elle a déjà été confrontée à plusieurs reprises à la violence de la part d’adultes. Depuis plusieurs mois, elle vit dans un camp de réfugiés au Bangladesh où des milliers de Rohingyas ont trouvé refuge après avoir quitté le Myanmar quand la crise des Rohingyas a débuté. Pour aider sa famille, Sabiha doit tous les jours aller chercher du bois dans la jungle. Il lui faut parfois deux heures pour accomplir cette tâche pénible. « Je n’aime pas aller dans la jungle, mais on ne peut pas cuisiner sans bois pour le feu », se raisonne-t-elle.

Avec son amie Nurbahar, 12 ans, elles parcourent la jungle et sont parfois confrontées à l’attitude hostile de villageois : « Ils peuvent nous prendre notre bois et nous frapper, donc nous avons peur d’eux et nous essayons de ne jamais être seules. » Au camp aussi, les filles peuvent être harcelées et agressées. On remarque d’ailleurs une baisse du nombre de filles qui vont à l’école. Et cela s’explique malheureusement par les mariages précoces.

Mariées pour les pires raisons qui soient

Pour « protéger » les filles, mais aussi pour des raisons économiques, les familles en arrivent à de douloureuses extrémités. Les adultes pensent qu’une fois mariées, les filles seront moins exposées aux viols, aux agressions sexuelles et aux autres abus. « Des filles âgées de 12 ans sont poussées à se marier, parce que cela signifie qu’il y aura une bouche en moins à nourrir », complète Carina Hickling, une spécialiste de l’UNICEF sur les questions de violence liées au genre dans les situations d’urgence.

Mais une fois mariées aussi jeunes, ces filles ne peuvent plus aller à l’école et sont ainsi privées des outils qui leur auraient permis de se développer pleinement. Isolées, elles voient leur horizon se limiter aux travaux domestiques et à l’accomplissement de corvées. Enceintes très tôt, elles ont des grossesses à risque, ce qui a des effets directs sur le taux de mortalité infantile et sur leur propre santé.

Protéger chaque fille

Pour faire face à cette situation, l’UNICEF a intensifié ses efforts envers les adolescentes et les adolescents : environ 700 groupes ont été mis en place pour que les participants apprennent des compétences essentielles à leur autonomie et à leur survie. Des équipes vont au contact des filles qui restent à la maison et des parents sont sensibilisés pour que d’autres mécanismes de protection soient mis en place.

Ces actions complètent l’accompagnement proposé dans les Espaces amis des enfants où 130 000 enfants sont accueillis pour jouer, dessiner, et être eux-mêmes. « Au début, ils faisaient des coloriages de guerre et de massacres, mais maintenant, ils dessinent surtout ce qu’ils voient ici au Bangladesh, comme des fleurs, relate Wayne Bleier, spécialiste de la protection des enfants à l’UNICEF. Quand je leur pose des questions sur leur sommeil, ils me disent qu’ils dorment bien, sans faire de cauchemars. Tout ça, ce sont des signes positifs. »

Cela fait maintenant six mois que des Rohingyas ont massivement quitté le Myanmar pour se réfugier au Bangladesh et de nouvelles personnes continuent à arriver dans les camps.

Pour aider les filles rohingyas, faites un don à l'UNICEF.