Racisme, discriminations : pour les jeunes migrants subsahariens, le voyage est encore plus difficile

Publié le 14 septembre 2017

La traite, les violences physiques et les abus sont le lot de plus de trois quarts des jeunes migrants et réfugiés qui tentent de rallier l’Europe en passant par la Méditerranée. Ceux qui proviennent d’Afrique subsaharienne encourent encore plus de risques en raison de leur couleur de peau.

Avant d’arriver en Europe où il a été recueilli dans un centre de réfugiés, Aimamo, un Gambien âgé de 16 ans, a connu un parcours douloureux et traumatisant. Lui et son frère jumeau Ibrahim sont passés par la Libye, un État anarchique où des milices font la loi. Ils ont été contraints à travailler dans d’atroces conditions pendant deux mois dans une ferme en échange de leur passage. « Si vous essayez de vous enfuir, on vous tire dessus, a-t-il témoigné. Si vous arrêtez de travailler, on vous frappe. On nous traitait comme des esclaves. À la fin de la journée, on nous enfermait dans une pièce. »

Trois quarts des jeunes migrants victimes d’exploitation

Son histoire est mise en lumière avec la publication d’un rapport de l’UNICEF et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) intitulé Un voyage épouvantable. Cette étude, menée en analysant le parcours de 11 000 enfants et jeunes âgés de 14 à 24 ans, révèle que le risque d’être exploité est plus élevé pour eux que pour les adultes. Pour 77% des jeunes migrants ou réfugiés ayant emprunté la route de la Méditerranée centrale, le périple a été synonyme de mauvais traitements, d’exploitation ou de traite humaine.

Les adultes aussi sont touchés par ces difficultés, dans des proportions légèrement moindres (69%). « Malheureusement, il est désormais courant que les enfants qui empruntent les routes de la Méditerranée soient victimes d’abus, de traite, de violences physiques et de discriminations », a expliqué Afshan Khan, directrice régionale de l’UNICEF et coordinatrice spéciale pour la crise des réfugiés et des migrants en Europe.

Encore plus de risques pour les jeunes Noirs sans éducation

Les jeunes les plus concernés par des abus sont originaires d’Afrique subsaharienne : 83% d’entre eux ont révélé avoir été victimes d’exploitation, alors que c’est le cas de 56% des jeunes d’autres régions. D’après les auteurs du rapport, le racisme est l’une des explications de cette différence de traitement. Plusieurs témoignages corroborent le fait que l’on traite plus durement les subsahariens en raison de la couleur de leur peau.

Un réfugié syrien, qui a pris le bateau de la Libye vers l’Italie, a par exemple expliqué que des passeurs faisaient embarquer les Africains en priorité sur les ponts inférieurs, là où le danger de noyade en cas de naufrage est le plus important. La jeune Christelle, 15 ans, a quant à elle quitté la République démocratique du Congo avec sa famille pour vivre en Libye. Elle a dévoilé qu’elle avait été arrêtée par la police et qu’on lui avait extorqué de l’argent.

Sur les grandes routes migratoires, les jeunes qui se déplacent seuls ou qui n’ont pas reçu d’éducation sont également plus susceptibles que les autres de faire l’objet de violences. Depuis 2016, près d’un demi-million de personnes a tenté de traverser la mer, mais des milliers sont morts noyés ou dans le désert du Sahara. Certains ont emprunté la route de la Méditerranée centrale, rejoignant l’Italie depuis la Libye. D’autres sont passés par la route orientale, parcourant la Bulgarie, la Grèce, la Hongrie, la Serbie et la Slovénie.

Les jeunes qui entreprennent ces voyages ont conscience des risques, mais la situation dans leur pays d’origine les oblige à partir. « Nous savions que c’était dangereux, mais nous avons décidé de faire ce sacrifice, a confié Mohammed, 17 ans. C’était ça ou mourir. » Comme Mohammed, des millions de personnes fuient de violents conflits, des persécutions, ou l’absence d’opportunités économiques dans leur pays d’origine. Les voies licites étant extrêmement réduites et limitées, ils doivent s’en remettre à des passeurs, ce qui les rend vulnérables et fait peser sur leurs épaules de lourdes dettes tout en les laissant à la merci de trafiquants et de groupes armés.

« Il faut ouvrir des voies migratoires plus officielles »

« Les dirigeants européens doivent mettre en place des solutions durables, notamment des voies de migration sécurisées et légales, créer des couloirs de protection et trouver des alternatives à la détention des enfants migrants », a plaidé Afshan Khan. L’UNICEF et l’OIM interpellent les pays d’origine, de transit et de destination, mais aussi l’Union africaine et l’Union européenne pour que les enfants et les jeunes soient protégés lors de leur voyage.

Média

Stop aux discriminations à l'encontre des enfants migrants et réfugiés

Le photographe et réalisateur Rankin s'est associé à l'UNICEF pour créer ce film mettant en avant la détresse des enfants déracinés par la guerre, la pauvreté et les catastrophes, en particulier ceux qui sont séparés de leur famille. Cette vidéo invite à voir au-delà des étiquettes de migrants et réfugiés pour mettre en avant chaque enfant, en tant que tel, d'où qu'il vienne.

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