Séropositifs mineurs ou adultes : une différence de traitement

Publié le 03 décembre 2010 | Modifié le 04 janvier 2016

Au Cambodge, la lutte contre l’épidémie du VIH/Sida porte ses fruits, mais des lacunes demeurent : les enfants sont moins bien pris en charge que les adultes et les adolescents. Les jeunes ainsi que les femmes sont particulièrement vulnérables. Interview d’Isabelle Austin, représentante adjointe de l’Unicef au Cambodge.

 

 

A quel type d’épidémie de VIH/sida le Cambodge fait-il face ?

C’est une épidémie qui ressemble un peu à celle de la France : le taux de prévalence dans la population générale est inférieur à 1%, et elle se concentre aujourd’hui dans les groupes « à risques », c'est-à-dire les travailleuses du sexe, les homosexuels et les utilisateurs de drogues injectables. Le Cambodge fait partie des pays du monde qui ont pris position politiquement très tôt, et qui ont mis en place des campagnes de prévention. Ils ont ainsi obtenu une réduction de la prévalence, et les résultats se sont maintenus sur le long terme : le Cambodge a même reçu une distinction pour sa lutte contre le VIH/Sida au Sommet des Objectifs du Millénaire pour le développement en septembre dernier. Mais ce n’est pas une raison pour relâcher la vigilance, au contraire, on s’exposerait à une reprise de l’épidémie… Le système reste fragile, des problèmes subsistent.

 

Quels sont ces problèmes ?

Tout d’abord, les enfants et les adolescents ne sont pas assez pris en charge : parmi les moins de 14 ans dépistés séropositifs, près d’un tiers ne sont pas traités , alors que 95% des adultes reçoivent un traitement ! Pourtant, avoir 100% des enfants dépistés sous traitement est parfaitement réalisable vu les chiffres du pays.
Pour les tout-petits, le suivi n’est pas systématique. Le programme de prévention de la transmission mère-enfant avec les mères séropositives, pendant leur grossesse, fonctionne assez bien, mais une fois l’enfant né, il faudrait pouvoir commencer le traitement dans un délai de 6 semaines, et le suivi après la naissance reste très limité. Environ 18% des mères ne reviennent pas pour traiter leur bébé –ces enfants ont  peu de chances de survivre. Les estimations montrent que seuls 15% de tous les bébés nés de mère séropositive bénéficient de test virologique de suivi.
Enfin, il y a la question de l’argent : même si le traitement est gratuit, il faut voyager jusqu’au lieu du traitement, passer la nuit sur place, revenir régulièrement sous peine que les soins soient inefficaces… Ces contraintes découragent bon nombre de personnes infectées, dont la survie dépend pourtant du traitement.

 

Le Cambodge fait face à une féminisation de l’épidémie, d’où vient ce phénomène ?

Aujourd'hui, le VIH a resserré son emprise sur les populations les plus vulnérables du pays, dont les adolescents et les jeunes représentent une proportion significative. Tout aussi inquiétant est la concentration de l'épidémie chez les conjointes et les partenaires réguliers des hommes infectés lors de rapports sexuels commerciaux. Beaucoup d'hommes à haut risque n'utilisent pas de préservatifs avec leurs partenaires réguliers, et les femmes représentent désormais plus de la moitié des personnes vivant avec le VIH, tandis qu'un tiers des nouvelles infections sont des nourrissons dont la maladie a été transmise par la mère. Ce phénomène est très problématique car il implique de nouveaux risques de transmission (de la mère à l’enfant) et pourrait être à l’origine d’un redémarrage de l’épidémie d’ici quelques années s’il n’est pas maîtrisé dès aujourd’hui.

 

Que fait concrètement l’Unicef au Cambodge contre le VIH/sida ?

En plus des actions menées auprès de la population générale (communications aux adolescents, prévention de la transmission mère-enfant, traitement pédiatrique…) l’Unicef a appuyé des modèles d’éducation et d’information dans les usines où de nombreuses jeunes femmes venues des zones rurales sont employées : à l’intérieur des locaux, des espaces d’information et de communication sur la santé, la reproduction, le Sida, sont mis en place, ainsi que la présence d’ouvrières « référentes » qui animent ces espaces. On estime qu’un millier de travailleuses par mois sont ainsi touchées par cette communication à Phnom Penh. A l’extérieur, lors des pauses déjeuners, des saynètes de théâtre sur les thèmes de la santé, du sida, etc. sont jouées pour les ouvrières. Elles sont nombreuses à y assister, car cela permet d’aborder le sujet de façon ludique et distanciée. Le Ministère du Travail et le secteur privé ont accepté de prendre en charge la gestion de ces initiatives, ce qui en améliorera la pérennisation.  Le nouveau programme de pays de l’Unicef qui démarre en janvier 2011 se concentrera sur l’augmentation de la couverture et de la qualité des interventions auprès des jeunes, particulièrement en matière de prévention.

 

Les moines bouddhistes jouent un rôle dans l’aide aux familles, quel est-il ?

Ils apportent un appui émotionnel et psychologique, des encouragements, de la compassion (valeur centrale de la religion bouddhiste), et proposent de la médiation collective.  Les gens touchés par la maladie sont souvent marginalisés, et les moines essaient d’éviter que cela n’arrive. Ils ont également un rôle caritatif : ils font de la collecte de vêtements, de nourriture, d’argent, qu’ils redistribuent aux familles pour le quotidien, ou pour payer les transports jusqu’au lieu de traitement. Des discussions sont aujourd’hui en cours avec les autorités d’autres religions pour voir si ce type de soutien est possible ailleurs avec d’autres publics.

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