Sud-Soudan : un an après l’indépendance, situation critique pour les enfants

Publié le 02 juillet 2012 | Modifié le 31 mars 2016

Familles déplacées et réfugiées vivant dans des conditions déplorables, conflits, malnutrition infantile au-delà du seuil d’urgence, crise sanitaire… Dans ce pays fragile, les enfants sont particulièrement vulnérables. L’Unicef met tout en œuvre pour les aider. Interview de la Représentante de l’UNICEF au Sud-Soudan, Yasmin Haque.

 

 

Le Sud-Soudan déclarait son indépendance le 9 juillet 2011. Quelle est la situation un an après ?

L’indépendance a apporté de nouvelles opportunités et beaucoup d’espoir, mais il reste d’importants défis à relever pour les enfants. Après des décennies de conflit, le changement ne peut se faire du jour au lendemain… Le Sud-Soudan est l’un des pays les plus pauvres du monde, et où les enfants, qui représentent 51% de la population, font face à des risques importants : conflits, insécurité alimentaire sévère (qui affecte 3,4 millions de personnes et, en premier, les jeunes enfants), accès aux services de santé très limité, seulement 12 sages-femmes qualifiées pour tout le pays et un professeur certifié pour 120 élèves… Il est temps que tout cela change !

 

L’insécurité et les violences persistent malgré l’indépendance… Quel impact sur les enfants ?

La situation est complexe et évolutive, et a entraîné des mouvements de population, un bouleversement des moyens de subsistance (notamment l’agriculture), et une augmentation des besoins d’aide d’urgence. 300 000 personnes sont aujourd’hui affectées, dont la moitié d’enfants… Les enfants sont les premières victimes : le taux de malnutrition aiguë globale dépasse le seuil d’urgence de 15% dans plusieurs régions, et au total, on estime à 600 000 le nombre d’enfants menacés par la malnutrition en 2012. Dans ce contexte d’insécurité et de déplacements de population, on observe également des violences sexuelles faites aux enfants et aux femmes ainsi que le recrutement d’enfants par des groupes armés, des enfants qui se retrouvent séparés de leurs parents … On est face à une réelle urgence humanitaire !

 

Quelle est l’action de l’Unicef sur place ?

Nous agissons à deux niveaux : à court terme, pour faire face à l’urgence humanitaire, et à long-terme, sur le développement du pays.
Pour venir en aide aux enfants et leurs familles déplacés et réfugiés, nous organisons, avec nos partenaires, des distributions d’eau potable, de produits d’hygiène, d’aliments thérapeutiques pour les enfants menacés par la malnutrition ; nous soutenons des actions de prise en charge médicale ; nous effectuons les recherches pour réunir enfants et parents séparés ; nous ouvrons des « espaces amis des enfants » où ils sont en sécurité et divertis par des jeux et activités scolaires qui leur apportent un peu de normalité… Mais avec seulement 1000km de route pour un pays de 600 000km2, l’accès aux populations est très limité, très couteux, et demande énormément de préparation, d’organisation et de compétences. Et cela ne va pas s’arranger avec la saison des pluies qui arrive et va durer jusqu’en octobre !

 

Et en matière de développement, pour une action sur le long-terme ?

Les infrastructures, les services sociaux, le système d’éducation et de santé… Tout est désorganisé. Le conflit pétrolier entraîne une forte inflation et des pénuries de nourriture… Les conditions sont très difficiles, mais l’action de l’Unicef n’est pas paralysée.
La clé, pour les enfants du Sud-Soudan, c’est la santé, l’éducation, et la lutte contre la malnutrition. Si nous n’avançons pas dans ces domaines, le pays sera au même point dans 15 ou 20 ans… Ce sont donc les domaines d’intervention prioritaires de l’Unicef. Et ce n’est pas parce que le pays est désormais indépendant, qu’il faut baisser la garde. Nous, Unicef, partenaires et soutiens, devons continuer à aider les enfants du Sud-Soudan, leur donner les opportunités et l’environnement pour qu’ils puissent vivre et grandir dans les meilleures conditions !

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Urgence humanitaire : il manque encore 40 millions d’euros à l’Unicef pour apporter l’aide nécessaire dans les 6 mois à venir
Actions de développement : le budget, de 50 millions d’euros pour 1 an, est seulement pourvu à 20%
 

La situation en bref

Les enfants représentent 50% des chiffres

> 4 millions de personnes déplacées à cause des conflits ces dernières années.

> Suite à l’indépendance du Sud-Soudan plus de 400 000 personnes installées au Soudan sont rentrées chez elles, au Sud-Soudan, où elles ont trouvé des conditions de vie précaires et peu de moyens de subsistance.

> La zone frontalière d’Abyei est revendiquée par le Soudan et le Sud-Soudan. Les conflits qui y sévissent ont entraîné, depuis 1 an, des mouvements de population du Soudan vers le Sud-Soudan.

> Au Sud-Soudan, dans l’Etat de Jonglei, des violences ethniques (pour l’accès à l’eau et aux pâturages pour le bétail) affectent 170 000 personnes.
Par ailleurs, plusieurs groupes de milices rebelles continuent leurs agissements dans les zones où se trouvent les déplacés et réfugiés (Etats de Jonglei, Unité et Nil Supérieur), menaçant davantage des populations déjà vulnérables.

> Au Soudan (Etats du Kordofan du Sud et du Nil Bleu), des rebellions ont été violemment réprimées par le gouvernement. S’en est suivi une fuite de la population : près de 170 000 personnes se sont réfugiées au Sud-Soudan, dans les Etats de l’Unité (59 000 personnes) et du Nil Supérieur (110 000 personnes) et vivent dans des camps, dans des conditions déplorables.
 

Communiqué de presse (en anglais) : Un an après l'indépendance du Sud-Soudan, le sort des enfants du pays doit peser dans la balance.

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