Une école au rythme des enfants

Publié le 09 octobre 2012 | Modifié le 11 janvier 2016

Depuis 2010, la Ville d’Angers teste dans une école la semaine de 4,5 jours incluant le mercredi matin. Retour et explications avec Frédéric BEATSE, maire d’Angers, sur une école qui vit au rythme des enfants.

Angers est Ville amie des enfants depuis 2006. Quel est l’esprit de votre politique pour améliorer le quotidien des enfants angevins, et plus particulièrement, en matière de rythmes scolaires ?
La ville d’Angers est soucieuse, à part égale, du bien-être des enfants et de leur réussite éducative. Forts de cette volonté, nous avons cherché comment améliorer l’organisation des temps de vie des enfants pour nous ajuster au mieux à leurs besoins et à leurs capacités.
Cela nous a conduits, tout naturellement, suite à la suppression brute de l’école le samedi matin en mai 2008 à nous pencher sur la question des rythmes scolaires et péri-scolaires. Nous en sommes venus par la suite, à l’expérimentation que nous menons aujourd’hui pour la 3ème année consécutive sur le groupe scolaire de l’Isoret, en partenariat avec l’Education Nationale.

Pourquoi votre ville a-t-elle choisi de mettre en place un rythme de quatre jours et demi le mercredi matin ?
La suppression du samedi matin a été imposée par l’Etat. Le résultat aujourd’hui n’est pas satisfaisant. Tout le monde le reconnaît, y compris l’académie de médecine. En compressant les programmes sur moins d’heures, les rythmes de l’enfant sont encore moins bien respectés qu’avant, avec un impact néfaste sur la réussite scolaire.
Dans le même temps, la coupure du mercredi matin n’est pas forcément bonne pour les enfants.
Le mercredi n’est pas considéré comme « une journée de repos ». Beaucoup d’enfants se lèvent à la même heure que d’habitude le mercredi pour aller en accueil de loisirs et le repos n’est pas au rendez-vous. En outre, une coupure d’une journée en milieu de semaine est plus nuisible que réparatrice au niveau du rythme. Le jeudi matin, c’est un peu comme un deuxième lundi matin où la mise en route n’est pas toujours aisée. Et, quand on fait le calcul, on se rend compte que les enfants travaillent plus de six heures par jour ! Pour certains, il faut ajouter la garderie du matin et du soir. C’est pire qu’une journée d’adulte !
Boucler les programmes n’est pas chose aisée avec la semaine actuelle, coupée en deux tronçons de deux fois deux jours. L’activité physique et sportive comme les arts plastiques sont délaissés pour se recentrer sur les matières principales. Les enfants se disent fatigués, ça signifie quelque chose !
On pense de la même façon aux enseignants qui se plaignent d’un véritable épuisement professionnel. C’est important d’envisager les temps autrement. Faire des maths en cours et proposer un jeu en activité périscolaire qui fasse travailler la même thématique, c’est aussi un enjeu.

Quelle a été le rôle de la Ville ? Quelle démarche a-t-elle menée ?
Nous avons commencé par un an de débat avec toute la communauté éducative, des parents aux enseignants en passant par les enfants et les acteurs du monde associatif, culturel et sportif. Depuis 2 ans, nous expérimentons la semaine de quatre jours et demi avec un groupe scolaire volontaire dans cette démarche. La classe se termine à 15h30 et les enfants ont école le mercredi matin. Après, ils profitent des activités proposées par la Ville.
Les services municipaux sont associés à la démarche. Les ATSEM ont vu leurs tâches redéfinies. Exit le ménage au profit de leurs compétences d’accompagnement et d’animation, qui sont valorisés par l’expérimentation.
Tous les services municipaux se sont donc mis à la disposition de l’école pour accompagner cette expérience. Nous avons réorganisé le service de restauration scolaire et formé les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles. Et nous assurons une offre éducative entre 15h30 et 16h45 (en effet, les cours se terminant une heure plus tôt, des animateurs municipaux proposent sur ce créneau libéré des animations sportives ou culturelles aux 250 enfants du groupe scolaire. En outre, la ville assure avec la transition l’accueil de loisirs le mercredi midi). L’expérience représente un surcoût de 50 000 euros pour un seul groupe scolaire.

Quel bilan tirez-vous de cette expérience menée depuis deux ans ? Quels bienfaits avez-vous observés pour les écoliers ?
Les auteurs du bilan provisoire que vient d’éditer la Ville soulignent que la plupart des parents sont séduits par la formule. Proposer des activités après la classe, c’est un moyen de canaliser l’énergie des enfants.
Nous attendons sous quelques jours les résultats d’une évaluation scientifique commandée par la Ville pour cette expérimentation, afin de mesurer l’impact auprès des enfants. Changer les rythmes scolaires ne vas pas résoudre le problème de l’échec scolaire, mais nous avançons davantage dans le programme. Et les enseignants y gagnent en qualité de vie. Nous constatons que les enfants sont plus disponibles pour faire leurs devoirs le soir, car ils ont bénéficié d’une pause intéressante entre les cours et la maison.

Pour en savoir plus, télécharger le dossier de presse.
 

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