Urgences humanitaires : « On ne peut pas attendre pour sauver des vies »

Publié le 17 décembre 2019

Directeur du bureau des programmes d’urgence, Manuel Fontaine explique pourquoi UNICEF a besoin de 3,8 milliards d’euros pour financer son action humanitaire en 2020 à travers le monde.

UNICEF lance son plus important appel d’urgence. Cela veut-il dire que l’on fait face à la pire des situations humanitaires ?

Si on regarde les statistiques générales, le monde va plutôt mieux. La mortalité infantile a considérablement diminué et le nombre d’enfants scolarisés a fortement augmenté. Ces avancées concernent surtout des pays en paix : en Inde, en Chine, au Brésil, en Indonésie, les progrès accomplis ont eu des incidences positives pour les enfants. Mais dans d’autres régions, la fréquence des crises augmente : il n’y a jamais eu autant de conflits dans le monde depuis que la Convention internationale des droits de l’enfant a été adoptée en 1989. Ces crises nous font revenir des années en arrière, comme au Yémen, par exemple. Ce sont ces crises qui rendent l’aide humanitaire plus nécessaire que jamais.

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Les choses ne s’améliorent durablement que dans des régions pacifiées. Pourquoi ne pas attendre la fin de la guerre pour intervenir ?

L’aide humanitaire sert à sauver des vies. Une fois que la crise est finie, c’est déjà trop tard. Nous sommes là pour réduire la souffrance des enfants et c’est au moment où ils souffrent le plus que nous nous devons d’être là. De plus, les crises durent très longtemps : la guerre en Syrie en est à sa neuvième année, la Somalie connaît des troubles depuis plusieurs décennies… Si on devait attendre que les choses aillent mieux, on attendrait encore pour sauver des vies et cela mettrait en péril des générations entières. En tant qu’humanitaires, nous ne sommes pas là pour résoudre les problèmes politiques, ce n’est pas notre rôle. Mais nous faisons en sorte de permettre aux enfants de poursuivre leur trajectoire et leur développement.

Après le passage de l'ouragan Irma, une fillette en Haïti ramasse des branchages

Dans son appel, UNICEF souligne que le changement climatique provoque déjà des crises…

On observe des ouragans de plus en plus violents dans les Caraïbes et en Amérique centrale, on sait que les Etats-îles du Pacifique et d’Asie connaîtront progressivement des déplacements de population, on constate que la corne de l’Afrique régulièrement touchée par des périodes de sécheresse, on se rend compte que dans le Sahel, le réchauffement met une pression sur les ressources, notamment l’eau et les pâturages, ce qui est manipulé par des groupes armés qui tentent d’établir leurs règles sur place. Souvent, ce sont aussi des zones où les populations ne sont pas écoutées, où il y a très peu de services disponibles et très peu d’investissement.

Face à ces problèmes nouveaux, nous faisons preuve de créativité. Au Burkina Faso, par exemple, nos installations servent avant tout à fournir de l’eau aux enfants et à leur famille, mais on implante aussi des abreuvoirs pour les animaux, pour que les éleveurs ne détruisent pas les puits et ne soient pas en concurrence avec les villageois dans l’accès à l’eau. Prendre en compte tous ces aspects, c’est ce qui nous permet d’améliorer la situation des enfants dans ces régions.

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UNICEF voit l’éducation comme une priorité dans les situations d’urgence. Pourquoi est-ce si important quand on est déjà privé de tout ?

Deux ou trois ans d’éducation perdue, c’est dévastateur pour l’avenir. Aller à l’école, ça permet de lancer quelque chose, ça redonne un début de perspective aux enfants. On le fait dans des camps de déplacés ou de réfugiés, dans des écoles, par la radio et on essaie d’être innovants dans ce domaine. Bien sûr, ce n’est pas toujours un système formel d’éducation avec des cours de 9h à 17h. Il faut souvent faire des roulements parce qu’on ne peut pas mettre tous les enfants à l’école au même moment. Mais les crises peuvent aussi être des opportunités parce qu’avec leurs déplacements, certaines populations se retrouvent pour la première fois à proximité d’une école implantée par UNICEF. Le plus important, c’est de commencer très vite pour que les enfants n’aient pas de lacunes sur le long terme.

Des cours sont dispensés à l'ombre à Faizabad, dans le nord-est de l'Afghanistan

Que se passe-t-il si l’objectif de financement fixé par UNICEF n’est pas atteint ?

Si l’objectif n’est pas atteint, cela signifie que certaines actions sur le terrain ne pourront pas être menées. Cela implique que des cas de malnutrition ne seront pas traités, que des campagnes de vaccination ne seront pas aussi efficaces qu’elles devraient l’être, que des améliorations dans l’approvisionnement en eau ne pourront être effectuées, que des actions d’éducation ne pourront pas être mises en place.

En tout, UNICEF a besoin de 3,8 milliards d’euros. Est-ce qu’un don de quelques dizaines d’euros peut vraiment changer les choses ?

Il est indispensable de remercier chaque personne qui fait un don, quel qu’en soit le montant. Ce sont parfois des gens qui n’ont que peu de ressources et on le sait, aider UNICEF peut représenter un sacrifice. Sur le terrain, nous sommes conscients de cela et nous faisons de notre mieux pour utiliser ces fonds le plus efficacement possible. On en parle régulièrement avec nos équipes, en soulignant que telle action, qui coûte 30, 50 ou 100 euros a pu être accomplie grâce à l'action de quelqu’un qui n’a pas beaucoup plus, mais qui nous fait confiance. Chaque année, on n’obtient que 60% de notre demande, donc chaque don supplémentaire compte. Et il faut aussi prendre en compte qu’en cas d’urgence, les fonds sont nécessaires immédiatement : un enfant en situation de malnutrition aujourd’hui ne peut pas attendre six mois.

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