Yémen : les enfants oubliés au cœur de l’épidémie de choléra

Publié le 07 juillet 2017 | Modifié le 11 juillet 2017

Le Yémen est aujourd’hui en proie à la plus grave épidémie de choléra au monde. Plus de 313 000 cas suspects avec 5000 nouveaux cas par jour, déjà plus de 1732 décès dont ¼ d’enfants… Le système de santé déjà au bord de l’effondrement n’arrive plus à prendre en charge les enfants. Reportage du terrain par Rajat Madhok et Suad AlMarani du bureau UNICEF Yémen.

Des parents inquiets attendent devant le service d'urgences pédiatriques de l'hôpital Ma'abar, à 100km au sud de Sanaa, la capitale du Yémen. Impuissants et désemparés face à la souffrance de leur enfant, ils attendent avec impatience les rares médecins et infirmières en service, qui entrent et sortent rapidement de la salle vêtus de blouses stériles et de masques.

Un étroit couloir conduit au service néonatal, où les nourrissons sont soignés en couveuses. Certains sont nés prématurément, d'autres souffrent de complications médicales. Ces enfants ont de la chance de recevoir un traitement : il n'y a que dix couveuses fonctionnelles dans tout le district.

« Nous nous en remettons au destin, nous acceptons la mort »

Un père est en grande discussion avec le pédiatre. Epuisé et n’ayant plus les moyens de payer le traitement de Reem, sa fille de 4 mois qui souffre d'un trouble respiratoire, Akram Alnageel envisage de la ramener dans son village. La petite fille est en couveuse depuis 25 jours mais elle est déjà venue trois fois à l’hôpital depuis sa naissance. Si elle n’est pas traitée correctement, elle risque de contracter une pneumonie qui pourrait lui être fatale. Fragile et très affaiblie, les médecins craignent qu’elle ne survive pas au long trajet jusqu’à chez elle…

« Je suis épuisé, ma femme est épuisée et nous ne pouvons plus payer les soins, explique Akram. Nous nous en remettons au destin, nous acceptons la mort » ajoute-t-il en détournant les yeux.

« De nombreux parents sont obligés de faire sortir leurs enfants gravement malades de l'hôpital parce qu'ils n’ont pas les moyens de payer le traitement, ou tout simplement parce que le coût des trajets entre l’hôpital et chez eux est trop élevé, explique le Dr Ghaylan AbuGhanem. J’en rencontre tous les jours. J'ai dû faire évacuer des enfants en sachant pertinemment qu'ils n’arriveraient pas vivants chez eux… J'essaie de convaincre les parents, mais je ne peux pas les forcer. »

A la fin de la discussion, le père de la petite Reem décide de la laisser sous soins médicaux – du moins pour l'instant.

Un système de santé qui ne tient qu’à un fil

Le pédiatre nous explique que 2 enfants sur 10 qui sont admis ne s’en sortent pas : l’hôpital est trop loin pour de nombreux parents qui n’amènent leurs enfants que lorsque la situation est déjà critique et il est souvent déjà trop tard…

La situation est la même dans tous les gouvernorats du Yémen. Avec plus de 50% des établissements de santé qui ne sont pas entièrement fonctionnels en raison du conflit, le système de santé ne tient qu’à un fil. Quant aux établissements qui fonctionnent, comme cet hôpital, ils sont dépassés, et les médecins, qui ne sont pas payés depuis de nombreux mois, finissent par rejoindre des structures privées ou des cliniques dans les villes voisines – quand ils ne quittent pas le pays à la recherche d'une vie meilleure – pour certains au péril de leur propre vie…

Juguler l’épidémie de choléra

Une pénurie d'eau potable et de fournitures médicales exacerbe l'apparition du choléra, qui menace désormais plus de 24 millions de personnes. L’UNICEF, l’OMS et leurs partenaires déploient des efforts considérables pour endiguer cette épidémie meurtrière, œuvrant 24h/24 pour détecter et suivre la propagation de la maladie et apporter aux populations de l’eau propre, des moyens d’assainissement adaptés et des traitements médicaux.

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