République centrafricaine : les clés pour comprendre la crise qui touche les enfants

Publié le 10 décembre 2018

République centrafricaine : les clés pour comprendre la crise qui touche les enfants

La République centrafricaine est depuis plusieurs années au cœur d’un conflit peu médiatisé, mais dont les conséquences sont tragiques pour les enfants de la région. Sur le terrain, UNICEF agit contre la malnutrition et s’efforce d’apporter protection et éducation aux plus vulnérables.

La situation de la République centrafricaine (RCA) s’est particulièrement détériorée en mars 2013 lorsqu’une coalition rebelle a évincé du pouvoir le président François Bozizé. Après des décennies d’instabilité, le pays a alors connu un gouvernement de transition, mais des factions adverses se sont violemment opposées. Le banditisme a prospéré et des affrontements interreligieux entre chrétiens et musulmans ont éclaté. Cette insécurité croissante a provoqué la mort de milliers de personnes.

Deux ans après la signature l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation (APPR) en février 2019 entre le gouvernement et les groupes armés, la population reste plongée dans une situation sécuritaire instable et précaire.

Victimes de violences croissantes dans plusieurs régions, le déplacement interne a atteint son plus haut niveau en trois ans. On recense aujourd’hui des centaines de milliers de déplacés au sein du pays et de réfugiés dans les États limitrophes avec un Centrafricain sur cinq qui est déplacé en raison du conflit.

Aperçu des mouvements de population au 30 novembre 2020 en RCA

En raison des effets combinés de la violence durable et de la pandémie de Covid-19, 2,8 millions de personnes, soit 57% de la population, dont 1,3 million d’enfants, auront besoin d'une aide humanitaire en République centrafricaine en 2021.

Quel est le quotidien des enfants en République centrafricaine ?

Les affrontements armés privent la population de l’accès aux cultures agricoles et la nourriture se fait donc extrêmement rare. La RCA est touchée par une famine qui se manifeste de façon criante sur les corps faméliques des enfants. Aujourd’hui, 62 327 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition.

Beaucoup d’enfants sont enrôlés dans des groupes armés car leurs parents ont été tués ou parce qu’ils avaient faim et espéraient pouvoir s’y nourrir. Ces milices n’offrent cependant aucune protection et ne permettent pas d’avoir un avenir ou une vie décente. Les filles y sont victimes de viols et d’agressions sexuelles.
Les lieux réputés sûrs ne le sont plus : les écoles, les hôpitaux et les lieux de culte font de plus en plus souvent l’objet d’attaques dans ce pays où 80% du territoire est contrôlé par des groupes armés.
Les enfants en RCA sont également touchés par d'autres épidémies, comme la rougeole, la polio ainsi que l’épidémie d'Ebola affectant la République démocratique du Congo qui reste une menace. La prévalence et l'impact des catastrophes naturelles, en particulier des inondations, devrait augmenter. Les incidents de violence sexiste ont également augmenté pendant la pandémie, y compris à Bangui, où les cas ont doublé. On estime que plus de 910 000 enfants auront besoin de protection en 2021.

Quelles sont les solutions proposées par UNICEF ?

Pour sortir durablement des crises répétées, les enfants et les familles de République centrafricaine ont dans l’immédiat besoin d’un important déploiement d’aide humanitaire et d’une stratégie de développement qui prenne en compte l’intervention d’urgence. Un financement pluriannuel souple – des revers et des chocs sont à prévoir – semble inévitable.

Sur place, UNICEF soutient des programmes liés à l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Nos équipes interviennent également en matière de nutrition, de santé et de protection.

Quelques chiffres clés sur la RCA :

Quelques chiffres clés sur la RCA :

  • La République centrafricaine est 188e sur 189 selon l’indice de développement humain des Nations unies.
  • Aujourd’hui, 1,3 million d’enfants ont besoin d’aide humanitaire contre 1,2 million en 2016.On compte plus de 658 000 Centrafricains déplacés, contre 620 000 en 2018.
  • Le taux de mortalité néonatale est le deuxième plus élevé au monde : un nouveau-né sur 24 meurt dans les 28 premiers jours. Par comparaison, ce taux est de 1 sur 1 000 en Islande.
  • 2,5 millions de personnes, soit environ 50% de la population, n’ont pas accès à l’eau potable et 75% ne disposent pas des installations sanitaires de base. Le pays a le deuxième taux de mortalité le plus élevé lié à l'utilisation d'une eau insalubre en Afrique; et 51% de la population aura un besoin critique d'accéder à l'eau en 2021.
  • 1,3 million d’enfants ne vont pas à l’école et le taux d’abandon scolaire est de 70%.
  • La République centrafricaine se classe au dernier rang de 119 pays d’après l’indice mondial de la faim de 2018. Le nombre d’enfants atteints de malnutrition aiguë sévère passera de 32 348 en 2014 à plus de 43 000 en 2019 d’après les projections. Le nombre d'enfants de moins de 5 ans ayant besoin d’un traitement contre la malnutrition sévère aigue devrait augmenter de 25% en raison de la pandémie, pour atteindre 62 300 enfants.
  • Les agents humanitaires sont de plus en plus pris pour cibles : 67 ont été attaqués en 2017 et 294 de janvier à août 2018.
  • Plus des deux filles sur trois sont mariées avant l’âge de 18 ans et 29% le sont avant l’âge de 15 ans.
  • Pour toutes ces raisons, l’objectif de financement humanitaire d’UNICEF a été fixé à 62,7 millions d’euros en 2021 contre 50 millions d’euros en 2018.