23 mineurs dans 25m²

Publié le 09 octobre 2009 | Modifié le 31 août 2015

Des adolescents sont emprisonnés dans des conditions déplorables aux Gonaïves, à Haïti.  La plupart n’ont même pas été jugés et sont derrière les barreaux depuis plusieurs mois. Jules Hans Beauvoir, responsable de la protection des mineurs au bureau de l’Unicef à Haïti, se bat pour eux.

Qui sont ces mineurs actuellement en détention ?
Ils sont aujourd’hui 23 à être détenus aux Gonaïves. Six d’entre eux ont été jugés et condamnés, les autres sont en détention préventive prolongée. En clair, ils sont en attente de jugement. Ces jeunes ont de 15 à 17 ans mais tous n’ont pas de papiers d’identité pour prouver leur âge.

Dans quelles conditions sont-ils détenus ?
Le centre dans lequel sont détenus les jeunes n’est pas une vraie prison. C’est un établissement qui ne devait accueillir les détenus que provisoirement, les bouleversements politiques de 2004 ayant mené à la destruction de la prison civile des Gonaïves. Depuis, la garde-à-vue du commissariat sert de centre carcéral. Dans cet établissement, les conditions de détention des prisonniers sont exécrables. Les cellules sont surpeuplées : les mineurs sont 23 sur une superficie de 25 à 29 m2. Pas de toilettes, pas d’eau potable dans leur cellule.

Dans quels états psychologiques et physiques se trouvent-ils ?

J’essaie de les voir au moins une fois par mois. A ma dernière visite, aucun jeune n’était gravement malade. Mais il n’y a pas de vrai service de santé dans ce centre de détention. Une seule infirmière pour tout l’établissement, qui regroupe les mineurs et tous les autres détenus. Ils sont aujourd’hui anxieux, manquent d’espace. Et la plupart d’entre eux attendent surtout avec impatience le résultat de leur jugement. Problème : beaucoup de jugements n’ont même pas encore été programmés.

Quelles solutions défendez-vous pour ces mineurs ?
L’Unicef travaille avec les services sociaux pour suivre ces jeunes. Et nous essayons surtout de discuter avec l’appareil judiciaire, la loi haïtienne condamne normalement la détention de mineurs. Mais beaucoup de choses ne sont pas permises par la loi et sont quand même faites, à Haïti !
Certains jeunes sont là parce qu’ils ont commis des vols à main armée ou sont liés à des affaires de kidnapping, il faudrait une structure spéciale pour les accueillir. Une maison d’accueil…Mais de tels établissements n’existent pas. Ils sont donc maintenus là.
Nous avons cependant déjà réussi à faire libérer trois adolescents, détenus pour des délits mineurs. Nous renforçons en ce moment notre plaidoyer auprès du système judiciaire et des notables pour que ces jeunes ne soient plus placés en détention préventive durant des mois, dans ces conditions déplorables.

Le témoignage de mineurs détenus

Il y a quelque mois, quelques jeunes Haïtiens écroués témoignaient.
«Nous souffrons de maladies de la peau. Parfois, nous faisons face à des déficiences physiques. La qualité de la nourriture offerte n'est pas toujours bonne. Nous vivons une situation humiliante », racontait E.D., 17 ans, détenu depuis février 2008.
 « Je suis ici depuis le 12 février 2008. J'ai été entendu une seule fois par les autorités judiciaires. Depuis, mon dossier est resté sans suite. J'ignore combien de temps je peux encore rester ici car je n'ai été ni jugé ni condamné », déclarait un autre mineur de 17 ans.
« J'ai volé un petit lit qui se trouvait dernière une maison, et j'ai été arrêté trois jours plus tard par la police, avouait un mineur de 16 ans. Je souhaite vraiment sortir de là pour ne plus jamais recommencer. »
 

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