« Accorder une vraie place aux ados dans nos villes »

Publié le 25 février 2011 | Modifié le 04 janvier 2016

Notre rapport « Situation des enfants dans le monde » s’intéresse cette année aux adolescents de tous pays. Qu’en est-il de notre jeunesse française et de sa place dans la société, et plus particulièrement dans la ville ? Eclairage avec Beaudouin Aubret, conseiller municipal délégué de la ville d’Angers (49), où 27 % de la population a moins de 20 ans.

Quelle est selon vous la situation des adolescents français ? Leurs droits sont-ils respectés ?

Je pense que les collectivités et leurs partenaires répondent aux besoins fondamentaux de l’adolescent français, en matière d’accès à la suffisance nutritionnelle, à l’éducation, à la santé, à la formation et aux cultures. Mais cela n’exclut pas des problématiques spécifiques qui provoquent chez les adolescents de la souffrance et du mal être. L’accès difficile aux soins, le décrochage scolaire, les discriminations entre filles et garçons, les inégalités socio-économiques peuvent être source d’exclusion et rendre plus vulnérables aux addictions. D’où la nécessité de vigilance et de regard bien-traitant sur cette période de la vie, difficile à appréhender... Les adolescents ne sont plus des enfants mais pas encore des adultes.

Comment les adolescents sont-ils, selon vous, considérés par la société ? Sont-ils assez « pris en compte » ?

Nous avons mené l’année dernière, avec l’aide d’une psychosociologue, une étude auprès des ados de deux quartiers d’habitat social d’Angers, et voici ce qu’il est ressorti de la parole de ces jeunes : « on n’est pas écouté, on ne se sent pas utile dans la société, quand on fait quelque chose on n’est pas reconnu… ». Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un gros travail à faire sur des lieux et des temps d’écoute, d’expression et de participation à accorder à cette tranche d’âge. Par exemple les espaces publics sont plus souvent pensés pour les enfants (aires de jeux, etc), mais on oublie un peu nos adolescents ! Il faudrait adapter, aménager l’espace en prenant en compte la spécificité de cet âge : les ados aiment se retrouver de façon spontanée, en groupe dehors dans leur quartier, mais cela provoque parfois des tensions avec les habitants ou les commerçants… Il faut repenser l’espace en accordant une vraie place aux ados dans nos villes, qui convienne également au reste de la population afin que tout le monde vive ensemble. Et leur proposer davantage d’implication dans la vie de la commune.

Vous êtes Ville Amie des Enfants : qu’est ce qui est fait actuellement dans votre ville pour les adolescents en particulier ?

Nos actions portent sur plusieurs domaines. Pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes, nous avons par exemple mis en place le dispositif « Made in Angers » : il a permis à 4200 élèves d’être reçus par 120 entreprises du territoire en janvier de cette année, et de découvrir ainsi le monde du travail. Pour ce qui est de leur insertion dans la société, nous proposons notamment aux jeunes « Les pieds de Bât » : des médiateurs sportifs et des animateurs vont à la rencontre des jeunes en bas de leur immeuble pour leur proposer des animations en tout genre.

Nous travaillons aussi sur la reconnaissance des jeunes et leur place dans la société : dans ce cadre, un projet a notamment été mené par de jeunes adultes de l’association Uni-cités, qui sont allés recueillir la parole d’adolescents de quartiers d’habitation sociale. Les portraits de ces jeunes et leurs réponses aux questions (« Comment voyez-vous votre quartier, comment l’améliorer, comment voyez-vous votre avenir, qu’est-ce-que c’est « être citoyen »…) ont ensuite été exposés au public dans le château d’Angers.

Enfin nous essayons de repenser le rapport des jeunes au quartier et à la ville, en les invitant à participer au conseil des jeunes de la ville notamment ; Nous leur avons également proposé de collaborer à l’aménagement et au fonctionnement d’un local jeunes très demandé sur le quartier de Monplaisir : ils ont décidé du type de local, de l’aménagement, du règlement intérieur, etc… Le local a été inauguré en novembre dernier : ils peuvent s’y retrouver entre eux, et être accompagnés dans la mise en place de projets.

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