Afghanistan : ce n’est pas le moment d’abandonner

Publié le 02 mai 2007 | Modifié le 29 juin 2016

Les succès, réels mais fragiles, de la scolarisation en Afghanistan témoignent des efforts d’un pays qui tente de se relever.

Plus d’une quinzaine d’écoles attaquées ou brûlées sur les trois premiers mois de l’année 2007 : c’est l’un des signes de la violence qui ravage l’Afghanistan aujourd’hui. C’est aussi un symbole : l’école est une marque visible de la reconstruction et du progrès. Les bâtiments ne sont pas les seuls visés : si l’on ne compte pas cette année de victimes parmi les enfants, plusieurs enseignants ont fait l’objet d’attaques et de menaces.

De quoi désespérer de ce pays ? Pas si l’on sait que 6 millions d’enfants ont participé à la rentrée scolaire cette année, le chiffre le plus élevé de l’histoire récente de l’Afghanistan. Pour Catherine Mbengue, représentante de l’Unicef, « On sent une réelle volonté de la part des communautés de prendre en charge les écoles et d’y envoyer les enfants. Nous ne devons pas décevoir. A Kaboul, en 2001, il y avait très peu d’activité économique. Aujourd’hui la population se mobilise. Elle doit percevoir le résultat des efforts accomplis, elle doit croire en cette alternative à la violence. Ce n’est pas le moment d’abandonner ».

Ecoles communautaires

Contre le parachutage d’écoles clé en main, l’Unicef soutient des écoles communautaires : ce sont les autorités locales, les familles, qui s’approprient le projet, à travers un comité de gestion qui fait le lien entre la communauté et le ministère de l’éducation. L’Afghanistan manque d’infrastructures scolaires, d’enseignants, de matériel. La communauté peut mettre un bâtiment à disposition, au moins un emplacement. L’Unicef soutient ces démarches, et fournit des tentes quand il n’existe pas de solution de court terme.

Le taux d’analphabétisme en Afghanistan est de 71%. Il est difficile de trouver du personnel enseignant, en particulier parmi les femmes (chez elles, le taux grimpe à 86%). L’Unicef ne se contente pas des quelques écoles normales du pays : toutes les ressources doivent être mobilisées, et c’est pourquoi une stratégie de formation continue est en place directement au niveau des communautés. C’est un moyen de faire face au besoin. C’est un moyen aussi d’avoir plus de femmes dans la boucle, une donnée qui se répercute sur la scolarisation des filles, et diminue leur taux d’abandon. Aujourd’hui, il n’y a que 44 filles scolarisées en primaire pour 100 garçons. Et le taux d’achèvement du cycle primaire pour les filles est de 13% contre 32% pour les garçons.

La sensibilisation des communautés à la nécessité pour les filles d’être traitées à égalité avec les garçons face au défi de la scolarisation fait partie des missions de l’Unicef : ce plaidoyer va de pair avec celui qui porte contre le mariage précoce et contre ses conséquences négatives tant en terme de santé que de scolarisation. Les progrès de la scolarisation des filles passent aussi par une réforme des programmes, ne véhiculant plus de stéréotypes défavorables.

Scolariser les filles, ce sont aussi des éléments matériels comme permettre l’accès à l’eau dans les écoles, la construction de latrines séparées pour garçons et filles, ou tout simplement multiplier le nombre d’écoles : les familles ne laissent pas les filles faire de longues distances pour rejoindre un village éloigné ; elles sont plus disposées à les laisser aller en classe à proximité (surtout lorsqu’en plus ces familles sont partie prenante dans la gestion de l’école).

Des zones inaccessibles en raison du climat et du conflit

L’UNICEF a pour ambition de mettre sur pied 5000 écoles d’ici 2010 et de former 20 000 enseignants rien que sur l’année 2007. Certaines zones sont d’un accès très difficile en raison d’infrastructures limitées, dans un pays accidenté soumis à d’importants aléas climatiques. Le conflit, bien sûr, est l’autre grande cause d’inaccessibilité pour certaines zones. Les difficultés que rencontre l’Unicef pour mener à bien les programmes de scolarisation sont les mêmes que celles qui se posent pour la santé : « Cinq millions d’enfants ont pu être touchés sur les 7 visés par la campagne contre la polio, explique Catherine Mbengue. Nous sommes en train de négocier des journées de trêves pour pouvoir intervenir ».

L’ouverture de centres de santé, la mise en place de centres d’alphabétisation pour les femmes, la réussite des services apportés par l’Unicef, sont en partie conditionnées par le développement du conflit mais aussi par les ressources reçues par l’Unicef en Afghanistan. Catherine Mbengue lance un appel : « Près de 50 millions de dollars seulement ont été reçus sur les 86 que nous réclamions pour cette année. C’est pourtant aujourd’hui que nous pouvons faire la différence. Si la mobilisation se relâche sur la santé comme sur la scolarisation, ce sont les progrès accomplis ces dernières années qui risquent d’être perdus ».