Aïcha, 13 ans, domestique perdue dans Casablanca

Publié le 11 juin 2006 | Modifié le 31 mars 2016

30 000 enfants, au Maroc, travaillent comme domestiques, parfois victimes de maltraitance, comme Aïcha qui est allée jusqu'à fuir la famille qui l'employait.

Un père décédé, 7 frères et sœurs : Aïcha est l’aînée d’une famille pauvre de la région de Ouezzane, au Maroc. Quand une voisine a proposé pour elle à sa mère un emploi de domestique en ville, la petite fille n’a pas été consultée. La mère avait confiance et le ménage manquait d’argent : Aïcha s’est retrouvée auprès d’une famille à Casablanca.

Aïcha était payée une misère. Au village, la voisine, spécialiste de ce genre de placement, (récupérant une commission au passage) a trouvé une seconde famille pour un salaire un peu meilleur. Mais les choses se sont aggravées. Aïcha a été frappée, maltraitée. Elle a préféré fuir.

Seule dans Casablanca, sans repère, elle a finalement été arrêtée par la police pour vagabondage. Incapable de donner le nom de son village d’origine, elle a été envoyée auprès d’un procureur qui l’a placée dans un centre de détention pour jeunes mineurs. Endroit fort peu épanouissant, où se côtoient sans distinction fillettes privées de famille et jeunes délinquantes. C’est là qu’une ONG a entrepris d’aider Aïcha a retrouvé sa mère. C’est aujourd’hui chose faite, grâce au patient travail accompli à partir des quelques indications qu’Aïcha a réussi à donner. La jeune fille vit aujourd’hui auprès de sa famille.

Pour elle, le cauchemar est terminé. Mais d’autres cas existent au Maroc. Rajae Mfefer Derrada, chargée du programme protection à l’Unicef Rabat, l’explique : « Au Maroc, 600 000 enfants travaillent. Parmi eux, on compte 30 000 petites filles employées comme domestiques. C’est un proportion assez faible, mais c’est un domaine qui nous préoccupe beaucoup, en raison du manque d’encadrement des filières de recrutement et de la maltraitance dont sont victimes beaucoup d’enfants comme Aïcha ».

L’Unicef a travaillé avec le gouvernement et plusieurs ONG à Casablanca pour identifier les quartiers et les ménages qui employaient des enfants comme domestiques. Des enquêtrices ont été formées pour venir dans les foyers. Et des accords ont été passés avec les directeurs d’écoles pour que des salles de classes soient libérées à certains horaires afin de proposer à ces petites domestiques âgées en général de 10 à 14 ans une éducation non formelle.

L’Unicef met l’accent aujourd’hui sur le plaidoyer auprès des pouvoirs publics. Il y a deux ans déjà, le code du travail a été transformé, remontant de 12 à 15 ans l’âge légal du travail. Une loi spéciale sur le travail des domestiques avait été promise. Elle est en ce moment en préparation. L’Unicef prend part aux discussions, insistant pour que les filles qui s’engageraient dans les travaux domestiques à 15 ans une fois terminée leur scolarité le fassent dans un cadre contrôlé qui les tiennent à l’écart de toute forme d’exploitation. Pour que le cas d’Aïcha ne se répète plus.

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