« Ca va prendre du temps, beaucoup de temps »

Publié le 09 juillet 2010 | Modifié le 31 août 2015

Pierre Poupard, chargé de mission en Haïti pour l’Unicef,  revient d’Haïti où il a passé quatre mois.
Six mois après le séisme, il  fait le bilan de l’action sur le terrain.

 

Où en est-on aujourd’hui ?

 

Au début, l’ensemble de la communauté internationale se disait « il faut bouger, derrière le drame immense, il y a une opportunité de nouveau départ pour Haïti ». Aujourd’hui, on est un peu moins rêveur…On a pris la mesure des conséquences économiques, humanitaires, sécuritaires… Peu à peu s’installe l’idée que ça va du prendre du temps, beaucoup de temps. On ne peut plus dire que le pays va se relever rapidement. Le seul déblayage va prendre des années !
 

Pour quelles raisons, justement, cela prend il autant de temps ?
 

La réponse humanitaire, elle, va très vite : l’Unicef a par exemple débloqué depuis le séisme 10 millions de dollars, rien que pour distribuer de l’eau potable tous les jours aux sinistrés. Et il n’y a pas de détérioration de la situation depuis 6 mois, ce qui est une réelle victoire, vu les conditions de vie des victimes du séisme au quotidien. C’est la reconstruction qui est difficile à mettre en place, il y a plusieurs facteurs de ralentissement.
 

Quels sont ces « facteurs de ralentissement » ?
 

Le premier, ça a été la relocalisation de la population : on s’est dit, « il y a 200 000 personnes à déplacer, la saison des pluies arrive il faut faire vite ». Oui, mais où les réinstaller ? On a donc peu à peu revu à la baisse le nombre de personnes à déplacer… Pour finalement se rendre compte que ce n’était pas une bonne solution. Ca a pris deux, trois mois !
L’autre difficulté, c’est que pour l’instant, la population est installée dans des camps « spontanés » et se déplace beaucoup. Du coup, l’aide humanitaire doit se déplacer pour la suivre… Le travail est complexe, ce ne sont pas des camps « organisés » comme au Darfour par exemple, où les gens sont enregistrés, où les installations d’eau potable, les latrines, sont fixes. Les ONG ne sont pas à l’aise, elles n’ont jamais fait face à ce type de situation, en milieu urbain.
Enfin, il y a le déblayage : on a déjà deux ou trois mois de retard, les ruines sont toujours là. A Port-au Prince, le paysage est presque le même que le lendemain du séisme. Toute une ville d’1,5 million d’habitants partiellement détruite, c’est un gros chantier et, la ville est escarpée, difficile d’accès, et la vie économique de base a repris maintenant, donc les véhicules circulent à nouveau. Tout cela rend le déblayage très difficile. Cela va prendre plusieurs années, pour que les gens puissent réellement se réinstaller.
 

Comment s’annoncent les mois à venir ?
 

L’Unicef continue de travailler d’arrache-pied, pour améliorer l’accès à l’eau potable, apporter les services de santé de base, veiller à la sécurité des enfants dans les camps, etc. Mais l’administration centrale a été décimée par le séisme, la remettre sur pied prend du temps, et l’indécision des autorités politiques, par rapport à la stratégie à adopter à moyen terme, ralentit la reconstruction. Il faudrait répondre au plus vite à la question « quel nouveau paysage urbain et périurbain pour cette ville de Port au Prince ? ». Le risque, c’est que les populations s’installent de façon pérenne dans ces camps spontanés, et que ces derniers se transforment peu à peu en bidonvilles. Ce n’est pas encouragé, car ce n’est pas une solution acceptable, mais aujourd’hui, on n’a pas d’alternative à proposer aux habitants…
 

Quelles sont les demandes qui viennent de la population directement ?
 

La première, c’est un toit. La deuxième, c’est étonnant : ce n’est pas de l’eau, ni de la nourriture… C’est de l’éducation. C’est assez invraisemblable, mais c’est la réalité ! Les parents sont conscients que leurs enfants sont les adultes de demain, ils les encouragent à aller à l’école. Notre objectif : non seulement que tous les enfants qui étaient scolarisés avant le séisme puissent faire la rentrée scolaire d’octobre, mais aussi que d’autres puissent avoir cette chance. On installe des tentes-écoles qui laisseront peu à peu place à des structures permanentes. Le système éducatif entier est à terre : plus nous aurons le soutien de nos donateurs sur la durée, plus on sera à même de répondre à cette demande, capitale pour le bien de ces enfants, mais aussi pour le futur de la nation haïtienne.

 

Pour tout savoir des actions Unicef en Haïti, 6 mois après le séisme, c'est ici

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