Corne de l'Afrique : "On sauve des vies, mais on agit aussi sur le long-terme"

Publié le 05 septembre 2011 | Modifié le 31 mars 2016

12,4 millions de personnes sont aujourd’hui affectées par la crise alimentaire et nutritionnelle qui frappe la Corne de l’Afrique. Les besoins sont énormes, mais l’Unicef continue de déployer sa réponse d’urgence tout en préparant l’avenir. Interview de Noël Marie Zagre, Conseiller régional nutrition Unicef pour l’Afrique Sud et Est.

 

 

Comment évolue la crise qui frappe la Corne de l’Afrique ?

 

Difficile de généraliser : cette crise est due à divers facteurs (sécheresse, flambée des prix des denrées alimentaires, déplacements massifs de populations suite au conflit en Somalie) et concerne plusieurs pays, qui ne sont pas impactés de la même manière (Somalie, Kenya, Ethiopie, Djibouti). Et pour l’instant, on est encore dans la réponse d’urgence : de la même manière qu’on ne peut pas connaître les résultats d’une enquête avant d’y avoir répondu, il est trop tôt pour avoir des résultats précis... Mais pour ce qui est de la crise nutritionnelle, il y a un indicateur qui parle dès aujourd’hui : nous arrivons à avoir un taux de mortalité inférieur à 10% pour les enfants malnutris aigus sévères intégrés dans nos programmes de prise en charge, ce qui prouve que la prise en charge des enfants malnutris fonctionne bien. Ce seuil de 10% correspond en effet au niveau maximal de taux de décès que la Charte humanitaire internationale a recommandé pour évaluer la qualité des services. Il s’agit de continuer à étendre ces services pour toucher très rapidement tous les enfants qui en ont besoin. De manière générale, la situation s’améliore dans les zones couvertes par les programmes de l’Unicef, où les enfants ont accès aux traitements nutritionnels et médicaux, de l’eau potable, des soins, de la nourriture, etc. Mais selon l’OCHA*, la famine serait en train de s’étendre en Somalie, vers de nouvelles provinces somaliennes…

 

Beaucoup de gens se demandent « Peut-on avoir l’espoir d’en sortir un jour ? »

 

C’est une question tout à fait légitime, et pour y répondre, il faut voir au-delà de la réponse d’urgence que nous apportons. De toute évidence, dans les premières semaines et les premiers mois, il s’agit en priorité de sauver des vies, en soignant les enfants malnutris, en les vaccinant contre la rougeole, en leur donnant accès à des sanitaires et à de l’eau potable… Mais l’Unicef ne fait pas que cela. L’Unicef est aussi une agence de développement, qui apporte une réponse à moyen et long terme : nous travaillons en partenariat avec les autorités gouvernementales, les ONG et les autres Agences des Nations Unies pour intégrer à la réponse humanitaire d’urgence une vision de développement, pour les accompagner dans la mise en place de politiques sociales pour arriver à faire face aux difficultés sur le long terme, à rétablir les moyens de subsistance des populations et leur donner accès aux services de base. Par ailleurs, en déployant la réponse d’urgence, nous menons des actions visant à améliorer la capacité de la population à se prendre en charge et à prendre en main leur futur. Quand une maman vient faire soigner son enfant malnutri, on passe des messages d’éducation nutritionnelle, d’hygiène, etc. Donc oui, il y a de l’espoir ! Mais cela demande beaucoup de ressources…

 

L’Unicef éprouve-t-il des difficultés dans ses actions de terrain en Somalie ?

 

Les gens voient à la télé que « des organisations humanitaires rencontrent des difficultés en Somalie ». C’est vrai, la situation est très, très difficile. Mais l’Unicef n’est pas concerné au même degré que ces organisations : nous avons accès à toutes les zones, les équipes de l’Unicef sont très appréciées sur place, et travaillent en partenariat avec 70 ONG locales. L’Unicef est présent en Somalie depuis 40 ans et n’a jamais quitté le pays. Par ailleurs, l’Unicef ne rencontre pas de problèmes de stocks ou de distribution de l’aide comme cela a pu être compris, au travers de reportages qui concernaient en fait d’autres structures que l’Unicef.

 

De nouvelles menaces se sont ajoutées à la malnutrition et l’insécurité : épidémies de choléra, rougeole… Cela déstabilise-t-il l’action sur place ?

 

Non, cela ne nous déstabilise pas, car nous y étions préparés bien entendu, mais cela rajoute plus de travail à nos équipes. L’Unicef a une grande expérience de ces menaces, et nous savions qu’il y avait des risques d’épidémie de choléra par exemple, compte-tenu de la promiscuité dans les camps, du nombre de personnes réfugiées aux mêmes endroits… L’Unicef a entrepris très tôt des mesures préventives pour réduire le risque de choléra, mais il s’agit avant tout de comportements humains dans des conditions très difficiles, et le risque zéro n’existe pas, surtout dans ces situations extrêmes. Une fois l’épidémie déclarée, nous avons déclenché immédiatement, toujours en collaboration avec les services étatiques et les autres Agences, les actions curatives (centres de traitement principalement), tout en continuant la prévention pour éviter la propagation de l’épidémie : distribution de kits d’hygiènes, diffusion de messages de communication sur les bonnes pratiques, comme le lavage régulier des mains au savon…

 

Un message pour nos lecteurs et donateurs ?

 

Même si les donateurs ne sont pas en contact direct avec ces enfants, ce sont eux qui les aident : sans leur générosité nous ne pourrions pas agir. Alors un grand merci à eux – et un deuxième, pour les remercier d’avance de continuer à nous soutenir pour aider ces enfants !

 

*OCHA : Organisme des Nations Unies en charge de la Coordination des opérations humanitaires

 

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