Crise alimentaire mondiale

Publié le 03 juin 2008 | Modifié le 16 février 2016

Pour Félicité Tchibindat, conseillère nutrition au bureau Unicef d’Afrique de l’ouest et du centre, la crise alimentaire mondiale risque d’avoir des conséquences directes sur la mortalité des enfants si une réaction rapide n’est pas organisée.

Quelle est le part de responsabilité de la malnutrition dans la mortalité infantile ?

En Afrique subsaharienne, 50% des décès d’enfants de moins de 5 ans sont dus à la malnutrition. Les enfants affaiblis par la faim ont beaucoup plus de mal que les autres à résister au paludisme, à la pneumonie, à la diarrhée, à la rougeole, et décèdent beaucoup plus facilement. D’ailleurs, le quart des décès chez les enfants de moins de 5 ans se produit dès le premier mois de leur vie, parce qu’ils pèsent parfois moins de 2,5 kg à la naissance du fait d’une mère sous alimentée et qu’ils ne bénéficient pas des gestes simples qui sauvent (mise au sein précoce, méthode kangourou du réchauffement du bébé).

En quoi la crise alimentaire mondiale peut-elle se répercuter sur la malnutrition des enfants ?

Si les prix augmentent, les ménages vont consommer des denrées moins chères (mil, sorgho), en plus petite quantité (passer de deux repas quotidiens à un seul), voire rogner sur d’autres dépenses (santé, transports, scolarité des enfants). Quand on sait que 50% des ménages d’Afrique subsaharienne vivent avec moins d’1 $ par jour (ils sont même 71% dans ce cas au Niger) et que beaucoup, avec 2 $, ne sont pas tellement mieux lotis, on s’attend à voir la malnutrition des enfants s’aggraver.

Quelle est la réponse apportée par l’Unicef ?

D’abord faire une évaluation de la situation, en lien avec les Etats et avec les autres agences onusiennes, en particulier le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ensuite accélérer le passage à l’échelle dans chaque Etat : ce ne sont pas quelques enfants qui doivent être pris en charge dans des zones où les ONG sont très présentes ; ce sont tous les enfants qui souffrent de malnutrition sévère qui doivent être pris en charge. Au Niger, au Togo, des dispositifs existent. Au Mali, au Burkina, il faut que les choses s’accélèrent.

Des pâtes nutritives à base d’arachide pour lutter contre la malnutrition

Les protocoles pour répondre à la malnutrition sont-ils en train de changer ?

Oui. Nous sommes à une période charnière. Nous recommandons l’usage de "produits thérapeutiques prêts à l’emploi", notamment le plumpy doz et le plumpy nut, des pâtes hautement nutritives à base d’arachide, qui donnent d’excellents résultats. Ces produits ne sont pas encore dans le protocole officiel de l’Organisation mondiale de la santé, mais le protocole actuel de l’OMS date de 1999 et, heureusement, les Etats ont pris de l’avance. La prise en charge intégrée de la malnutrition sévère prévoit une prise en charge avec ce type de produits, au sein de la communauté pour les cas les plus simples et en centres de santé pour les complications. Nous espérons que les pays qui n’ont pas encore validé ce système l’auront fait d’ici la fin de l’année. L’Unicef les y encourage. Et l’Unicef les accompagne, aussi bien pour qu’ils disposent des produits que pour former le personnel chargé de délivrer ces produits.

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