Crises au Sahel : renforcer la capacité de résilience

Publié le 27 juillet 2012 | Modifié le 31 mars 2016

Face à la crise alimentaire et nutritionnelle qui affecte plus de 4 millions d’enfants au Sahel, l’Unicef apporte une réponse d’urgence. En parallèle, notre organisation et ses partenaires travaillent auprès des organisations non gouvernementales locales, dans l’objectif de réduire à plus long terme l’impact des crises comme celle-ci. Le point avec Félicité Tchibindat, conseillère régionale spécialiste de la nutrition et Marie-Reine Fabry Jibidar, conseillère régionale spécialiste du choléra et du paludisme, au bureau régional de l’Unicef à Dakar.

 

 

Où en est-on de la prise en charge des enfants souffrant de la malnutrition au Sahel ?

Félicité Tchibindat. 1,1 million d’enfants devraient souffrir de malnutrition aiguë sévère en 2012. 400 000 d’entre eux ont déjà été admis dans des centres de prise en charge soutenus par l’Unicef, sur les 9 pays* touchés par la crise. 3 autres millions d’enfants devraient souffrir de la malnutrition aiguë modérée.
 
Sur le terrain, l’Unicef travaille avec plusieurs organisations, dont le Programme Alimentaire Mondial (PAM) qui prévoit de prendre en charge plus de 700 000 enfants cette année. À ce jour, plus de 227 000 enfants ont déjà été pris en charge. Concernant la couverture nutritionnelle, Dans certains pays, les prévisions que l’on avait faites sont confirmées. C’est le cas au nord du Cameroun, au Niger et au Nigeria. Tous ces enfants sont actuellement soignés. Mais au Tchad ou au Burkina Faso par exemple, il y a plus d’enfants qui sont admis dans les programmes que prévu et il est possible que la cible prévue soit revue à la hausse.

L’Unicef répond à l’urgence, mais à plus long terme, que met notre organisation en place pour permettre au Sahel de faire face à des situations de crise comme celle-ci ?

Félicité Tchibindat. Pendant longtemps, les bailleurs de fonds étaient plutôt mobilisés sur la prise en charge, la partie la plus visible de l’action humanitaire. Mais intervenir uniquement auprès des enfants déjà malnutris ne suffit pas. Il faut aussi investir sur des programmes de prévention, car plus ces crises se répètent, moins les populations deviennent résilientes. Aujourd’hui, il y a une réelle volonté d’augmenter la couverture nutritionnelle, et de mettre à l'échelle les activités de prévention. La seule chose qui pose encore problème, c’est qu’on n’intervient qu’en milieu de crise, car les financements mettent du temps à arriver.

Le point positif, c’est que l’on est de mieux en mieux outillés pour faire passer nos messages de prévention et de sensibilisation. Pour donner une réponse à plus long terme, l’Unicef travaille également auprès des organisations non gouvernementales locales. Dans la plupart des pays, il n’y a pas d’ONG spécifique pour la prise en charge. On fait donc appel à des ONG internationales, mais cela implique des coûts très importants. Dans la mesure où l’on est face à des crises chroniques, il faut développer les capacités locales. Par exemple, au Niger, l’ONG française MSF a soutenu depuis quelques années l'ONG locale FORSANI et l’ONG internationale ALIMA a soutenu l'ONG locale BEFEN. Avec le soutien de l’Unicef, ALIMA étend cette expérience à d'autres pays du Sahel. Cela permet à ces ONG locales d'apporter un traitement de qualité aux enfants souffrant de la malnutrition aiguë sévère. Les efforts ont été fructueux, puisque l'année dernière au Niger. FORSANI ET BEFEN ont traité à elles seules 100 000 cas sur les 300 000. Les ONG locales ont aussi un rôle capital lorsqu’il s’agit d’acheminer de l’aide dans les zones où l’accès aux ONG internationales est coupé, comme c’est le cas actuellement au Mali.

Ces dernières semaines, on assiste à une recrudescence du choléra dans plusieurs pays du Sahel. Comment l’Unicef mène son action pour répondre à cette nouvelle crise, en parallèle à la crise alimentaire et nutritionnelle ?

 
Marie-Reine Fabry Jibidar. L’Unicef fonctionne avec une approche intégrée face au choléra avec des volets santé, eau et assainissement, communication pour le changement de comportement et urgences. On travaille sur la riposte des épidémies mais également sur la prévention entre deux épidémies. Combattre ce fléau passe obligatoirement par un changement des comportements des populations, par exemple le lavage des mains, l'utilisation des latrines ou les conseils pour la manipulation des poissons. Aujourd’hui, on arrive dans la haute saison de cette maladie a cause des pluies abondantes. Malgré l’anticipation de ce pic, la crise nutritionnelle et les nombreux déplacements de populations, liés au conflit au nord du Mali, compliquent le travail sur le terrain. Tous les facteurs de risque sont là pour exacerber une situation de crise déjà très délicate.
 
Actuellement, il y a une flambée de la maladie le long du fleuve Niger dans une zone frontalière au Burkina Faso, Nigeria, Bénin et Mali. Nous sommes particulièrement attentifs à la situation au Mali car des cas y ont été rapportes dans la région de Gao, les déplacements des populations fuyant le conflit rend la situation très complexe, en plus du manque d’accès au nord du pays. Il est important de pouvoir prépositionner les médicaments et le matériel nécessaires dans les zones touchées, de s'assurer d'avoir les ressources humaines nécessaires, de les former et de sensibiliser la population, etc.
 
En collaboration avec les autres partenaires, nous travaillons aussi sur une surveillance renforcée des données, pour permettre de mieux prévenir et réagir à ces crises à l’avenir. Nous encourageons les gouvernements africains à déclarer les cas immédiatement et les aidons à mettre en place les systèmes plus efficaces pour que la réponse soit rapide. L’Unicef propose donc des solutions pour mieux coordonner les informations et pour les partager.

La crise alimentaire et nutritionnelle s’installe dans la durée, devenant une véritable urgence silencieuse, et les fonds manquent encore…

 
Félicité Tchibindat. Dès la fin 2011, plusieurs donateurs ont répondu présent. Et cela a permis d’éviter une crise majeure. Mais la mobilisation des bailleurs de fonds et des donateurs reste indispensable à la poursuite de nos programmes. C’est grâce à ces fonds que l’on sauve des enfants. Si les fonds cessent d’arriver, il y aura des conséquences dramatiques, surtout dans les pays où les crises sont complexes, comme au Mali.

En savoir plus

*L’Unicef a révisé son appel de fonds en juin 2012. Aujourd’hui cet appel s’élève à plus de 192 millions d’euros. Sur cette somme, il manque aujourd’hui plus de 117 millions d’euros pour répondre aux besoins des femmes et des enfants au Sahel, en 2012.

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