Dans les camps palestiniens du Liban

Publié le 01 avril 2010 | Modifié le 24 décembre 2015

Le Liban, « Loubnan » aux senteurs orientales, offre à première vue le visage d’un pays reconstruit et guéri de ses années récentes de conflits. La guerre de 2006 semble loin de Beyrouth. Et pourtant les séquelles sont prégnantes.

Les Palestiniens représentent presque 10% de la population vivant au Liban, soit plus de 400 000 dont la moitié vit dans 12 camps officiels.

La découverte s’engage au Nord. Vers Tripoli, près de la rivière froide « Nahr El Bared ». On ne sait pas de loin. On ne comprend déjà pas bien pourquoi le titre « réfugié » est un statut à part. Les Palestiniens ne le sont pas au Liban. Il faut alors comprendre pourquoi le pays leur refuse ce statut. Selon les autorités, le titre de réfugié contribuerait à renier le « droit au retour ». Alors on parle de camps palestiniens. Et là encore on s’étonne d’y trouver des villes, barricadées dans la ville, aux contours si fragiles dont l’entrée contrôlée délimite l’accès.

A l’été 2007, à cause des bombardements pendant les 3 mois de siège du camp de Nahr El Bared (NBC), près de 27000 Palestiniens ont été déplacés vers le camp voisin de Baddawi. Depuis cette époque, une équipe de deux femmes, une psychologue et une assistante sociale, s’y mobilisent pour faire vivre l’espoir de briser les tabous et accompagner les failles. L’écoute et la parole ont pris place doucement. Du coup, les mots ont cheminé, sensiblement les langues se sont déliés et comme M. le confiait : « Avec le centre d’écoute, on a commencé avec une blessure fermée, maintenant que la blessure est ouverte, vous ne pouvez plus les laisser ». L’Unicef soutient le centre qui propose écoute, appui, soutien scolaire, bibliothèque et permet aux jeunes de se distraire, de se réunir.

Des ruines… et des préfabriqués précaires

Le camp de Nahr El Bared a rouvert ses portes. Il a la mémoire longue depuis sa création en 1949. Il s’est peu à peu repeuplé et compte déjà près de 15 000 personnes, sur les 30 000 qu’il abritait en 2007. Le retour des familles a commencé fin 2007 dans le nouveau camp, concomitant à l’ancien qui a été totalement détruit en 2007. Le camp est encore en phase de réhabilitation et devrait être terminé d’ici 2012. Le camp détruit ouvre ses plaies béantes et l’on découvre le « neuf, le transitoire et reconstruit ». Et s’il est aisé de les distinguer, le détruit est un champ de ruines, la solution temporaire reste précaire. Les préfabriqués sont rustiques, sommaires, inconfortables et insalubres. Ils sont provisoires, et pourtant depuis plus de 2 ans les familles vivent dans cet espace froid et bruyant.

L’Unicef soutient ici aussi les activités pour les enfants, les femmes et les jeunes. Le soutien scolaire, les espaces sécurisés et récréatifs, la sensibilisation sur l’hygiène et les mines, les kits d’hygiène et protection… Ces activités accompagnent le quotidien des familles relogées. Le réservoir d’eau construit par l’Unicef dans le camp trace les contours de l’ancien et nouveau et laisse découvrir les rivages et senteurs maritimes qui bordent la partie ouest du camp. Et même si l’accès est libre, personne ne s’aventure ici. A la question posée « Pourquoi personne ne s’y promène ?», la réponse révèle le manque d’espoir, de perspective, d’avenir : « Pourquoi aurions-nous envie de nous promener, nous n’avons plus l’envie, personne n’a envie de se balader ».