Darfour, les enfants et les jeunes piégés dans le conflit

Publié le 18 avril 2005 | Modifié le 31 mars 2016

« Au Darfour, un territoire qui compte trois États grands comme la France, quelque 2,8 millions de personnes ont été déplacées dans des camps tandis que 210 000 ont fui jusqu’au Tchad. Mais, plus qu’ailleurs dans le monde, ce conflit a un visage jeune : 1,5 million de déplacés ont moins de 18 ans et 600 000 sont des enfants de moins de 5 ans ! » explique Keith McKenzie, représentant spécial de l’Unicef au Darfour. Il confirme le montant de l’appel de fonds de l’Unicef pour le Darfour - 155 millions de dollars pour 2005, dont 18 millions de dollars pour le Tchad - avant de camper, très clairement, la situation du récent conflit soudanais, démarré en 2003, dans la foulée du processus de paix avec le Sud.

À l’attaque d’El Fasher, au nord du Darfour, par un groupe de rebelles, en 2003, le gouvernement soudanais a riposté. Ce sont alors les milices appuyées par Khartoum, les Janjawids, qui ont vidé les villages et éloigné les paysans de leurs terres, repoussant les habitants vers les chefs-lieux où ils survivent dans des camps souvent de fortune, sous l’étroit contrôle des forces armées soudanaises.
 
Un conflit qui cible les femmes et les enfants

Résultat : les camps comptent 88% de femmes et 12% d’hommes ! La politique de la terre brûlée, qui consiste à vider les villages pour couper toute base aux rebelles et les affaiblir, a des répercussions graves pour l’ensemble de la population. Si les paysans sont empêchés de cultiver - avec les conséquences sur l’alimentation que l’on devine -, les femmes subissent toutes sortes de violences, y compris des viols systématiques (un million de femmes et de filles), et les enfants sont battus.

« Chaque matin à l’aube, les mères de famille doivent choisir : aller - ou pas - puiser l’eau et ramasser le bois de cuisson en laissant les enfants seuls, à la merci d’une attaque, souvent  quotidienne. Partir, c’est aussi courir le risque d’être enlevées et violées près des sources d’eau. »

L’Unicef agit sur plusieurs fronts pour répondre à ces dangers et tenter de maintenir un climat de sécurité autour des camps. D’abord, chaque matin, à 7 heures, des responsables confirment le niveau de sécurité qui permet de sortir du camp (autour des chefs-lieux, il est plus élevé que dans des zones isolées). Ensuite, s’ils sont disponibles en nombre suffisant, des membres des forces de paix de l’Union africaine [1] « qui font un très bon travail » accompagnent les femmes à l’extérieur du camp pour les protéger. Enfin, l’Unicef a lancé un programme de construction de fours “à économie d’énergie”, pour remplacer la cuisson traditionnelle de la casserole sur trois grosses pierres, qui nécessite davantage de bois.

[1] Sur les 3 200 soldats de la paix prévus pour le Darfour, seuls 2 500 sont arrivés ; à titre de comparaison, la paix entre le Nord et le Sud mobilise 10 000 Casques bleus. L’Unicef encourage l’Union africaine a élargir son mandat pour envoyer 8 000 hommes - un minimum dans une région grande comme la France - et pousse la communauté internationale à mieux les équiper : l’hélicoptère par exemple est souvent le seul moyen permettant de relier entre elles les 130 à 160 localités qui abritent des camps de déplacés.

Les moyens manquent

Dans les prochains mois, la crise majeure au Darfour sera nutritionnelle : puisque, en plus du fait que les paysans ont été chassés de leurs terres et donc incapables de cultiver, on craint une sécheresse, la saison des pluies tardant à venir, la récolte espérée n’est évaluée qu’à 30 % d’une récolte “normale” . Les habitants sont donc dépendants de l’aide internationale, or, en juillet 2005, les stocks du Programme alimentaire mondial seront vides. « Et il n’y aura plus rien dans le Pipe-Line », indique Keith McKenzie avant de repartir pour aller rappeler aux pays donateurs que certaines urgences, parfois oubliées, comme celle du Darfour, sont néanmoins bien réelles.

Il reste aussi beaucoup à faire dans les autres domaines. 390 000 enfants ne vont pas encore à l’école, 500 000 enfants ne sont toujours pas vaccinés contre la rougeole, 1 million de personnes n’ont pas accès aux services de santé. Les moyens manquent également pour fournir de l’eau à 1,2 million de réfugiés et, bien que l’Unicef ait construit 40 000 latrines, il en faudrait… 800 000 milles pour tous les camps de réfugiés pour parvenir aux 20 litres par personne et par jour, comme l’exigent les standards internationaux.

Quelles seront les conséquences des sanctions votées par le Conseil de sécurité de l’Onu visant le gouvernement soudanais pour son rôle dans la crise du Darfour, applicables fin avril 2005 ?

Soutenir nos actions