Darfour : les familles toujours affectées par l’expulsion des ONG

Publié le 20 juillet 2009 | Modifié le 31 mars 2016

Après la suspension de 16 ONG par le gouvernement en mars dernier, les populations soudanaises vivent aujourd’hui une période critique. Malnutrition, problèmes d’accès à l’eau potable, maladies… Les familles pâtissent encore de l’absence de ces organisations, notamment au Darfour.

13 ONG internationales expulsées, 3 autres suspendues… et des millions de Soudanais en danger. Ces organisations représentaient 40% des forces vives dans les trois états du Darfour et mettaient en œuvre des programmes d’accès à l’eau potable, de soins, de protection de l’enfance et d’éducation. En mars dernier, lorsque le gouvernement soudanais a pris cette décision de suspension, les organisations encore autorisées à rester sur le terrain ont tenté de prendre le relais pour maintenir les programmes en place. L’Unicef, dont la présence n’a pas été remise en question par les autorités soudanaises, a développé en mars un plan d’action sur trois mois pour pallier le départ des ONG. Mais il était impossible de remplacer complètement le travail de qualité que ces organisations accomplissaient depuis des années sur le terrain.

 

Des dommages irréversibles

L’Unicef soutient actuellement 36 des 37 centres de nutrition thérapeutique touchés au Darfour par le départ des ONG. Plus de 6 000 enfants ont ainsi pu être aidés depuis mars. De même, 380 000 personnes ont été vaccinées contre la méningite dans les trois états du Darfour pour répondre à une multiplication des cas de cette maladie en mars. En travaillant avec les agents médicaux du gouvernement et avec les ONG restantes, l’Unicef a pu s’assurer de la poursuite des efforts en matière de vaccination. A la fin du mois de mai, plus de 194 000 enfants ont été vaccinés contre la rougeole, et plus de1,1 million contre la polio. Avec l’assistance de l’Unicef, plus de 440 000 personnes ont aussi reçu de l’eau potable dans les zones auparavant approvisionnées par les ONG expulsées. Toutes ces mesures mises en place pour combler les vides laissés par les organisations suspendues sont cependant temporaires.

De nombreux acteurs de terrain constatent que certains besoins des familles ne peuvent être satisfaits. Ainsi, 78 000 personnes n’ont toujours pas accès à des services de santé adéquats au Darfour. De même, la surveillance de la situation nutritionnelle est évidemment moins efficace sans l’expertise des ONG expulsées. Et certaines zones dangereuses restent peu accessibles aux travailleurs humanitaires.
Il y a urgence. Si une solution durable n’est pas trouvée pour pallier l’absence des ONG expulsées, des dommages irrévocables seront causés aux programmes humanitaires. Les progrès réalisés jusqu’ici pour la santé, l’éducation, la protection des enfants sont aujourd’hui remis en question. Si toutes ces ONG ne peuvent revenir rapidement sur le terrain, des conséquences sur la malnutrition, l’accès des familles à l’eau potable et aux soins affecteront le pays à long terme.

En savoir plus

La crise humanitaire au Soudan en chiffres

On estime aujourd’hui que 4,7 millions de personnes sont affectées par les conflits qui touchent le pays, dont 2,35 millions de mineurs. 695 000 enfants de moins de 5 ans sont touchés par cette crise. 2,7 millions de Soudanais ont dû quitter leur domicile. Parmi eux, 1,35 millions d’enfants.

Grâce à l’action des travailleurs humanitaires, depuis 2007, 104 000 enfants de plus sont inscrits à l’école primaire, ce qui porte le nombre d’écoliers à 1,5 million.

L’Unicef estime à 2,3 millions le nombre de personnes ayant eu accès à des soins médicaux en 2008. L’année précédente, 3 millions de personnes avaient pu bénéficier de ces services. Cette baisse reflète les difficultés d’accès des agents humanitaires aux zones dangereuses.

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