Emil, 8 ans, en fuite

Publié le 21 juin 2010 | Modifié le 24 décembre 2015

Au Kirghizistan, le jeune Emil doit fuir les violences avec sa maman. Reportage auprès de ce petit garçon bouleversé mais silencieux.

Osh, Kirghizistan, 13 juin 2010. Il est 3 heures du matin, Malika et son fils de 8 ans, Emil, quittent leur maison. Des ruines et des cadavres autour de chez eux. Les maisons des voisins sont en flammes. Déjà trois jours de violences dans la région.

Malika n’a pas pu fuir jusqu’en Ouzbékistan comme ses voisins, qui eux appartiennent à la minorité ethnique ouzbèke du Kirghizistan. La jeune femme est Kirghize mais cela ne la protège pas des violences pour autant. Cette maman doit s’occuper de son fils et d’elle-même, sans aucune aide de l’extérieur. Elle décide donc de fuir vers un village reculé de montagne pour y trouver refuge, avec des proches.

Mutisme

Affaiblie par la peur et le manque de nourriture, Malika essaie malgré tout de remonter le moral de son fils. Le garçon semble enfermé dans son monde intérieur. Silencieux depuis le début des violences, il n’a pas posé de questions sur les coups de feu, il n’a pas demandé pourquoi le quotidien était bouleversé. Aujourd’hui encore, il ne dit rien et tient juste fermement la main de sa mère.

A l’aube, Malika et Emil rejoignent un petit groupe de femmes et d’enfants marchant en silence vers un endroit qu’ils ne connaissent pas. Malika se sent un peu mieux, simplement un peu moins seule. Mais ce petit répit ne dure pas longtemps. Le groupe doit soudainement se disperser, à cause de tirs. Malika et Emil survivent à l’attaque. Mais se retrouvent encore une fois seuls. Finalement, une voiture les embarque, ils arrivent le soir au village de Chon Alai.

Un ballon pour Emil

Après une autre nuit sans dormir, à parler des événements avec ses proches, l’aide humanitaire parvient à Malika: deux kilos de farine et deux cuillers d’huile lui sont distribués. A midi, au centre du village, un marché ouvre. Malika achète un ballon pour Emil. Pour la première fois en une semaine, les yeux du petit garçon s’illuminent. C’est le mieux que sa mère puisse faire pour l’instant. Le reste dépend de la société, du gouvernement et des organisations internationales.

Jonathan Veitch, représentant de l’Unicef au Kirghizistan exprime son inquiétude : « L’Unicef est très préoccupé par la situation des enfants au sud du pays, scène de troubles et de combats. L’Unicef a reçu des rapports consternants, y compris des photos d’enfants déplacés, traumatisés, séparés des membres de leurs familles et même tués. L’Unicef appelle toutes les parties à prendre les mesures nécessaires pour protéger les enfants, qui sont toujours les plus vulnérables dans les conflits… »

En savoir plus

Sur les violences au Kirghizistan…

Déjà 400 000 personnes déplacées ou réfugiées à cause des violences au Kirghizistan.
Les Nations unies ont lancé un appel : il faudrait rassembler 71 145 639 de dollars (soit plus de 57,5 millions d'euros) pour venir en aide aux populations affectées par la crise au Kirghizistan,

dont 9 790 000 dollars (soit près de 8 millions d’euros) pour les actions de l’Unicef envers les enfants affectés.

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